La crise à Hong Kong met à l’épreuve le leadership européen

[EPA-EFE/LAUREL CHOR]

Un groupe de syndicats a exprimé sa solidarité aux  les militants pro-démocratie de Hong Kong le 2 septembre. Ils appellent l’UE à montrer le chemin pour que les droits de l’homme cessent d’être violés dans la région.

Les manifestations à Hong Kong en sont maintenant à leur douzième semaine. Les manifestants s’insurgent contre un projet de loi d’extradition qui aurait donné aux autorités de Hong Kong le droit d’expulser les criminels de la ville vers la Chine continentale.

L’appel lancé le 2 septembre par les syndicats intervient quelques jours seulement après que Federica Mogherini, la responsable des affaires étrangères de l’UE, a qualifié les récents développements à Hong Kong d’« extrêmement préoccupants », à la suite de l’arrestation de plusieurs militants pro-démocratie (influents) dans cette ville.

Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997 après 156 ans de domination britannique, et est depuis considéré comme une région semi-autonome de l’État chinois, selon le principe « un pays, deux systèmes », permettant aux habitants de Hong Kong de jouir de certaines libertés civiles non autorisées en Chine.

Cependant, nombreux sont ceux dans la ville qui estiment que ces droits sont progressivement bafoués, par le biais de tentatives de réforme politique émanant du gouvernement central chinois à Pékin, comme la proposition de réforme de l’éducation en 2012 ou celle de la réforme électorale en 2014.

Le groupement des syndicats, dirigé par la Confédération syndicale internationale (CSI), s’est réuni lundi 2 septembre au Bureau économique et commercial de Hong Kong à Bruxelles et a rencontré des représentants du bureau, afin de faire part de leurs préoccupations quant à la situation actuelle à Hong Kong.

Étaient également présents des représentants syndicaux des groupes belges ACV-CSC, ABVVV-FGTB, ACLVB-CGSLB, ainsi que de l’Internationale de l’Éducation et la Fédération internationale des journalistes.

Le directeur du département Droits de l’homme et droits syndicaux de la CSI, Jeroen Beirnaert, soutient que l’UE pourrait démontrer son engagement envers ses valeurs libérales fondamentales en tenant compte de l’érosion des droits de l’homme à Hong Kong dans le cadre des futures négociations commerciales.

« À l’avenir, lorsque l’UE participera à des négociations commerciales avec Hong Kong, elle devrait considérer ces questions comme une condition préalable à tout nouvel engagement économique.»

Jeroen Beirnaert a ajouté que l’UE devrait être cohérente dans ses valeurs fondamentales et veiller à ce que, lorsque de tels principes sont bafoués sur la scène internationale, elle n’ait pas peur d’affirmer sa position.

Zdeněk Hřib, maire de Prague, persiste à tenir tête à la Chine

Zdeněk Hřib est le premier maire de Prague affilié au Parti pirate. En fonction depuis 10 mois seulement, il a déjà attiré l’attention de médias internationaux : il s’oppose à l’ingérence chinoise dans les affaires de son pays.

David Edwards, secrétaire général de l’Internationale de l’éducation, un syndicat représentant 32 millions d’enseignants dans 174 pays du monde, pense que la situation à Hong Kong met le leadership européen à l’épreuve.

Le groupe s’est impliqué dans le débat de Hong Kong à la suite de rapports faisant état de brutalités policières présumées contre des enseignants et des professionnels de l’éducation participant à des manifestations pacifiques dans la ville.

« Il s’agit d’un véritable test de leadership pour la nouvelle Commission  », a déclaré David Edwards à Euractiv. « L’Europe est plus que jamais nécessaire dans un monde où les dirigeants du monde s’éloignent de leurs responsabilités en matière de démocratie et de droits de l’homme fondamentaux. »

Outre la prétendue érosion des droits de l’homme à Hong Kong, la CSI a exprimé son soutien aux cinq demandes présentées par les manifestants de Hong Kong : le retrait complet du projet de loi sur l’extradition, la démission de Carrie Lam, cheffe de l’exécutif de Hong Kong, la libération des manifestants arrêtés, le retrait du terme « émeute » des rapports du gouvernement concernant les manifestations et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les rapports faisant état de violences policières pendant ces manifestations.

En outre, une lettre adressée par la CSI au Bureau économique et commercial de Hong Kong à Bruxelles demandait que la population de Hong Kong soit autorisée à « exercer ses droits fondamentaux et inaliénables à la liberté d’association, de réunion, d’expression et au droit de grève ».

Cet appel a été repris par le secrétaire général adjoint de la CSI, Owen Tudor, qui a déclaré à Euractiv que  Hong Kong « ne serait pas un centre financier aussi efficace » sans les libertés dont il jouit depuis des années.

Owen Tudor a également félicité  Federica Mogherini, pour son soutien et ses déclarations percutantes à l’égard des militants pro-démocratie à Hong Kong,

« Nous attendons des autorités de Hong Kong qu’elles respectent la liberté de réunion, d’expression et d’association ainsi que le droit des citoyens à manifester pacifiquement », a-t-elle déclaré, ce vendredi 30 août, à l’issue d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Helsinki.

« Nous continuerons à mettre en lumières ces évènements et travaillerons d’arrache-pied pour apaiser les tensions », a-t-elle ajouté.

Ses commentaires sont intervenus après l’arrestation de Joshua Wong et Agnes Chow, d’éminents militants et membres du groupe pro-démocratie Demosisto. Tous deux ont depuis été libérés sous caution et l’affaire a été ajournée jusqu’en novembre.

Joshua Wong avait déjà déclaré à Euractiv que le mouvement pro-démocratie de Hong Kong avait besoin d’un soutien international, en particulier de l’Europe et de l’Occident.

En juillet, les eurodéputés de Strasbourg ont soutenu une motion pour  soutenir les manifestants en faveur de la démocratie, en exigeant que le gouvernement de Hong Kong « libère immédiatement les manifestants pacifiques et et abandonne toutes les charges »» et en demandant une « enquête sur l’usage de la force par la police de Hong Kong contre des manifestants ».

Toutefois, la Commission européenne et les États membres de l’UE se sont jusqu’à présent abstenus d’intervenir trop directement dans la crise qui ravage la perle de l’Orient.

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