L’UE débloque 15 milliards d’aide aux pays tiers, sans inclure de nouvelles ressources

Le Haut Représentant pour les Affaires étrangères de l'UE, Josep Borrell. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Mercredi 8 avril, l’UE a annoncé un plan de relance de 15,6 milliards d’euros pour les pays africains et les autres partenaires de l’Europe touchés par la pandémie. Un fonds de soutien qui n’inclut toutefois pas de nouvelles ressources.

À la suite de la réunion des ministres européens du Développement économique, Josep Borrell, le chef des affaires étrangères de l’UE, a affirmé que le programme de réponse globale de l’UE au COVID-19 aiderait à affronter la « pire crise [vécue] depuis des dizaines d’années ».

Le programme combinera un appui budgétaire direct, des prêts et des garanties débloqués par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

Josep Borrell a néanmoins rapidement confirmé que « la majorité des ressources financières [provenaient] de fonds et de programmes existants ».

« Il n’y a pas d’argent frais », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie européenne espère que d’autres versements de la BEI, de la BERD et des États membres viendront alimenter le fonds, pour qu’il atteigne le seuil des 20 milliards d’euros.

Quelque 502 millions d’euros seront alloués à l’aide d’urgence à court terme ; 2,8 milliards d’euros serviront à soutenir la recherche, les systèmes de santé et les réseaux d’eau dans les pays partenaires de l’UE ; et les 12,28 milliards d’euros restants seront destinés à atténuer les conséquences socioéconomiques de la pandémie.

De ces fonds, 31 % seront injectés en Afrique : l’Afrique subsaharienne disposera de 2,06 milliards d’euros, et les pays d’Afrique du nord, 1,19 milliard d’euros. Par ailleurs, le Fonds européen pour le développement durable (FEDD) fournira 1,42 milliard d’euros de garanties de prêts à ces deux régions.

Environ 3,07 milliards d’euros iront aux pays tiers de l’est de l’Europe.

« Aucun pays [ne sera laissé de côté] par l’Union européenne », a souligné Josep Borrell.

Même si, jusqu’à présent, l’Afrique a évité les pics de contaminations et de décès comme en Europe ou aux États-Unis, le nombre total de cas a franchi la barre de 10 000 mercredi, et des mesures strictes de confinement ont été imposées dans la plupart des pays du continent.

Ces mesures d’isolement auront de graves répercussions économiques et les aides européennes seront sans doute largement insuffisantes pour soutenir les pays en développement.

Les ministres africains des Finances demandent d’adopter au plus vite un plan d’urgence de 100 milliards de dollars (environ 90 milliards d’euros), qui inclurait la déduction des intérêts d’emprunt, estimés à 44 milliards de dollars (40 milliards d’euros) pour l’année 2020. Ils souhaitent aussi proroger cette dérogation, afin de « fournir une marge de manœuvre budgétaire et des liquidités dans l’immédiat aux gouvernements ».

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Lundi 9 mars, l’UE a présenté sa nouvelle stratégie globale concernant l’Afrique, qui inclut des partenariats dans cinq domaines différents. Première étape : sept mois de négociations pour élaborer un programme avant le sommet Union africaine-Union européenne (UA-UE) d’octobre prochain.

Un programme d’allègement de la dette pourrait être conclu lors des réunions de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) des 16 et 17 avril prochains.

Les deux institutions, qui ont déjà donné leur aval à cette démarche, déclarent chercher l’appui des gouvernements – un processus qui pourrait s’accélérer si l’initiative est approuvée lors d’une réunion des ministres des Finances du G20 la semaine prochaine.

« Nous n’avons pas encore abordé la question [de l’allègement de la dette] aujourd’hui, mais nous, l’UE, soutenons la réponse mondiale coordonnée du moratoire sur la dette des pays les plus démunis », défend Josep Borrel. Cette réponse doit inclure « des prêts préférentiels consentis par l’Association internationale de développement (IDA), qui visent à alléger la charge de la dette des créanciers publics bilatéraux », explique-t-il.

Cependant, il semblerait que les ministres européens aient fermé la porte aux nouveaux instruments financiers ou programmes d’investissement de l’UE destinés aux pays africains.

Dans un communiqué publié mercredi, la Commission européenne annonce avoir besoin de « plus de temps pour mieux évaluer l’impact de la crise et les besoins financiers de chaque pays de l’IDA, et pour déterminer le type d’allègement de la dette ou de restructuration qui doit être mis en place ».

« Tout nouveau prêt, même hautement préférentiel, doit être accordé sous l’égide de la Banque mondiale ou du FMI, afin d‘assurer la viabilité de la dette publique », ajoute l’exécutif européen.

Emily Wigens, la directrice européenne de ONE, un mouvement mondial de lutte contre la pauvreté extrême et les maladies évitables, soutient que « la mobilisation d’un fonds de soutien de 15,6 milliards d’euros dans le cadre d’une réponse mondiale au COVID-19 constitue un bon point de départ ».

« Mais [comparé aux] 2,6 milliards d’euros investis par l’UE dans la santé entre 2014 et 2020, ce programme démontre qu’il coûte bien plus cher de résoudre une crise que de la prévenir au moyen d’investissements à long terme », souligne-t-elle.

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Face au coronavirus, le WWF appelle à tourner les mesures de relance économique vers la transition écologique. L’ONG affirme que la crise sanitaire est partiellement liée aux « pressions que nous exerçons sur la nature ». Un article de notre partenaire, Ouest-France.

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