Face à Xi Jinping, Macron, Merkel et Juncker cherchent une unité européenne

epa07464114 Le président français Emmanuel Macron (2e à droite), la chancelière allemande Angela Merkel (à droite), le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker (2e à gauche) et le président chinois Xi Jinping (à gauche) avant leur réunion au palais présidentiel de l'Élysée à Paris, France, le 26 mars 2019. [EPA-EFE/Thibault Camus / POOL]

Trois des plus importants dirigeants européens, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Jean-Claude Juncker, ont rencontré le président chinois, Xi Jinping, pour tenter de lui présenter un visage européen uni sur les grands dossiers mondiaux.

« Le choix de l’évidence et de la raison au 21e siècle est là, dans un partenariat eurochinois fort, défini sur des bases claires, exigeantes et ambitieuses », a déclaré Emmanuel Macron à l’issue d’un entretien avec son homologue chinois à l’Élysée le 25 mars, appelant à une Europe « unie » autour « d’une stratégie cohérente dans le dialogue avec la Chine ».

Le lendemain, dans un palais de l’Élysée placé sous très haute sécurité, Emmanuel Macron a successivement accueilli la chancelière allemande, puis le président de la Commission européenne. Puis, symboliquement, ils ont salué ensemble sur le perron le président chinois devant de nombreux journalistes.

L’enjeu de cette réunion, qui précède le prochain sommet UE-Chine le 9 avril à Bruxelles, est double pour le Vieux Continent : se poser face à la Chine en interlocuteur crédible pour tenter de la persuader de canaliser ses ambitions économiques et diplomatiques dans les règles du multilatéralisme et, d’autre part, d’essayer d’unifier une Europe divisée face aux appétits de Pékin, que la Commission européenne qualifie de « rival systémique ».

L’UE resserre les rangs face à la Chine

L’UE prépare une liste d’exigences à l’attention des dirigeants chinois, afin de répondre à la « frustration » croissante des Européens.

« Il faut renforcer l’unité des Européens par rapport aux grandes puissances comme la Chine ou les États-Unis. Pour cela, travailler dans le cadre du couple franco-allemand et de l’UE », résume une source du palais présidentiel français, ajoutant qu’il faut aussi « construire avec la Chine un agenda positif, notamment dans le climat, dans le cadre d’un multilatéralisme en crise ».

L’UE se sent prise en tenaille entre Donald Trump et son approche contractuelle des relations internationales d’un côté, et l’expansion chinoise, incarnée par son projet de « nouvelles routes de la soie » et ses investissements massifs un peu partout dans le monde et en Europe, comme en Italie, dernier pays à s’être laissé séduire.

« Le monde traverse des mutations inédites : la Chine, la France et l’Europe sont toutes à un moment crucial de leur développement », a estimé Xi Jinping, au premier jour de sa visite officielle en France, après être passé par l’Italie et Monaco.

La Chine négocie en sous-main avec l'Italie

Selon un memo secret, la Chine prévoit de coopérer avec l’Italie dans le développement de nouvelles infrastructures, dans le cadre de la nouvelle route de la soie.

« Enjeux de notre temps »

Alors que la France souhaite mettre la lutte contre le changement climatique au cœur de cette revitalisation du multilatéralisme, « je viens en France avec la volonté de travailler pour que notre partenariat stratégique global soit à la pointe des enjeux de notre temps » a déclaré Xi Jinping.

Depuis l’avènement de Donald Trump, le Chinois aime à se présenter comme un acteur classique du concert des nations. Le dirigeant communiste s’est même fait applaudir au forum de Davos en 2016 par le gratin du libéralisme économique mondial.

Pour autant, son projet d’infrastructures de transport vers l’Ouest, son approche très bilatérale, négociant avec chaque pays, et ses investissements dans des actifs stratégiques, inquiète et divise en Europe, où la Chine a investi au moins 145 milliards d’euros depuis 2010.

« L’Europe a un besoin urgent d’une stratégie pour la Chine, une stratégie digne de ce nom », a déclaré dimanche le commissaire européen allemand Gunther Oettinger, disant par exemple voir « avec inquiétude qu’en Italie et dans d’autres pays européens, des infrastructures d’importance stratégique comme les réseaux d’électricité, les lignes ferroviaires à grande vitesse ou les ports ne sont plus dans des mains européennes mais chinoises ».

« Si certains pays croient pouvoir faire de bonnes affaires avec les Chinois, ils seront surpris quand ils s’apercevront qu’ils sont devenus dépendants », a mis en garde le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas.

Les Chinois affirment au contraire que leurs investissements dans les pays d’Europe sont favorables à l’unité de l’Union. « La Chine soutiendra toujours l’intégration européenne et son développement », a déclaré Xi Jinping.

« Les pays qui manquent d’élan économique, comme le Portugal, l’Italie ou la Grèce, sont marginalisés dans l’intégration économique régionale. Coopérer avec la Chine les aidera à regagner de la vitalité économique et faire entendre leur voix dans les affaires régionales », résumait dimanche le journal chinois de langue anglaise Global Times.

Macron, Merkel et Juncker face à Xi Jinping

Emmanuel Macron a invité Angela Merkel et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker à se joindre à une réunion avec le président chinois Xi Jinping afin d’afficher un front européen uni pour rééquilibrer les relations avec Pékin.

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