Le gouvernement géorgien balaie les critiques qui l’accusent de parti pris pro-russe

Tamar Khulordava, présidente de la commission de l'intégration européenne du parlement géorgien. [Georgi Gotev]

Un éminent homme politique de l’opposition a accusé le gouvernement géorgien de partialité pro-russe, tacitement tolérée par l’UE, mais les représentants du parti au pouvoir, ainsi que les diplomates, insistent sur le fait que le pays tout entier est pro-occidental.

La 16e édition de la conférence internationale de Batoumi (11-12 juillet) a donné aux hommes politiques de l’opposition l’occasion d’exprimer des critiques face à un public international.

Giorgi Baramidze, du Mouvement national uni (UNM) de l’ancien Premier ministre Mikheil Saakashvili, a déclaré lors de la conférence que l’Occident ignorait que le gouvernement dirigé par le parti Rêve géorgien était aux ordres d’un oligarque pro-russe, Bidzina Ivanishvili.

La récente élection présidentielle a permis d’évaluer le poids de l’opposition : le candidat de l’UNM, Grigor Vashadze, a perdu en n’obtenant que 40% des voix face à Salomé Zourabichvili, soutenue par Rêve géorgien et créditée de 59% des suffrages.

Une Française élue présidente en Géorgie

L’ex-ambassadrice française Salomé Zourabichvili, soutenue par le parti au pouvoir Rêve géorgien, a remporté le deuxième tour de la présidentielle géorgienne, une élection test pour la démocratie de ce pays du Caucase.

S’adressant à Euractiv, Giorgi Baramidze, ancien vice-Premier ministre responsable des Affaires européennes, a déclaré que la Géorgie était « en crise profonde en termes de démocratie ».

« Un oligarque pro-russe possède ce pays. Il possède ce pays comme on détiendrait un projet d’entreprise », a déclaré. Il a poursuivi :

« Il le fait de manière informelle parce qu’il n’occupe aucune fonction publique. Mais tout le monde en Géorgie sait qu’il contrôle la majorité du parlement, le gouvernement, ainsi que le système judiciaire ».

« En outre, par le biais des services de sécurité, de la police et du bureau du procureur général, il intimide tous les partis d’opposition pro-occidentaux, en particulier le principal parti d’opposition. Il a officiellement déclaré que son objectif était de détruire l’UNM. Son ministre de la Justice, en poste depuis longtemps, a répété ces propos, et il s’agit là de déclarations publiques », a déclaré Giorgi Baramidze.

Il a également critiqué le gouvernement pour son recul depuis 2012 et pour les piètres performances économiques du pays. Mais les données sur l’économie du pays consultées par Euractiv ne semblent pas étayer cette affirmation.

Giorgi Baramidze a également critiqué le gouvernement pour son incapacité à amener sur la scène internationale la question de l’occupation illégale de 20 % du territoire de la Géorgie par la Russie. Depuis la guerre d’août 2008, la Russie contrôle l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie.

Il a déclaré que la communauté internationale s’était mobilisée à propos de l’annexion de la Crimée et avait puni la Russie par des sanctions, alors que rien de semblable ne s’était produit concernant l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.

Sollicité pour expliquer comment il pouvait prétendre que le pays était antidémocratique, alors qu’il était libre de s’exprimer lors d’une conférence internationale, et que des jeunes manifestaient devant le lieu de la conférence contre ce qu’ils considéraient comme un usage excessif de la violence récemment à Tbilissi, il a dit :

« Nos dirigeants se font arrêter. Notre principal dirigeant, le président Saakashvili, a été expulsé du pays, comme vous le savez. Notre leader actuel, le président du Conseil politique, est assigné à résidence, accusé de tentative de coup d’État. C’est totalement absurde. »

Lorsqu’on lui a demandé si l’oligarque Ivanishvili était pro-russe, il a répondu :

« Je ne sais pas s’il a signé un contrat avec le FSB [le nouveau nom de l’agence de sécurité de l’État KGB], mais par ce qu’il fait, il affaiblit la Géorgie dans tous les sens du terme. À cela, j’ajouterai que nos institutions de sécurité sont totalement infiltrées par des agents russes. »

Il a ajouté que le contre-espionnage du pays n’avait pas pu appréhender un seul agent de renseignement russe au cours des sept dernières années.

À la question de savoir combien d’agents russes avaient été appréhendés par le gouvernement précédent, il a répondu :

« Lorsque nous étions au gouvernement, nous avons pratiquement éliminé, mais pas complètement, les réseaux d’agents russes. Il y a également eu des annonces publiques, et avec l’implication de la communauté internationale, nous les avons remis à la Russie, certains d’entre eux sont allés en prison. Mais quand ce gouvernement est arrivé au pouvoir, il les a libérés et leur a donné le statut de prisonniers politiques. Pouvez-vous imaginer cela, des citoyens russes libérés de prison pour avoir été prisonniers politiques ? »

À la question de savoir pourquoi l’Occident n’a pas réagi à ces questions, il a répondu :

« Parce qu’ils se soucient – et je peux comprendre – du Partenariat oriental. Ils considèrent la Géorgie comme meilleure que les cinq autres pays. La Géorgie est la meilleure parmi les pires camarades de classe. L’UE ne veut pas critiquer les meilleurs parmi les pires ».

Le gouvernement rejette les critiques

La députée Tamar Khulordava, présidente de la commission de l’intégration européenne du parlement géorgien, a déclaré que les déclarations de Giorgi Baramidze étaient factuellement inexactes.

« Nous avons dans le pays des niveaux de démocratie et de protection des droits de l’homme fondamentalement différents de ceux que nous avions auparavant. Je n’essaie pas de dire que tout a été fait et que le pays est en parfait état en ce qui concerne les normes démocratiques, la protection des droits de l’homme, l’État de droit et la gouvernance – le travail est en cours. »

« Mais en tant qu’observateur objectif, vous devez reconnaître où en était le pays, comment il a évolué et quels ont été les progrès réalisés. »

Selon Tamar Khulordava, le pays évolue dans la bonne direction. Elle a notamment souligné que le parlement avait auparavant très peu de pouvoir mais qu’il était maintenant devenu « un organe politique central dans le pays ».

« En témoigne le fait que nous voyons maintenant le Premier ministre et les ministres apparaître en plénière, lors de débats très animés, avec l’opposition et tous les partis engagés, comme nous ne l’avions jamais vu auparavant. Je sais que ce dont je parle peut sembler basique, mais ça ne l’était pas en Géorgie. Il faut reconnaître que c’est un indicateur de progrès. »

Interrogée sur le rôle de Bidzina Ivanishvili, elle a répondu :

« Ivanishvili est le fondateur du parti que je représente. C’est une personne influente parce que c’est lui qui a réussi à mettre sur pied le parti, et malgré le régime assez répressif qui dirigeait le pays à l’époque, il a réussi à mettre en place l’opposition qui, après les élections, a pu obtenir la majorité des sièges au parlement et donc former un gouvernement. Son parti reste au pouvoir et en tant que fondateur, mais aussi en tant que président du parti, il est bien sûr influent. »

Elle a rejeté les accusations de l’opposition selon lesquelles Bidzina Ivanishvili était pro-russe :

« C’est ridicule. Les allégations de l’opposition évoluent au fil du temps. Le fait est que nous sommes malheureusement trop polarisés en Géorgie. C’est tout à fait regrettable. Il y a beaucoup de points communs entre le parti au gouvernement et les principaux partis d’opposition : nos aspirations pour l’Union européenne, notre évaluation du rôle de la Russie dans l’histoire contemporaine de la Géorgie sont les mêmes. »

Selon Tamar Khulordava, il n’y a pas de véritable antagonisme géopolitique entre le gouvernement et l’opposition, mais cette dernière tente de trouver matière à controverse partout où cela est possible.

« Il est facile pour eux d’étiqueter notre parti comme pro-russe, ce qui n’a aucun fondement. Quelqu’un pourrait dire : vous êtes un éléphant. Mais je ne suis pas un éléphant, je suis un être humain. »

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