Géopolitique et lutte contre la corruption s’invitent au cœur de la présidence bulgare

Boyko Borissov et Jean-Claude Juncker [European Commission]

La Bulgarie a pris les rênes de la présidence tournante le 1er janvier. Le pays risque de subir la pression de la Turquie et de la Russie pour faire évoluer leur relation compliquée avec les 28 États membres.

Sofia commence l’année avec un programme chargé : crise migratoire, Brexit, budget européen à long terme seront les dossiers prioritaires de sa présidence de l’UE, qui a commencé le 1er janvier.

« La Bulgarie prendra les rênes de la présidence tournante à un moment clé pour l’Union… Puisse le slogan ‘l’union fait la force’ nous guider’ », a écrit le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, sur Facebook.

Ce slogan national, gravé au-dessus de l’entrée officielle de l’Assemblée nationale bulgare, sera repris pour la présidence bulgare. « Je suis convaincu que nous travaillerons sur nos dossiers prioritaires avec efficacité et continuité », a-t-il ajouté.

La présidence bulgare, une opportunité pour le pays le plus pauvre d'UE

Alors que la Bulgarie a pris la présidence tournante de l’Union européenne, le député socialiste Kroum Zarkov répond à notre partenaire Ouest-France.

 

La présidence de l’UE, qui tourne entre les divers États membres, donnera à la Bulgarie l’occasion de présider des réunions et de fixer le calendrier, alors que le bloc est aux prises avec un afflux record de migrants, la gestion de ses frontières, la montée du populisme et le divorce avec le Royaume-Uni.

Prenant la suite de l’Estonie, la Bulgarie devra composer avec le délai de juin pour que les dirigeants européens s’accordent sur une révision du règlement de Dublin, qui précise que le pays d’arrivée est responsable de la gestion des demandes d’asile.

Le système actuel met une pression trop importante sur les États situés en première ligne comme la Grèce et l’Italie, mais les pays sont divisés sur la manière de le remplacer.

Normalisation des relations avec la Turquie

Pour résoudre la crise des réfugiés, Sofia devrait chercher à normaliser les liens de l’UE avec la Turquie, avec qui la Bulgarie partage une frontière de 260 kilomètres.

Les relations entre l’UE et la Turquie se sont considérablement dégradées depuis la tentative de coup d’État contre le président Recep Tayyip Erdoğan en 2016.

Erdogan tenter de réchauffer ses relations avec l'UE à Paris

Le président turc Recep Tayyip Erdogan se rendra à Paris vendredi pour s’y entretenir avec son homologue français Emmanuel Macron, au moment où Ankara semble vouloir rétablir ses relations avec l’Union européenne après une grave crise en 2017.

 

Selon le quotidien turc Hurriyet, Ankara regrette le manque d’intérêt de l’UE pour développer des relations avec la Turquie durant la présidence bulgare.

L’article, intitulé « La Turquie ignorée », souligne l’incapacité de Boyko Borissov à mettre un sommet UE-Turquie au programme de la présidence bulgare, ainsi que le peu de mentions faites à la Turquie dans les 42 pages du programme.

Le journaliste critique également la déclaration du Premier ministre bulgare qui a qualifié d’hypocrites ceux qui disent que la Turquie deviendra un État membre de l’UE.

Lors du dernier conseil européen du 15 décembre, Ankara espérait que Boyko Borissov obtienne l’accord des dirigeants pour organiser un sommet avec la Turquie.

Pour Juncker, la Turquie «s’éloigne de l’Europe à pas de géants»

La Turquie s’éloigne à « pas de géants » de l’Europe et c’est entièrement de la faute du « système Erdoğan », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Fake news ?

Moscou veut aussi exercer son influence sur la Bulgarie durant la présidence.

L’agence de presse russe ITAR-TASS citait le 1er janvier la ministre bulgare de la présidence européenne, Lilyana Pavlova, déclarant que Sofia mettrait la question de la levée des sanctions européennes contre la Russie à l’ordre du jour.

« Le Premier ministre Boyko Borissov et le gouvernement bulgare considèrent qu’il est nécessaire d’inclure la question des sanctions dans les débats prioritaires. La question sera discutée sous divers formats afin de trouver la meilleure solution et résoudre le problème », a déclaré Lilyana Pavlova, citée par l’agence russe.

Une telle déclaration est surprenante. Comme d’autres pays membres, la Bulgarie n’est pas ravie des sanctions européennes contre la Russie, puisqu’elle voit des opportunités commerciales s’envoler et profiter à d’autres pays en dehors de l’UE comme la Serbie. Néanmoins, lors du renouvellement des sanctions tous les six mois, la Bulgarie n’a jamais utilisé son droit de véto.

Sofia détenant désormais la présidence tournante de l’UE, Boyko Borissov a bien précisé lors du dernier sommet européen que son pays suivrait le courant dominant de l’UE au sujet des sanctions.

Le 2 janvier, Lilyana Pavlova s’est dite surprise par l’interprétation de ses déclarations faites à plusieurs médias en novembre dernier par l’agence russe ITAR-TASS. Elle a déclaré que la question des sanctions avait été « close » durant la présidence estonienne puisque les dirigeants ont décidé lors du sommet de décembre de prolonger les sanctions jusqu’au 30 juin 2018.

Cet épisode pourrait donc être perçu comme un avant-goût de la tactique de Moscou vis-à-vis de la Bulgarie, un pays traité par l’establishment russe comme une ex-femme infidèle.

Motion de défiance

En ce qui concerne les affaires intérieures, le parti socialiste d’opposition (BSP) est en train de préparer une motion de défiance contre le gouvernement de Borissov sur les questions de corruption. En théorie le vote ne devrait pas passer, même si le Mouvement des droits et des libertés, d’ethnie turque principalement, soutient la motion.

Le président bulgare, Rumen Radev, élu avec le soutien du BSP, est également critique de Boyko Borissov. Dans son discours pour la nouvelle année, il n’a pas mentionné la présidence bulgare de l’UE, mais a déclaré que 2018 serait « un test pour la démocratie bulgare ».

Rumen Radev et Boyko Borissov sont profondément divisés sur leur vision de la démocratie bulgare. Le Premier ministre est globalement satisfait du statu quo et compte sur la présidence de l’UE pour dissiper les critiques de ses opposants politiques ou de la presse.

Quant à Rumen Radev, il nourrit toujours l’espoir de réformer le système judiciaire pour s’attaquer à la corruption galopante dans le pays. Contrairement à la Roumanie, où un ancien Premier ministre a même été envoyé en prison, aucun haut responsable bulgare n’a jamais été jugé pour corruption.

La Roumanie lutte mieux contre la corruption que la Bulgarie

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker a annoncé la fin prochaine du contrôle du système judiciaire et de la lutte contre la corruption en Roumanie.

Désaccords internes

Le 2 janvier, Rumen Radev a mis son véto à la loi demandée par Bruxelles pour s’attaquer à la corruption. Pour le président, la loi ne protège pas les lanceurs d’alerte.

Le Parlement a approuvé la nouvelle loi fin décembre dans le but de fusionner plusieurs agences existantes en un seul organe de lutte contre la corruption. La loi élargit aussi la liste de hauts responsables dont les déclarations de revenu, de patrimoine et de conflit d’intérêts feront l’objet de vérifications par le nouvel organe.

Cependant, les parlementaires ont exclu la possibilité de déposer des plaintes anonymes contre les responsables politiques et n’offrent aucune protection aux lanceurs d’alerte contre des poursuites judiciaires.

Rumen Radev craint le « risque de mesures répressives » et estime que la loi va à l’encontre de la Convention civile sur la corruption du Conseil de l’Europe, censée protéger les personnes signalant des pots-de-vin.

Le véto du président oblige le parlement à réexaminer la loi, mais les députés peuvent aussi rejeter son objection, le forçant à signer la loi inchangée.

Subscribe to our newsletters

Subscribe