La jeunesse biélorusse, nouvelle figure de proue des manifestations

Depuis plus de cent jours, les protestataires pro-démocratie en Biélorussie manifestent contre le président Alexandre Loukachenko, qu’ils accusent de fraude électorale et de violence à l’encontre de manifestants pacifistes. EPA-EFE/SERGEY DOLZHENKO [EPA-EFE/SERGEY DOLZHENKO]

Depuis plus de cent jours, les protestataires pro-démocratie en Biélorussie manifestent contre le président Alexandre Loukachenko, qu’ils accusent de fraude électorale et de violence à l’encontre de manifestants pacifistes. Tandis que certaines personnes âgées ont envahi les rues pour exprimer leur mécontentement, les jeunes sont désormais en première ligne des mouvements.

« Nous sommes la République populaire du Bélarus, et le peuple ne peut pas perdre les élections », écrit sur son site internet le Conseil national de la jeunesse bélarusse (RADA), une union nouvellement créée rassemblant 28 organisations démocratiques de jeunesse.

Les restrictions imposées par le gouvernement en 2006 sur la liberté d’association avaient forcé le RADA à continuer ses activités dans le plus grand des secrets, à l’instar de nombreuses autres organisations de jeunesse opprimées par l’État.

En novembre, le président Loukachenko répétait une nouvelle fois qu’il ne concéderait pas le pouvoir à quiconque. Par ailleurs, le nombre de personnes détenues depuis le mois d’août aurait dépassé les 25 000, d’après Vyasna, un groupe de défense des droits de l’homme.

Biélorussie. Plus de 800 arrestations, l’opposition en appelle à Biden

Plus de 800 manifestants ont été interpellés ce dimanche (8 novembre) en Biélorussie durant la manifestation de l’opposition à Minsk demandant le départ du président Alexandre Loukachenko, la cheffe de l’opposition espérant bientôt rencontrer le président américain élu, Joe Biden.

« L’Union européenne ne comprend pas totalement ce qui se passe en Biélorussie », a indiqué auprès d’Euractiv, Lavon Marozau, le secrétaire général de RADA à l’échelle internationale. « Il ne s’agit pas d’une crise, mais d’une énorme guerre nationale contre la société civile, contre le peuple ».

Ce militant et ancien professeur universitaire à Minsk spécialisé dans les droits de l’homme a été limogé en 2016, après avoir dédié l’un de ses cours à la liberté et démocratie au Bélarus, abordant à cette occasion des sujets tabous, y compris le recours à la peine de mort.

« Les responsables de l’université sont venus me voir et m’ont expliqué qu’elles n’approuvaient pas mes méthodes d’enseignement ainsi que mes opinions sur les droits de l’homme. À la suite de cette discussion, nous avons eu la visite de deux représentants du service de renseignements », explique-t-il. Peu de temps après, il était remercié.

Depuis, il a rejoint le monde des ONG afin de travailler dans ses domaines de prédilection, à savoir les droits de l’homme et l’éducation. En outre, il a participé aux manifestations à la suite de la réélection du président Loukachenko en 2010 – une décennie plus tard, il semblerait que les choses n’aient pas changé. À moins que ?

« Contrairement à 2010, il ne s’agit pas d’une révolution, mais d’une manifestation d’ordre moral », appuie M. Marozau. Il y a 10 ans, les membres de sa famille et ses amis n’étaient pas très nombreux à le rejoindre pour la cause. Aujourd’hui, les manifestions sont plus importantes, les jeunes sont davantage présents.

Début septembre, des interventions policières ont même été filmées lors de manifestations étudiantes dans des établissements scolaires.

D’après plusieurs sondages réalisés par le Centre berlinois d’études est-européennes et internationales (ZOiS) avant les élections présidentielles de 2020, le taux de soutien des jeunes pour Alexandre Loukachenko s’élevait à 10 % ; une génération désireuse de changements qui se tourne de plus en plus le dos à la Russie et s’ouvre à l’Europe.

Svetlana Tikhanovskaya, l’opposante biélorusse en exil, en est d’ailleurs le produit. Elle a été forcée à la fuite après l’arrestation de son mari Siarhei Tsikhanouski, un Youtubeur et militant qui avait annoncé sa candidature aux présidentielles.

Selon Lavon Marozau, « les jeunes en ont assez . L’avenir de ce pays préoccupe la jeune génération. Nous n’accepterons pas la violence, l’oppression et la haine que nous avons vues ces derniers mois ».

Interrogé sur la vision qu’ont les jeunes de leur pays, ce dernier a répondu que la plupart se tournaient vers l’Europe, mais qu’ils souhaitaient rester au Bélarus pour façonner son avenir.

« Je comprends le mode de vie de l’UE, je pourrais sans doute vivre dans un État membre du bloc et trouver un travail. Mais, la Biélorussie est ma patrie. Je ne veux pas avoir l’impression d’être observé par la Russie comme si nous étions son petit frère, de la même façon que je n’ai pas envie de ressentir le jugement de l’Union européenne comme si nous représentions une démocratie de deuxième classe », a-t-il fait savoir.

Des journalistes bélarusses lauréats d'un prix Canada-Royaume-Uni

L’Association bélarusse des journalistes est la lauréate d’un prix de la liberté de la presse créé par le Canada et le Royaume-Uni, ont annoncé lundi (16 novembre) leurs ministres des Affaires étrangères.

« Nous sommes comme vous, et si vous voulez nous aider, faites-le maintenant ».

Aux yeux du secrétaire général de RADA, la façon la plus efficace de soutenir la société civile biélorusse serait pour l’UE de mettre un terme à sa coopération économique avec Minsk et de venir en aide aux jeunes manifestants ciblés par le régime.

Cet automne, la Commission européenne a annoncé un paquet financier à cet effet. Des 53 millions d’euros prévus, 1 million seulement est dédié à la société civile et aux médias indépendants, tandis que 2 millions seront distribués à ceux directement touchés par la répression. La plupart des organisations de société civile dépendent de dons. Le RADA travaille en collaboration avec le Forum européen de la jeunesse (FEJ) pour sensibiliser la population sur les différentes façons dont les droits de l’homme sont transgressés en Biélorussie.

Bien que beaucoup de jeunes aient quitté le pays, par crainte de persécution, la majorité des jeunes biélorusses veulent rester, mais ils veulent vivre au sein d’une société démocratique et adhérer à l’UE, indique M. Marozau.

Néanmoins, depuis le 9 août, le pays a enregistré 25 800 incarcérations, 4 000 déclarations de répression policière, 900 procédures pénales à l’encontre de manifestants pacifistes et au moins 4 décès.

Voudriez-vous qu’Alexandre Loukachenko soit traduit en justice devant la Cour pénale internationale (CPI) ? À cette question, M. Marozau a répondu que même si un jugement indépendant et équitable était nécessaire, « en l’état actuel des choses, il ne [fallait] pas y compter. Toutefois, la CPI a toutes les cartes en mains ».

« M. Loukachenko a compris ce qu’il a fait, c’est pourquoi il ne veut pas partir et ne peut pas partir de lui-même. L’expérience de notre voisin ukrainien nous a montré qu’après la victoire du peuple, ces personnes fuient le pays dès qu’elles le peuvent », a-t-il ajouté.

« Après des mois de manifestations, je pense que nous allons gagner. »

L’opposition biélorusse sacrée par le prix Sakharov 2020

L’opposition démocratique en Biélorussie, emmenée par Svetlana Tijanovskaya, sa cheffe de file en exil, a reçu le prix Sakharov 2020 du Parlement européen, qui récompense « la liberté de l’esprit ». Un article d’Euroefe.

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