La Géorgie suggère d’emprunter une voie non conventionnelle vers l’adhésion à l’UE

La présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili. [EU Council]

La Géorgie a réaffirmé jeudi 11 juillet son objectif de devenir membre de l’UE, même si cela implique une approche innovante et de « frapper à toutes les portes », a déclaré sa présidente lors d’une conférence internationale marquant le dixième anniversaire du partenariat oriental.

« Le temps est venu de donner un nouveau cap à nos relations, après une décennie de partenariat réussie », a déclaré la présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, lors de la 16e édition de la conférence internationale de Batoumi.

Elle a déclaré que la Géorgie avait de profondes racines européennes, qu’elle était le berceau de la viticulture et une nation chrétienne depuis le IVe siècle. Elle a ajouté que le pays avait été un pionnier en matière de droits des femmes, en portant une femme sur le trône royal au XIIe siècle, et en donnant le droit de vote aux femmes en 1918.

« Nos valeurs, notre culture, notre histoire sont européennes, notre population est européenne, 80 % de notre population soutient l’objectif d’adhérer à l’Union européenne, et ce de façon constante depuis 15 ans, sans aucun changement, sans euroscepticisme », a-t-elle soutenu.

La présidente a évoqué les avantages du statut actuel de son pays, associé à l’UE et membre du partenariat oriental, mais « l’ambition de la Géorgie ne s’arrête pas là, elle va encore plus loin sur la voie de l’adhésion à l’UE », a-t-elle souligné.

Salomé Zourabichvili a déclaré que la Géorgie comprenait les problèmes internes de l’UE et pouvait faire preuve d’« un peu de patience », mais qu’en retour, elle s’offrait comme un « terrain d’essai » pour un rapprochement novateur. Celui-ci, a-t-elle dit, devrait être basé sur la pleine participation de la Géorgie à davantage de politiques européennes.

« Nous avons l’intention de frapper à toutes les portes, d’ouvrir toutes les portes, et lorsque nous aurons fini d’ouvrir toutes les portes, vous découvrirez que la Géorgie sera devenue membre de l’UE », a déclaré la présidente.

Elle a ajouté qu’il était nécessaire de « sortir des sentiers battus ».

« Nous comprenons les difficultés [qu’implique] la décision politique d’accorder le statut de candidat à un pays […] Une idée en dehors des sentiers battus serait que la Géorgie entame des négociations d’adhésion sur une base « ad hoc ». Une telle décision pragmatique, non institutionnelle et non politique, serait très significative et très importante », a-t-elle souligné.

Comme prévu, Salomé Zourabichvili a également mentionné la géopolitique et les récentes tensions avec la Russie.

Les relations ont été mises à rude épreuve il y a deux semaines lorsque des manifestations anti-Kremlin ont éclaté à Tbilissi à la suite de la visite d’un législateur russe qui s’est adressé au parlement en russe.

« Malheureusement, notre destin politique ne peut ignorer la géographie », a-t-elle déclaré, rappelant que le 8 août marquerait le 11ème anniversaire de la guerre avec la Russie, qui a abouti à l’occupation de 20% du territoire géorgien.

« Si cela était destiné à nous éloigner de notre voie européenne, la résilience de la Géorgie a été notre réponse stratégique », a-t-elle déclaré.

« Plus d’engagement de la part de l’Europe »

La présidente a ajouté que les régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ne faisaient pas la une des journaux du monde, mais qu’elles demeuraient une plaie ouverte pour chaque Géorgien. Elle a déclaré que les récentes manifestations étaient « l’expression naturelle de ce qui couvait depuis une décennie », et l’expression de la frustration face à l’absence de progrès dans la résolution du problème.

« Le message du peuple géorgien est qu’il attend également plus de soutien de la part de l’Europe, plus d’engagement lorsqu’il s’agit de faire face à l’occupation », a-t-elle déclaré.

Salomé Zourabichvili a déclaré que son pays continuait d’accueillir des millions de touristes russes en faisant preuve de sa traditionnelle hospitalité, et en toute sécurité.

« Le récent regain de tensions avec la Russie montre également que les conflits non résolus et le statu quo ne sont ni politiquement acceptables ni propices à une stabilité à long terme », a-t-elle déclaré.

Salomé Zourabichvili a déclaré que ses initiatives pour désamorcer les tensions et relancer les pourparlers de Genève avec une dimension politique, ainsi que ses appels pour que l’Europe s’engage davantage dans le soutien à la résolution pacifique du problème étaient les réponses à ce défi.

« Notre choix inébranlable est celui d’une résolution pacifique et diplomatique de la question de l’occupation », a-t-elle souligné.

Pendant son intervention, des manifestations ont eu lieu à l’extérieur du lieu de la conférence par des citoyens dénonçant les violences policières lors des manifestations à Tbilissi et exigeant la démission du ministre de l’Intérieur.

Euractiv a demandé à trois ministres des Affaires étrangères de l’UE participant à la conférence – les représentants de la Pologne, de la Bulgarie et de la Suède – de commenter la proposition de Salomé Zourabichvili de suivre une voie non conventionnelle vers l’adhésion à l’UE. Malheureusement, aucun représentant de la France, pays considéré comme le plus grand obstacle à l’élargissement, n’était présent.

Le ministre polonais des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré que l’UE devait être honnête et admettre que certains pays de l’UE ne voulaient pas entendre parler d’un nouvel élargissement de l’Union. Il a ajouté qu’un sommet qui s’était tenu la semaine précédente dans la ville polonaise de Poznań avait montré une fois de plus qu’il n’y avait pas de consensus pour que la Macédoine du Nord et l’Albanie ouvrent des négociations d’adhésion.

La France fait barrage à l’élargissement européen

La France a bloqué l’ouverture des négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE. Celle-ci avait pourtant promis de récompenser Skopje par un ticket d’entrée pour l’UE grâce à l’accord historique de Prespa conclu avec la Grèce.

« Cela s’applique également au processus du partenariat oriental et à la Géorgie. Nous devons être réalistes », a-t-il déclaré.

La ministre bulgare des Affaires étrangères, Ekaterina Zaharieva, a déclaré que si la Géorgie était en tête dans le groupe du partenariat oriental, elle devrait avoir droit à des programmes spécifiques à la hauteur de ses ambitions. Elle a déclaré que la proposition faite par Salomé Zourabichvili était « une excellente idée » et qu’elle devrait être discutée au niveau européen.

La ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström, a déclaré que chaque État européen pouvait demander à devenir membre à part entière de l’UE s’il remplissait les critères démocratiques et économiques de base. Elle a mentionné un récent débat en Géorgie sur les droits des LGBT, suggérant que des progrès étaient encore nécessaires à cet égard.

Donald Tusk, le président du Conseil européen, a pris la parole après Salomé Zourabichvili. Il était arrivé la veille en Géorgie dans le cadre d’un périple lié au « 10e anniversaire du partenariat oriental », comprenant également des étapes en Azerbaïdjan et en Arménie.

Conformément à son habitude, Donald Tusk a complimenté ses hôtes. Le point culminant de son discours a cependant été son commentaire de la citation du président russe Vladimir Poutine, qui avait déclaré en 2005 que l’effondrement de l’URSS était la plus grande catastrophe géopolitique du siècle.

« Aujourd’hui, en Géorgie, je veux le dire haut et fort : l’effondrement de l’Union soviétique a été une bénédiction pour les Géorgiens, les Polonais, les Ukrainiens ainsi que pour toute l’Europe centrale et orientale. Et je suis convaincu qu’il en va de même pour les Russes », a-t-il déclaré.

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