La Grèce réclame des sanctions contre la Turquie, mais l’UE veut favoriser le dialogue

Le Haut représentant de l'Union européenne, Josep Borrell (à g.), et le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lors d'une conférence de presse à Ankara, le 06 juillet 2020. [EPA/ FATIH AKTAS / Turkish Foreign M]

Le ministre grec des Affaires étrangères demande à l’UE d’adopter une liste de sanctions potentielles contre la Turquie, au cas où Ankara violerait le territoire grec. Mais des sources affirment que l’UE veut privilégier le dialogue.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissent à Bruxelles ce lundi 13 juillet. Leurs discussions porteront essentiellement sur la Turquie. Toutes les questions ouvertes entre l’UE et ce pays seront abordées, des forages illégaux en Méditerranée à l’implication de la Turquie en Libye et en Syrie.

« Nous [la Grèce et Chypre] appelons l’UE à adopter une liste de sanctions sévères au cas où elle [la Turquie] violerait les droits souverains de la Grèce et de Chypre », a déclaré Nikos Dendias, le ministre grec des Affaires étrangères.

Mais pour la Commission, l’imposition de sanctions ne constitue pas, « en principe », l’une des options envisagées.

« Tout ministre qui le souhaite peut soulever la question des sanctions. Mais l’objectif premier du haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, est de recevoir un mandat clair et unanime des États membres pour entamer un dialogue avec Ankara », ont fait savoir certaines sources.

Pour Bruxelles, la principale priorité est de parvenir à un accord concernant les forages illégaux annoncés par la Turquie pour la recherche de pétrole et de gaz en Méditerranée, qui empiètent sur les eaux territoriales grecques et chypriotes.

Josep Borrell devrait présenter des « idées concrètes » sur cette question, car Bruxelles estime que si une solution est trouvée, cela pourrait éventuellement permettre de débloquer d’autres questions liées à l’implication turque en Syrie.

Athènes compte sur Paris

Il est probable que la France intensifie elle aussi sa rhétorique à l’égard de la Turquie ce lundi, surtout après un incident en Méditerranée orientale où la France a déclaré que des frégates turques se sont montrées « extrêmement agressives » envers un navire de la marine française participant à une mission de l’OTAN dans la région.

« Nous appartenons à la même alliance, l’OTAN, et la frégate française est devenue la cible d’une frégate turque. Ce n’est pas ainsi que des alliés se comportent. Nous voulons savoir pourquoi une frégate turque s’est sentie si mal à l’aise avec une mission de l’OTAN pour mettre en œuvre l’embargo sur les armes en Libye », a déclaré la semaine dernière l’eurodéputée française Nathalie Loiseau. Elle est allée plus loin en déclarant que s’il n’y avait pas de dialogue et de coopération, les comportements dangereux devraient appeler des conséquences.

Selon Josep Borrell, de « profonds désaccords » opposent la Turquie et l'UE

Lors de sa visite en Turquie lundi 6 juillet, le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, a souligné que de « profonds désaccords » persistaient entre Bruxelles et Ankara.

« Mon sentiment est que pour l’instant, nous n’avons pas les mêmes valeurs que le régime turc. C’est pourquoi les négociations d’adhésion de la Turquie ont été suspendues. Le problème est que désormais, nous n’avons peut-être pas non plus les mêmes intérêts en matière de sécurité », a-t-elle ajouté.

L’Allemagne, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE, semble cependant vouloir éviter toute exacerbation des tensions avec la Turquie, et préconise une approche conciliante.
De leur côté, les législateurs du Parlement européen n’ont pas ménagé la Turquie le 9 juillet dernier.

Les eurodéputés de tous les groupes politiques du Parlement ont fermement condamné le président turc Recep Tayyip Erdoğan et les activités de son régime en Méditerranée, ajoutant que Josep Borrell devrait adopter une position plus dure à l’égard d’Ankara.

Sainte-Sophie transformée en mosquée

La tension a encore augmenté après que le président turc a annoncé son intention de transformer Sainte-Sophie, un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, en mosquée.
Sainte-Sophie, érigée il y a 1500 ans, était alors une cathédrale de l’Empire byzantin chrétien. Les empereurs y étaient couronnés.

Elle a été transformée en mosquée après la conquête ottomane de Constantinople en 1453, puis est devenue un musée en 1935.
Cette nouvelle conversion a déclenché de fortes réactions à Athènes et dans le monde entier.
Washington s’est dit déçu par cette décision, tandis que l’Union européenne l’a qualifiée de « regrettable ». « Je pense à Sainte-Sophie et je suis très triste », a pour sa part déclaré le pape François, qui s’est exprimé dimanche 12 juillet.

Dans une interview accordée la semaine dernière à la chaîne grecque MEGA TV, Manfred Weber, le chef du Parti populaire européen (PPE), a affirmé que la transformation de Sainte-Sophie en mosquée était un signe clair de la « faiblesse du leadership » d’Erdoğan.

« Sainte-Sophie est un symbole de l’héritage chrétien et il est évident que le président Erdoğan veut retirer [la mention de] cet héritage chrétien des livres d’histoire de la région, en particulier de la Turquie […] Erdoğan utilise des messages émotionnels et populistes dans sa politique pour affirmer son pouvoir », a-t-il poursuivi.

Londres a indirectement soutenu la décision d’Ankara en disant que cette question relevait de la souveraineté de la Turquie. « Cependant, en tant que site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, nous espérons que Sainte-Sophie restera accessible à tous, [car elle constitue] un témoignage de l’histoire riche et diversifiée de la Turquie ».

Des sources européennes ont déclaré samedi 11 juillet à Euractiv que la question serait évoquée mais qu’elle n’affecterait pas l’agenda des ministres des Affaires étrangères de l’UE ce lundi.

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