Les mauvais élèves européens se tournent vers la Chine

Luigi Di Maio à Shanghai pour le premier salon de l'importation chinois. [Jorge Valero]

Boudés au niveau européen, l’Italie, la Hongrie et le Royaume-Uni ont été accueillis à bras ouverts par le président chinois lors du premier salon chinois de l’importation.

Une dizaine de chefs d’État et d’organisations internationales, dont le FMI, l’OMC et l’OCDE, étaient présents au premier salon chinois sur l’importation, organisé à Shanghai. Au total, environ 3 000 entreprises de plus de 130 pays y ont participé.

Si la plupart des États de l’UE ont envoyé des délégations de niveau moyen, quelques gouvernements y étaient représentés au plus haut niveau. C’est le cas de la Croatie, de la République tchèque et de la Lituanie, mais aussi de l’Italie, du Royaume-Uni, et, surtout, de la Hongrie.

Face au protectionnisme, Pékin soutient les importations

Le président chinois promet de continuer à ouvrir son économie et d’augmenter les importations en renforçant le pouvoir d’achat.

La voix d’Orbán

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, était ainsi l’invité d’honneur du salon. Il a estimé que sa présence portait en Chine « la voix de la région » centre-européenne, sans jamais mentionner l’UE.

Lors de son discours, pendant la cérémonie d’ouverture du salon, le 5 novembre, il a assuré que l’Europe centrale était devenue « le moteur de croissance de l’Europe » et la région « du bon sens ».

Le dirigeant hongrois a profité de l’occasion pour continuer à diaboliser les réfugiés, qu’il envisage systématiquement comme des migrants économiques n’ayant donc aucun droit de demander une quelconque protection.

Il assure que le taux de croissance de son pays sera deux fois plus élevé que celui du reste du continent, « même sous la pression d’une immigration illégale massive ». L’an dernier, moins de 2 % des demandeurs d’asile ont reçu une protection en Hongrie.

La Hongrie prolonge l’état d’urgence malgré l’absence de migrants

Le gouvernement hongrois a prolongé de six mois l’état d’urgence pour cause d’immigration massive, alors qu’au mois d’août seules 13 personnes ont essayé de traverser les frontières du pays de manière illégale. Un article d’Euroefe.

Viktor Orbán a aussi exprimé son soutien au format 16+1, qui rapproche 16 États de l’UE et la Chine, notamment via le plus grand projet infrastructurel chinois hors de Chine, l’initiative OBOR (« une ceinture, une route »). La Hongrie a été le premier pays européen à signer un accord de coopération avec Pékin pour la mise en œuvre de ce projet.

Budapest attire un nombre croissant d’entreprises chinoises dans des secteurs comme la finance, l’automobile et la chimie.

Le tapis rouge déroulé devant le Premier ministre hongrois en Chine tranche catégoriquement avec l’accueil frileux que lui réserve son groupe politique, le PPE, à sa conférence d’Helsinki, qui a commencé le 7 novembre.

Les membres du groupe devraient adopter une déclaration condamnant les infractions aux valeurs européennes et à l’état de droit commises par la Hongrie. La volonté du gouvernement de fermer l’Université d’Europe centrale, à Budapest, a ravivé les tensions avec le reste de l’Europe.

Orbán promet de respecter le droit européen

Viktor Orbán promet de respecter le droit européen après s’être fait sermonner sur ses attaques de l’université d’Europe centrale et ses rhétoriques anti-UE « inacceptables » lors du dernier sommet européen..

Diversifier le « Made in Italy »

L’Italie a également trouvé du réconfort à Shanghai, alors que le désaccord se creuse entre Rome d’un côté et l’UE et les pays de la zone euro de l’autre sur le projet de budget italien. Le vice-Premier ministre, Luigi Di Maio, et le ministre de l’Agriculture, Gian Marco Centinaio, se sont rendu en Chine pour poursuivre le resserrement des liens avec Pékin. L’Italie a pour ambition de devenir le premier pays du G7 à se joindre au projet OBOR.

Une importante représentation d’entreprises a accompagné le duo lors du Forum des entreprises Italie-Chine qui s’est tenu le 6 novembre en marge du salon de l’importation.

Giovanni Rodia, directeur de la communication de l’Agence commerciale italienne, a déclaré à Euractiv que l’objectif était d’attirer les acheteurs chinois vers d’autres secteurs que l’alimentation, les meubles et les produits de mode, piliers de la marque « Made in Italy ».

Il a ajouté que l’énorme marché chinois, qui compte quelque 1,3 milliard de consommateurs, contribuerait à augmenter les exportations italiennes, qui représentent actuellement un tiers du PIB. À long terme, le but serait que la moitié de la production soit exportée.

L’offensive de charme de Luigi Di Maio à Shanghai s’est déroulée alors que les autres membres de la zone euro pressent l’Italie de réécrire son projet de plan budgétaire avant le 13 novembre, afin de respecter les règles budgétaires de l’UE.

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Services britanniques pour ressortissants chinois

Alors que les conditions de divorce entre l’UE et le Royaume-Uni sont encore incertaines, Londres a envoyé son ministre du Commerce en Chine pour trouver de nouvelles opportunités de services dans la plus grande économie du monde.

Seuls 18 % des exportations britanniques vers la Chine sont des services, malgré le rôle important que ceux-ci jouent dans l’économie britannique,

Liam Fox, le ministre britannique, s’est félicité de l’engagement de Xi Jinping pour un « assouplissement des restrictions d’investissement » dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Il a cependant estimé que des efforts supplémentaires devraient également être consentis pour modifier la réglementation en matière d’importation et d’exportation de technologies et pour veiller à ce que les règles des marchés publics soient alignées sur les normes de l’OMC.

« Notre pavillon national mettra en évidence la capacité d’innovation du Royaume-Uni », a expliqué Richard Burn, agent britannique chargé du commerce avec la Chine.

Plus de 30 entreprises britanniques des secteurs de la finance, du commerce de détail, de la santé, de la culture et de l’industrie manufacturière haut de gamme étaient également représentées au salon de l’importation.

Les liens entre Londres et Pékin se sont renforcés ces derniers temps. Le Royaume-Uni est ainsi devenu le premier pays occidental à émettre des obligations souveraines chinoises et le premier grand pays occidental à demander son adhésion à part entière à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) lancée par la Chine.

Le pays a notamment reçu des investissements chinois pour agrandir la centrale nucléaire de Hinkley Point C.

Parallèlement, les importations chinoises en provenance du Royaume-Uni ont augmenté de près de 20 % en 2017 par rapport à l’année précédente.

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