Fact-checking : l’UE abandonne-t-elle les Etats membres du sud à la Chine ?

Emmanuel Macron [EPA-EFE/YOAN VALAT / POOL]

Selon le président français, l’Europe a fait l’erreur de confier les grands projets d’infrastructure du sud de l’Europe à la Chine. Mais le poids de la Chine en Europe reste modeste.

Lors de son discours devant les ambassadeurs français le 27 août, Emmanuel Macron a dit que la Chine avait le « don diplomatique » de diviser l’UE.

« L’Europe, dans le traitement qu’elle a eu de la crise économique et financière, a poussé plusieurs États à des privatisations forcées sans option européenne et a décidé elle-même, méthodiquement, de réduire sa souveraineté en livrant nombre d’infrastructures essentielles en Europe du Sud aux Chinois. On ne va pas reprocher aux Chinois d’avoir été intelligents, on peut se reprocher d’avoir été stupide », a déclaré Emmanuel Macron.

En effet, pendant la crise grecque, l’UE et le FMI ont encouragé la Grèce à vendre ses biens les plus précieux et ses infrastructures clés, comme le port du Pirée, ont fini aux mains des Chinois.

Certains affirment que le rôle de la Chine est exagéré et que, comparé à d’autres États, les investissements chinois représentent une petite fraction des investissements directs étrangers (IDE). Parmi eux, l’ancien ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, qui reproche à l’Europe de diaboliser l’Empire du Milieu.

Varoufakis demande à l’Europe de dédiaboliser la Chine

Candidat de la gauche à la présidence de la Commission, l’ancien ministre grec des finances, Yanis Varoufakis, a appelé l’UE à cesser de diaboliser la Chine et à prendre ses responsabilités dans ses relations commerciales.

 

Pour James Moran, du groupe de réflexion CEPS à Bruxelles, il ne fait aucun doute que l’UE doit rester sur ses gardes lorsqu’il s’agit d’investissements qui pourraient avoir un impact négatif sur son contrôle des actifs stratégiques et de la sécurité intérieure.

« Les investissements chinois dans l’UE ont certes augmenté ces derniers temps, mais ils sont encore éclipsés par les IDE des États-Unis, du Canada, du Japon et d’autres ‘investisseurs traditionnels’. Il convient également de rappeler que lorsqu’il s’agit d’opérations comme celle du Pirée, il n’y avait pas d’alternative européenne viable. En outre, la plupart des observateurs considèrent que les investissements chinois dans ce port ont été bénéfiques en termes de gains d’efficacité pour la Grèce », avance-t-il.

Un acteur modeste en terme d’investissements directs étrangers

Selon les statistiques, les IDE chinois en Europe ne représentent que 2,2 % alors que les IDE américains s’élèvent à 38 %. Bien que les investissements chinois soient faibles, ils évoluent rapidement. Le total des investissements chinois en Europe s’élève aujourd’hui à 348 milliards de dollars.

Le plus grand port grec du Pirée n’est pas le seul port que la Chine possède en Europe. Les entreprises chinoises détiennent des participations majoritaires, ou ont repris des entreprises qui possédaient des terminaux dans le port de Constanta, en Roumanie ou dans deux ports espagnols. Les aéroports de Francfort, de Tirana ou d’Hellinikon en Grèce sont également contrôlés par les Chinois.

La nature et le volume des investissements sont différents dans chaque région d’Europe. La Chine participe à des investissements dans les infrastructures et les mines, principalement en Europe du Sud et de l’Est, et dans des entreprises de haute technologie, des sociétés pétrolières et des clubs de football à l’Ouest.

Mais Sven Biscop, du groupe de réflexion bruxellois EGMONT – Institut royal des relations internationales – est convaincu que le montant des investissements chinois en Europe ne doit pas être surestimé.

Il souligne néanmoins que la Chine « choisit très intelligemment les projets de haut niveau et les met en évidence par le biais de visites bilatérales de hauts responsables, ce qui donne une grande visibilité aux investissements chinois alors que les investissements européens sont en quelque sorte considérés comme normaux ».

Sven Biscop suggère que l’UE et ses États membres envisagent d’accroître la visibilité et l’importance de leurs propres investissements.

L’UE veut plus de réciprocité avec la Chine

Inquiete de l’influence grandissante de la Chine, l’UE a appelé à plus de réciprocité dans les relations commerciales et ne considère plus la Chine comme un pays en voie de développement.

Sven Biscop a déjà souligné dans un article la politique pratique que l’UE mène contre la stratégie chinoise.

« Premièrement, l’UE renforce sa base, en protégeant son processus décisionnel contre l’influence indue de puissances extérieures. Un nouveau mécanisme de filtrage oblige les États membres à signaler à la Commission européenne les investissements étrangers dans des secteurs critiques », explique-t-il.

En outre, Sven Biscop a ajouté que l’UE avait adopté une stratégie pour promouvoir sa connectivité avec d’autres pays asiatiques et que l’objectif était de les convaincre que leur intérêt est le commerce et les investissements dans l’UE.

« En fin de compte, le message de l’UE continue d’être qu’elle préfère travailler avec, et non contre la Chine. L’approche de l’UE peut se résumer comme suit : coopérer quand vous le pouvez, repousser quand vous le devez », conclut-il.

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