Le chef de la diplomatie européenne ne veut pas voir la Russie revenir au G7

Josep Borrell, le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Josep Borrell, le diplomate en chef de l’UE, a rejeté l’idée lancée par la Maison Blanche de réinviter la Russie à la réunion du G7 dès cette année. Les conditions pour un retour ne sont pas réunies, a-t-il indiqué.

« Le G7 ne pourra pas devenir le G8 (…) tant que la Russie n’aura pas changé de cap. Ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle », a affirmé Josep Borrell devant la presse à Bruxelles. Le Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a souligné que « la coopération entre partenaires partageant les mêmes idées [était] plus cruciale que jamais ».

Ses remarques font suite aux propos tenus par le président américain Donald Trump samedi 30 mai. Ce dernier a déclaré qu’il entendait reporter au mois de septembre ou plus tard encore, un sommet du Groupe des sept qu’il espérait initialement organiser le mois prochain, en élargissant la liste des invités pour y inclure l’Australie, la Russie, la Corée du Sud et l’Inde.

Donald Trump a déclaré que le groupe des économies avancées du G7 était « totalement obsolète » et devrait se transformer en « G10 ou 11 contre le G1 », un club réformé et uni contre la Chine.

Dans une pique au président américain, Josep Borrell a souligné que « changer le format du G7 ne [relevait] pas des prérogatives de la présidence [de la réunion] ».

Les six autres membres du G7 – la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon – se montrent sceptiques quant à la réadmission de la Russie. Celle-ci a été exclue du G8 en 2014 par Barack Obama, le prédécesseur de Donald Trump, en raison de son annexion de la Crimée. Le Royaume-Uni et le Canada se sont déjà prononcés contre un retour de la Russie.

Les eurodéputés formalisent la rupture avec Moscou

Pour les parlementaires européens, la Russie n’est plus un partenaire stratégique depuis l’annexion de la Crimée. Et l’UE devrait se préparer à imposer des sanctions plus importantes à son ex-allié.

L’UE n’est pas membre du G7, mais les chefs du Conseil et de la Commission prennent part à ses sommets en tant qu’invités.

« Nous allons examiner en détail la proposition des États-Unis. Il est d’usage que le pays qui assure la présidence du G7 invite d’autres dirigeants à participer au sommet en tant qu’invités », a déclaré un porte-parole du Premier ministre britannique Boris Johnson, lundi 2 juin.

« Cependant », a-t-il poursuivi, « la Russie a été écartée du groupe des nations du G7 à la suite de son annexion de la Crimée en 2014 et à ce stade nous n’avons pas de preuves d’un changement de comportement qui justifierait sa réadmission… Nous ne soutiendrions pas sa réadmission en tant que membre du groupe ».

La Russie détient toujours le territoire annexé et plusieurs gouvernements du G7 ont rejeté les appels précédents de Donald Trump en faveur de la réadmission de Moscou.

Le G7 ferme envers Moscou

Berlin, Washington et Bruxelles ont martelé dimanche leur fermeté envers Moscou lors d’un G7 en Allemagne, appelant à un maintien des sanctions et à l’unité face à « l’agression » russe dans l’Est de l’Ukraine qui vit une nouvelle flambée de violence.

La normalisation des relations entre l’UE et la Russie est liée à la réconciliation ukrainienne et celle-ci doit être fondée sur les principes de l’Acte final d’Helsinki de 1975 ainsi que sur la mise en œuvre des accords de Minsk, a rappelé Josep Borrell la semaine dernière, lors d’une session de coopération UE-ONU au Conseil de sécurité des Nations unies.

Selon Josep Borrell, « l’annexion illégale de la péninsule de Crimée par la Russie et le non-respect des accords de Minsk ont entraîné un bouleversement majeur […] des relations UE-Russie ». « Le soutien à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale demeurera un élément clé des relations entre l’UE et ses partenaires orientaux », a-t-il ajouté.

« Les principes inscrits dans l’Acte final d’Helsinki ne peuvent pas être oubliés alors que l’on œuvre à [l’émergence d’] un continent européen coopératif, plus sûr et plus soudé », a relevé Josep Borrell.

Piratage russe

Les diplomates européens doivent également plancher cette semaine sur les sanctions à adopter contre les coupables de la cyberattaque menée contre le Bundestag allemand en 2015. Cela pourrait constituer la première pénalité infligée dans le cadre du régime de cybersanction de l’UE.

L’UE prévoit des sanctions contre les hackers russes

Les individus perpétrant des cyberattaques depuis l’étranger se verront infliger des sanctions. Au programme, interdictions de voyager et gel des avoirs financiers.

Sollicité pour savoir si le travail sur ces sanctions progressait et quand une décision pouvait être attendue, Josep Borrell a esquivé la question en disant qu’il ne pouvait « pas partager d’informations pour le moment ».

Les sanctions doivent être décidées par le Conseil où siègent les 27 États membres de l’UE, et approuvées à l’unanimité.

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