Les régions allemandes renoncent aux expulsions vers l’Afghanistan

Certaines régions allemandes refusent d'expulser les Afghans. [Nebojsa Markovic/ Shutterstock]

De plus en plus de régions allemandes suspendent les procédures d’expulsion de demandeurs d’asile déboutés vers l’Afghanistan, où la situation se dégrade. Un article d’Euractiv Allemagne.

Une enquête du Berliner Morgenpost révèle qu‘un nombre croissant de régions refusent d’expulser les Afghans dont les demandes d’asile n’ont pas abouti. D’après certains médias, six des 16 États fédérés allemands appliquent cette mesure.

Le journal a notamment cité un porte-parole du sénat de Brême, d’après lequel les autorités locales jugent la situation du pays comme dangereuse. Par conséquent, une interruption totale des rapatriements est à présent envisagée.

Les représentants de Basse-Saxe comptent quant à eux examiner une évaluation de la situation réalisée par le ministère de l’Intérieur allemand. En raison des « conditions de sécurité incertaines » de la région, ils ont eux aussi abandonné les procédures d’expulsion pour l’instant.

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Des dispositions similaires ont été adoptées en Thuringe et en Rhénanie-Palatinat, même si, dans la dernière région, les criminels condamnés et les « agitateurs » peuvent encore être expulsés. À l’exception du Thuringe, où une coalition menée par Die Linke est au pouvoir, toutes ces régions sont dirigées par le Parti social-démocrate (SPD).

En mettant un frein aux rapatriements, les régions agissent à contre-courant des mesures prises par le ministre de l’Intérieur, qui a jusqu’à présent adopté une position ferme concernant l’asile et les migrations.

En octobre, Thomas de Maizière (Union chrétienne-démocrate, CDU), faisait l’éloge du tout nouvel accord sur l’immigration négocié avec l’Afghanistan. En décembre, la première vague de ressortissants afghans, au nombre de 34, était renvoyée vers Kaboul. Le ministre qualifiait alors cette action de « bonne pratique ».

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Ses détracteurs soulignent l’insécurité régnant dans le pays, où les demandeurs d’asile déboutés sont renvoyés, et le mécontentement semble gronder au sein de l’opposition.

En plus des autorités régionales et des personnalités politiques issues des partis d’opposition, certains législateurs afghans commencent à s’en mêler. L’ancien ministre de l’Économie, Amin Farhang, ancien résidant de longue date en Allemagne, a déclaré au quotidien Mitteldeutsche Zeitung que les expulsions ne feraient qu’augmenter le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI). Selon lui, « au vu de la situation actuelle, expulser des Afghans serait dramatique, surtout pour les plus jeunes ».

D’après les déclarations à la radio allemande de l’ancien ministre afghan des Affaires étrangères, Rangin Dadfar Spanta, « 40 à 45 % du territoire afghan n’est plus sous contrôle de l’État en raison des conflits militaires sévissant à travers le pays tout entier » depuis 2006.

La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) confirme ces estimations. Si l’on en croit son rapport annuel, l’année 2016 a été particulièrement meurtrière pour les civils: 11 500 personnes ont trouvé la mort ou ont été blessées à la suite d’échanges de coups de feu, d’attentats suicides et de frappes aériennes, soit une augmentation de 3 % par rapport aux chiffres de 2015.  D’après les données de l’ONU, les enfants comptaient pour près d’un tiers des victimes.

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a également insisté sur la « détérioration considérable » des conditions de sécurité. En réaction à une demande du ministère allemand de l’Intérieur, l’UNHCR a rappelé que « l’Afghanistan tout entier est touché par un conflit armé intérieur ». Par ailleurs, étant donné que le contexte d’insécurité évolue jour après jour, il est difficile de distinguer les régions visées des régions à l’abri des combats.

Le 4 février, la chancelière Angela Merkel (CDU) a critiqué la décision prise par la région Schleswig-Holstein d’interrompre ses procédures d’expulsion. Un porte-parole de l’Union chrétienne-sociale (CSU) envisage par ailleurs le retrait des financements fédéraux à la région si celle-ci continue de ne pas respecter ses obligations.