François Hollande donne jusqu’à fin mai pour lever l’embargo sur les armes en Syrie

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Le président français, François Hollande, a octroyé aux ministres européens des affaires étrangères jusqu’à la fin du mois de mai afin de négocier la levée d’un embargo de l’UE sur les armes en Syrie et de donner à la coalition les armes dont elle a besoin pour lutter contre le régime de Bachar al Assad. L’Allemagne et d’autre pays ont à nouveau exprimé leurs réserves et ont mis en garde contre une escalade éventuelle du conflit dans la région.

 

Les tentatives de trouver une solution politique à la guerre civile en Syrie ont échoué. L'Europe devrait « tirer les conclusions » et lever l'embargo, a déclaré un François Hollande belliciste lors d'une conférence de presse à l’issue du sommet de l'UE de deux jours à Bruxelles où les relations internationales dominaient l'ordre du jour.

 

« Ces derniers mois, aucune solution politique n’a été trouvée, malgré toutes les tentatives […] au niveau bilatéral ou au Conseil de Sécurité [de l'ONU] », a déclaré le président français, qui a invité les Européens à « changer d'attitude » envers une poussée franco-britannique en faveur d'une levée de l'embargo sur les armes.

 

Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a indiqué qu'il avait demandé aux ministres des affaires étrangères d'examiner la question « en priorité » lors d'une réunion à Dublin les 22 et 23 mars.

 

François Hollande a déclaré que le régime de Bachar Al-Assad continuait à recevoir des armes « d’un certain nombre de pays, dont la Russie, parlons clairement, » et que la coalition devrait avoir les moyens de « répondre aux armes par les armes ».

 

« Je ferai tout pour que, à la fin du mois de mai au plus tard, une solution commune soit adoptée par l’Union », a-t-il ajouté.

 

Lorsqu’on lui a demandé si Paris était disposé à prendre des mesures unilatérales en cas d'absence de solution européenne, le président français est resté évasif et n'a pas exclu de reprendre la livraison de sa propre initiative.

 

« Le plus grand risque, ce serait de ne rien faire », a souligné le président français.

 

Prudence du côté allemand

 

La Grande-Bretagne était la seule à soutenir ouvertement la demande française. David Cameron, le premier ministre britannique, serait même apparemment revenu sur une position belliciste.

 

« Je ne dis pas que nous voudrions livrer des armes aux groupes rebelles », a-t-il indiqué, en ajoutant que cette décision n'avait pas encore prise.

 

M. Cameron a toutefois espéré que la France et la Grande-Bretagne pourraient convaincre les ministres européens des affaires étrangères. Il a mis en avant le droit de souveraineté du Royaume-Uni d'agir seul ou en compagnie de la France si nécessaire.

 

Peu de dirigeants européens ont apporté leur soutien aux deux chefs d'État. Bon nombre d'eux ont exprimé leurs craintes de voir les armes tomber entre les mains de groupes militants islamistes dans les rangs rebelles, ce qui intensifierait l'armement du gouvernement de Bachar Al-Assad.

 

La chancelière allemande, Angela Merkel, était particulièrement prudente et a indiqué que la question devait être soigneusement examinée lors de la réunion des ministres des affaires étrangères la semaine prochaine.

 

« Nous émettons certaines réserves quant aux exportations d'armes à l'opposition rebelle, car nous devons nous demander si elles ne raviveraient pas en réalité […] ce conflit », a annoncé Mme Merkel à l’issue du sommet.

 

L'Iran et la Russie « attendent seulement ce type de signal afin de recourir eux-mêmes à l’exportation d’armes », a-t-elle ajouté. « L’état des choses est donc très fragile et nous devons nous rappeler les implications de l'armement du Hezbollah, par exemple, pour l'ensemble du Moyen-Orient. »

 

Mme Merkel a souligné que les troupes autrichiennes de l'ONU présentes sur le plateau du Golan étaient déjà en péril. Elle a ajouté : « Nous estimons que les ministres des affaires étrangères sont [en position] légitime pour examiner les avantages et les inconvénients d'une manière globale. »

 

Risque de retombées régionales

 

M. Hollande n’a pas nié le risque de retombées régionales du conflit syrien, citant la Turquie, le Liban et les menaces de terrorisme au Moyen-Orient au sens large.

 

Il a toutefois affirmé que l’inaction augmentait encore plus les risques.

 

« Le plus grand risque, ce serait de ne rien faire. Le plus grand risque ce serait de laisser-faire.  Le plus grand risque ce serait de faire que Bachar Al-Assad continue de massacrer son peuple. Et que des groupes, désespérés, se réfugient dans le terrorisme.  Le plus grand risque, c’est le chaos.  Voilà pourquoi nous devons agir. »

 

Aux craintes que les armes ne tombent dans de mauvaises mains, M. Hollande a répondu qu'il était plus sûr que l'Europe contrôle ses propres exportations d'armes  que de laisser les autres pays s'en charger avec moins de protections.

 

Le Britannique David Cameron s'est fait l'écho de ce sentiment : « Le problème n'est pas de savoir si les armes aboutiront dans de mauvaises mains, […] elles le sont déjà », a-t-il déclaré en faisant allusion à celles du régime de M. Assad.

 

Dans des commentaires visant à apaiser les préoccupations russes, M. Hollande a déclaré que la levée de l'embargo n'était « pas destinée à couper les relations » entre Damas et Moscou et que l'ère après Assad « ne serait pas la fin de la relation que ce grand pays a avec la Syrie ».

 

« Et nous devons donc tout faire pour associer la Russie à la solution politique. »

 

Un mouvement pacifique prodémocratique qui s'est manifesté en Syrie en mars 2011 s'est transformé en une révolte armée de grande ampleur après que le président Bachar Al-Assad a tenté de la réprimer. Des analystes disent que cette situation a fait place à un conflit sectaire qui pourrait déstabiliser les États voisins.

 

Quelque 20 000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit.

 

L'UE a imposé des sanctions économiques au régime syrien peu après le début des soulèvements.   

 

Les sanctions contre la Syrie ont été étendues pour inclure un embargo sur le pétrole, un gel d'actifs et une interdiction de voyager pour les Syriens liés aux actes de répression.

 

Les sanctions ont été renforcées à plusieurs reprises, mais sans réel effet sur la répression. 

 

  • 22 mars : les ministres européens des affaires étrangères se rencontrent à Dublin et la levée de l'embargo figure en tête de l'ordre du jour
  • Fin mai : date butoir pour que la France trouve une solution commune de l'UE sur la levée de l'embargo

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