Merkel est une cible de la propagande russe selon la Commission

Angela Merkel, cible N°1 de la propagande russe. [European Peoples Party]

Un représentant de la Commission a confirmé qu’Angela Merkel était la cible principale de la campagne de propagande russe, dont l’objectif final est de déstabiliser l’UE.

Jakub Kalensky, membre du groupe de travail dédié à la propagande russe du Service européen pour l’action extérieure, a expliqué au Parlement européen que l’une des tactiques de la Russie pour déstabiliser l’Union européenne était de diviser l’opinion publique en dénigrant une personnalité publique, un État ou un parti politique.

Ces derniers temps, la cible de la campagne de déstabilisation du Kremlin a surtout été Angela Merkel. En ce qui concerne les pays, le Kremlin visait auparavant les États-Unis avant tout, mais cette politique a été abandonnée depuis l’élection de Donald Trump, et la propagande se concentre à présent surtout sur l’Ukraine.

Une étude de l’institut républicain international américain, distribuée lors de la visite du spécialiste au Parlement européen, indique ainsi que dans les pays du groupe de Visegrád, même les médias de masse dépeignent la chancelière allemande comme une perdante.

Une autre technique russe consiste à faire circuler autant de versions contradictoires que possible, a poursuivi Jakub Kalensky. L’« armée de désinformateurs » russe tente alors d’embrouiller l’opinion publique.  Cette stratégie est surtout utilisée pour les affaires qui pourraient nuire à la réputation de la Russie, comme l’explosion du vol MH17, l’assassinat de Boris Nemtsov ou les bombardements de convois humanitaire en Syrie. « On en saura jamais ce qui s’est vraiment passé, il y a tout simplement trop de versions » : voilà ce que le Kremlin veut nous faire penser.

Le fonctionnaire européen a déclaré qu’il était difficile de mesurer l’influence de cette campagne de désinformation. Même les chercheurs qui étudient les médias parviennent rarement à établir avec précision l’influence de médias particuliers.

« Le but est de persuader [les citoyens] que Russia today est un bon média, pour que vous croyiez à ses messages de désinformation », ajoute-t-il. Le spécialiste a également cité une étude réalisée dans trois des quatre pays de Visegrád, qui montre qu’entre 20 et 40% de la population croient dur comme fer des messages faisant évidemment partie de ces campagnes de désinformation. C’est notamment le cas pour la responsabilité de la guerre en Ukraine, et ce, malgré le fait que ce sont des tanks russes qui se trouvent sur le sol ukrainien, et non l’inverse.

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Une propagande très réussie

En conclusion, Jakub Kalensky juge la désinformation pro-Kremlin en russe ou « dans n’importe quelle langue européenne » « extrêmement réussie » et estime que l’UE « devrait réellement en faire davantage » pour la contrer.

L’eurodéputé polonais du parti Plateforme civique Jacek Saryusz-Wolski trouve également inadmissible que la Commission ne lutte pas plus contre la propagande, particulièrement dans une période qui verra des élections décisives aux Pays-Bas, en France et en Allemagne.

Il a expliqué avoir demandé à Helga Schmid, secrétaire générale du Service européen pour l’action extérieure, comment le projet East StratCom avançait. Sa réponse : « parfait, excellent, en pleine croissance ». L’eurodéputé l’a contredite, mais elle a insisté et répété que tout se passait bien.

Comme l’a précisé Jakub Kalensky, ce groupe de travail dédié à contrer la désinformation russe ne compte cependant que 11 membres, des experts nationaux bénéficiant de contrats à court terme avec l’exécutif, et n’a pas reçu de budget propre.

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Jacek Saryusz-Wolski a souligné que la propagande se propageait non seulement aux grands médias, mais aussi à la vie politique, puisque de nombreux eurodéputés exprimaient quotidiennement ces idées fausses.  « Ces mensonges remportent des élections, ces mensonges gouvernent, et j’entends ces mensonges sortir de la bouche de mes collègues, membres de ce Parlement. J’estime qu’entre 100 et 140 eurodéputés, sur un total de 751, utilisent ici même les rhétoriques du Kremlin », a-t-il dénoncé.

L’eurodéputé polonais a également rappelé le rapport de sa collègue Anna Elżbieta Fotyga (PiS, Pologne – CRE), qui a fait l’objet d’un vote « incroyable ». Ce qui l’a étonné, a-t-il indiqué, ce n’est pas que le rapport soit rejeté par les « amis des mensonges », mais le taux d’abstention extraordinaire.

Le 23 novembre, le Parlement a en effet adopté une résolution controversée sur la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande. La résolution, fondée sur un rapport d’Anna Elżbieta Fotyga, ne se concentre pas uniquement sur la Russie, puisqu’il mentionne également Daesh, mais a divisé les eurodéputés engagés en deux camps : ceux qui estiment que la Russie mène une guerre hybride visant à détruire l’UE, et ceux qui trouvent que ce type de propos ne peut être que contreproductif. 304 députés ont voté pour, 179 contre et 208 se sont abstenus.

« Cela montre l’ampleur des dégâts causés par l’élite politique européenne suite à la propagande russe », a assuré Jacek Saryusz-Wolski.

Une action tardive et limitée

« Certains disent même qu’il est trop tard, parce que certains processus politiques sont déjà enclenchés et nous en verrons les résultats lors des élections néerlandaises, allemandes et françaises. Est-ce que j’ai des propositions raisonnables à faire ? Nous devrions hurler, au lieu d’expliquer calmement », estime l’eurodéputé polonais, qui a demandé à Jakub Kalensky de l’informer sur le type de budget et d’équipe qui serait nécessaire pour lutter contre cette menace.

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Le fonctionnaire européen a expliqué que la meilleure solution serait probablement de ne pas se concentrer sur le groupe de travail bruxellois, mais d’avoir des centres hybrides dans les capitales nationales. La République tchèque semble être le seul pays ayant mis en place un tel centre. Celui-ci a cependant déjà été vivement critiqué, notamment par le président lui-même.

L’eurodéputé Jaromír Štětina (République tchèque-PPE), qui organisait l’événement, estime qu’il est temps d’appeler un chat un chat. « Nous sommes réellement dans un état de guerre contre la Russie », a-t-il affirmé, ajoutant que la désinformation faisait partie intégrante de cette guerre hybride. « Leur objectif principal est de détruite l’UE », a-t-il conclu.

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