Le Kazakhstan fait-il partie de l’Europe?

Astana, la capitale Kazakhe. [Georgi Gotev]

Le Kazakhstan se cherche une identité post-URSS. Entre ses traditions kazakhes et turques, l’Europe et le multiculturalisme, le pays a du mal à choisir.

Pourquoi l’Azerbaïdjan serait-il considéré comme un pays européen, et le Kazakhstan non ? Où se situent les vraies frontières de l’Europe ? Les diplomates étrangers en posteà Astana s’interrogent sur l’identité et la position du Kazakhstan dans le monde actuel.

La célèbre expression de « l’Europe de Lisbonne à Vladivostok », utilisée à plusieurs reprises par Vladimir Poutine et Mikhaïl Gorbatchev, a en réalité été prononcée par Charles de Gaulle, fondateur de la 5e République française. Et tout le monde ne la comprend pas de la même manière.

La Russie impériale, puis l’Union soviétique ont largement « européanisé » de vastes territoires, qui s’étendent des monts Oural, à l’orée des steppes kazakhes, à la péninsule du Kamtchatka, en face du Canada. Dans ce sens-là, l’« Europe » est une notion culturelle dépassant la géographie.

Les diplomates actuels citent Alma Ata, l’ancienne capitale kazakhe, à 200 km de la frontière chinoise, comme exemple frappant de l’appartenance à une « Europe de Lisbonne à Vladivostok ».  « Alma Ata est clairement européenne, et cet aspect est d’autant plus frappant que la ville est aussi proche de la frontière chinoise », indique un représentant étranger en poste à Astana, la nouvelle capitale du pays.

La définition des frontières de l’Europe est peu harmonieuse. L’île de Chypre, par exemple, fait partie de la plaque continentale asiatique. Tout en étant membre de l’UE,  le pays est dans le groupe des pays d’Asie aux Nations Unies. La Turquie est pour sa part régulièrement considérée comme européenne, alors que seul un dixième de son territoire est géographiquement situé sur le continent.

Environ 10 % du territoire kazakh pourrait indubitablement être considéré comme européen. Pourtant, étonnamment, le pays ne fait pas partie du Conseil de l’Europe, alors qu’il remplit les deux critères nécessaires : être « entièrement ou en partie situé en Europe » et avoir une culture « étroitement liée à la culture européenne ».

En 2009, l’UE a décidé de lancer le Partenariat oriental, afin de resserrer ses liens avec les pays de son voisinage. Les pays choisis, pour des raisons géographiques, étaient la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie, l’Arménie et l‘Azerbaïdjan. Pas le Kazakhstan.

Pour des raisons diverses, trois de ces pays se sont désintéressés du projet et un quatrième, l’Ukraine, a payé très cher ce que la Russie envisageait comme un projet hostile.

Moscou étend son influence en Moldavie

La Moldavie s’est vu octroyer le statut d’observateur par l’Union économique eurasiatique. Un autre rapprochement vers la Russie suite à l’élection du nouveau président pro-russe. Un article d’Euractiv Roumanie.

Aujourd’hui, les spécialistes estiment qu’il a été peu cohérent de ne pas inclure Astana à ce groupe d’États ayant une relation spéciale à l’UE. La Kazakhstan a d’ailleurs conclu un accord de partenariat et de coopération unique avec l’UE, il y a deux ans, prouvant la possibilité de nouer à la fois de bonnes relations avec la Russie et l’UE.

La question de l’appartenance européenne du Kazakhstan a été soulevée récemment par une publication du Central Asia-Caucasus Institute & Silk Road Studies, signée Johan Engvall et Svante Cornell. Ce dernier est familier de la scène bruxelloise et participe régulièrement à des conférences organisées par le groupe de réflexion European Policy Centre (EPC).

Dans ce rapport, les auteurs estiment qu’au moment où l’Europe définissait sa politique de voisinage, la structure gouvernementale centralisée kazakhe et son approche descendante aux réformes avaient entravé ses ambitions européennes. Depuis 2015, le pays s’est officiellement engagé dans un programme de modernisation, centré sur la transparence et l’efficacité du gouvernement.

Et les Kazakhs ne se sentent pas en dehors de l’Europe ou de l’Asie, assurent Johan Engvall et Svante Cornell, mais comme au milieu des deux continents. Ils se nourrissent des influences des deux côtés.

« L’étude du développement du Kazakhstan depuis son indépendance souligne l’important aspect européen de son appareil étatique. Le Kazakhstan est un État séculaire s’appuyant sur une conception civique de la nation fondée sur une vision inclusive et citoyenne de l’appartenance à la communauté nationale. Cela rend le pays très compatible avec les normes et principes européens », écrivent-ils.

Kazakhstan : une étoile montante ou un pays à court de résultat ?

Le Kazakhstan, pays riche en énergie, est important pour l’Union européenne, car il tente de diversifier ses approvisionnements en énergie an Asie centrale et dans la région caspienne, écrivent Jos Boonstra et Tika Tsertsvadze.

Une proximité qui n’échappe pas tout à fait aux institutions. Peter Burian, représentant spécial de l’UE pour l’Asie centrale, a ainsi déclaré au Astana Times que l’UE se félicitait de la nouvelle atmosphère régnant dans la région, qui facilite la coopération régionale.

Après la mort du dirigeant ouzbek Islam Karimov en 2016, son successeur, Shavkat Mirziyoyev, s’est engagé sur une voie moins autocratique, encourageant la réforme et la libéralisation du pays. Une attitude qui fait fondre les nombreuses tensions dans la région.

« En deux mois, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan sont parvenus à augmenter de près de 30 % les échanges bilatéraux. Nous saluons ces évolutions et reconnaissons l’importance de la coopération régionale et de voisinage pour la stabilité », a indiqué le représentant européen, optimiste quant à l’avenir des relations entre les deux pays.

« Je suis heureux de voir qu’un fondement solide, basé sur l’intérêt commun et les valeurs partagées, a été créé et espère que celui-ci sera encore renforcé. De par sa position stratégique, je vois bien la région devenir un lien entre l’Europe et l’Asie. Le potentiel d’investissement sur les marchés européens croît pour les Kazakhes », a-t-il poursuivi.

Et cette fois, l’UE fera de son mieux pour ne pas brusquer la Russie. « L’UE ne doit pas avoir, et ne veut pas avoir, un espace [d’influence] exclusif, mais partager avec d’autres la coopération dans la région, en évitant tout jeu géopolitique », a-t-il souligné. « Et j’espère que la coopération régionale et interrégionale permettra à la région d’atteindre la position qu’elle mérite. »