EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

25/02/2017

Le CETA révèle une profonde division franco-allemande

L'Europe dans le monde

Le CETA révèle une profonde division franco-allemande

Le CETA a été approuvé par le Parlement européen le 15 février 2017.

[Blogactiv]

Le vote pour la ratification du CETA a mis au grand jour les divergences entre France et Allemagne. Une majorité de Français a voté contre, alors que les Allemands soutiennent l’accord.

Les eurodéputés ont approuvé cette semaine le CETA, aec 408 votes pour, 254 votes contre et 33 abstentions. Les 28 États membres devront à présent ratifier l’accord, une tâche qui s’annonce ardue. En effet, le processus de ratification varie en fonction des pays, dont certains exigent que le traité soit approuvé par les parlements nationaux.

>> Lire : Le Parlement européen approuve l’accord UE-Canada à une large majorité

VoteWatch.eu, le site internet spécialisé dans l’analyse des tendances de vote des eurodéputés, montre que seulement 16 eurodéputés français, sur 74, ont voté pour l’accord de libre-échange, soit seulement un dixième des élus.

Le vote atteste également de divergences au sein des groupes.

Le groupe PPE, de centre-droit, s’est montré largement uni, avec seulement cinq eurodéputés sur 206 s’étant exprimés contre (les Belges Pascal Arimont et Claude Rodin; les Polonais Andrzey Grzyb, Krzysztof Hetman et Jaroslaw Kalinowski). Sept de ses membres se sont abstenus, principalement les eurodéputés français (Michele Alliot-Marie, Arnaud Danjean, Michel Dantin, Angelique Delahaye, Brice Hortefeux et Nadine Morano).

En revanche, dans le groupe S&D, de centre-gauche, 66 eurodéputés sur 174 ont voté contre le CETA (et donc contre les instructions de leur groupe), et 13 membres se sont abstenus.

Les socialistes français unanimes dans leur vote contre le CETA

Plus intéressant encore, tous les eurodéputés socialistes français, au nombre de 13, ont voté contre, tandis que les Allemands du même groupe se sont montrés largement en faveur de l’accord, avec seulement cinq oppositions parmi les 24 membres du SPD (Évelyne Gebhardt, Dietmar Koster, Maria Noichl, Joachim Schuster et Jutta Steinruch). Trois d’entre eux se sont abstenus.

La carte de la répartition des votes par pays dévoilée par VoteWatch révèle d’importantes divisions parmi les socialistes des 28 autres États membres.

Tous les socialistes autrichiens, belges, tchèques et polonais ont voté contre ; les eurodéputés irlandais, lettons et slovènes, seuls représentants socialistes de leurs pays, leur ont emboîté le pas.

À contrario, tous les eurodéputés socialistes croates, danois, finlandais, hongrois, lituaniens, roumains ainsi que l’eurodéputé estonien et son homologue luxembourgeois ont voté en faveur du CETA.

Les autres pays ont enregistré des résultats partagés. Les socialistes grecs, maltais, portugais, slovaques et espagnols étaient majoritairement en faveur du CETA, tandis que les eurodéputés issus du Parti travailliste britannique se sont prononcés de manière moins unanime.

Esclandre au sein du PSE

Un scandale a éclaté au sein du Parti socialiste européen, dirigé par le Bulgare Sergei Stanishev, à la suite des déclarations de la présidente du Parti socialiste bulgare, Kornelia Ninova. Celle-ci s’est en effet targuée de la volonté de son parti de cataloguer tous les eurodéputés bulgares en faveur du CETA de « traîtres ».

Elle affirme que le traité de libre-échange portera préjudice aux producteurs bulgares et que son pays sera inondé de produits contenant des OGM.

Ces critiques visaient les eurodéputés de centre-droit issus du parti bulgare GERB, présidé par Boyko Borissov, et les membres du parti MDL, affilié à l’ALDE (libéraux), qui ont tous soutenu le CETA.

Sergei Stanishev a quant à lui soudainement retourné sa veste pour soutenir l’accord. Il s’est cependant empressé de préciser qu’il avait fait une erreur de manipulation au moment du vote, exigeant aussitôt que son vote soit corrigé. VoteWatch le répertorie toutefois parmi les défenseurs du traité.

La Bulgarie organisera des élections législatives anticipées le 26 mars prochain, l’occasion pour les socialistes, qui espèrent bien détrôner Boyko Borissov, d’évoquer à nouveau la question du CETA. Si le parti de Kornelia Ninova remporte les élections, la dirigeante a promis de s’assurer que le parlement bulgare rejettera la ratification de l’accord.

>> Lire : La société civile tente de barrer la route au CETA