Iatseniouk se félicite de la chute du baril de pétrole, une sanction efficace contre la Russie

Le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk . Kiev,avril 2014. [US Embassy Kyiv/flickr]

Le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, était en visite à Bruxelles et à l’OTAN à la mi-décembre. Il a notamment abordé la question des sanctions imposées à la Russie, qu’il estime efficaces.

À l’occasion de sa venue à Bruxelles pour un historique premier conseil d’association UE-Ukraine, Arseni Iatseniouk a participé à une conférence organisée par l’European policy centre, un groupe de réflexion bruxellois.

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Quand un participant lui a demandé si l’UE devrait envisager des sanctions énergétiques à l’encontre de la Russie, le premier ministre ukrainien a répondu que « c’est déjà le cas : soixante dollars le baril, c’est déjà pas mal !. Et c’est même positif pour les économies européennes et ukrainienne. »

À ce jour, l’UE s’est en fait montrée réticente à imposer des sanctions aux entreprises d’énergies russes, de peur que cela n’affecte plus certains pays européens que la Russie. Toutefois, suite à la crise ukrainienne, qui a débuté par l’annexion de la Crimée en mars dernier, le prix du pétrole brut diminue tout seul, ce qui fait le malheur de l’économie russe.

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Vendredi 12 décembre, le prix du pétrole brut Brent est tombé sous les 62 dollars le baril, une première depuis 2009. De son côté, le rouble a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le début de 2014. La banque centrale russe a même été obligée de prendre des mesures extrêmes pour endiguer l’hémorragie et freiner la chute du rouble sur les marchés internationaux en augmentant de 6,5 points les taux d’intérêt. Ceux-ci s’élèvent maintenant à 17 %.

« Vladimir Poutine a mal fait ses calculs. Il a tablé sur un désaccord entre les États européens. Il n’était pas non plus préparé à une action commune à l’UE et aux États-Unis, qui ont décidé de faire face ensemble à certaines des crises géopolitiques les plus graves de ce siècle. » Les sanctions, selon lui, permettent de forcer les négociations.

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« Il semble que la Russie ait déjà payé et paye toujours le prix de ces erreurs, comme le montrent la valeur du rouble, les prix du pétrole et l’inflation russe actuelle. La Russie ne bénéficie qu’à un accès limité aux marchés financiers », renchérit-il, ajoutant que l’Occident faisait tout ce qu’il était possible de faire pour désamorcer la crise, mais aussi pour que la Russie subisse les conséquences de son agression militaire vis-à-vis de l’Ukraine et de l’annexion de la Crimée.

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Une stratégie commune

« Nous devons en faire plus, ensemble, et je tiens à dire que la réussite ukrainienne sera notre réussite, à l’UE, à l’Ukraine et aux États-Unis, mais aussi celle de l’idée européenne. Notre réussite est le meilleur scénario pour tout le monde, donc nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer », assure Arseni Iatseniouk.

Le premier ministre ukrainien est considéré comme un rapace par le Kremlin, qui préfère de loin traiter avec le président, Petro Porochenko. La Russie voit surtout d’un mauvais œil la volonté d’Arseni Iatseniouk de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN.

Lors d’une visite au siège de l’OTAN le 15 décembre, le premier ministre ukrainien a déclaré que personne en Ukraine ne se penchait sur une éventuelle adhésion avant l’annexion de la Crimée. « Aujourd’hui, c’est une tout autre histoire », affirme-t-il.

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Sécurité nationale et non-prolifération nucléaire

Si la question d’une adhésion à l’organisation n’a pas été abordée lors de la séance de questions-réponses, il a été question des affirmations russes selon lesquelles Moscou avait le droit d’installer des armes nucléaires en Crimée.

Pour Arseni Iatseniouk, cela prouve que ce conflit est bien plus qu’une querelle entre la Russie et l’Ukraine. « La Russie enfreint constamment le droit international, la Russie tente constamment d’intimider les États de l’OTAN, en envoyant des jets dans leur espace aérien, par exemple, et la Russie commence aujourd’hui à enfreindre les traités de non-prolifération nucléaire. Ce conflit concerne le monde entier », assène-t-il.

Arseni Iatseniouka également insisté sur le fait que son pays était signataire du mémorandum de Budapest, qui prévoyait l’abandon de l’arsenal nucléaire de l’Union soviétique, et qu’il était donc illégal que Moscou déploie ce genre d’armes sur le territoire ukrainien.

L’Ukraine a abandonné l’armement nucléaire en 1994 en signant le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, auquel sont aussi parties les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie, et qui prévoit le désarmement de l’arsenal de l’ex-URSS.

En vertu du mémorandum de Budapest, ces pays, qui seront plus tard rejoints par la France et la Chine, ont donné à l’Ukraine, à la Biélorussie et au Kazakhstan, où étaient stationnées des armes soviétiques, certaines garanties concernant leur sécurité nationale. La Déclaration commune des États-Unis et de la Fédération de Russie du 4 décembre 2009 confirme cet engagement.

En échange de ces garanties de sécurité, qui ne préservaient en réalité pas son territoire national, l’Ukraine a renoncé entre 1994 et 1995 au troisième plus grand arsenal nucléaire au monde.

Interrogé sur le pourrissement de la situation qui serait due à l’humiliation infligée à la Russie à la fin de la guerre froide, et donc à l’Occident, le premier ministre ukrainien ne mâche pas ses mots : « L’adhésion à l’UE est le choix de l’Ukraine. Les pays forts doivent soutenir l’Ukraine dans ce choix. Les pays faibles peuvent trouver l’excuse d’une humiliation dans le passé. »

Arseni Iatseniouk était accompagné de quatre de ses ministres.

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

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Depuis leur soulèvement le 6 avril dernier, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans plus de dix villes de l'Est. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit d'un référendum illégal et illégitime.

 Le conflit s’est fort aggravé après que le président ukrainien Petro Porochenko a lancé l'assaut contre les séparatistes. L'UE a renforcé les sanctions contre la Russie après qu'un avion de Malaysia Airlines a été abattu au-dessus de l'Ukraine, tuant 298 passagers.194 de ces passagers étaient Néerlandais.

Les leaders occidentaux affirment que les rebelles prorusses avaient très probablement tiré par erreur un missile sol-mer fourni par la Russie. Moscou accuse Kiev d'être à l'origine du drame.

Le 27 août, l'OTAN et les États-Unis ont déclaré que des incursions russes ont eu lieu « de façon ouverte et non dissimulée». Le 28 août, le président Petro Porochenko affirmait que son pays faisait l'objet d'une invasion russe.

Ni la trêve négociée le 5 septembre, ni les cessez-le-feu qui ont suivi n'ont permis de stabiliser la situation.

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