L’Allemagne gagne du terrain dans la course aux ventes d’armes

D'après le SIPRI, l'augmentation des ventes s'explique par la demande croissante des pays d'Asie et du Moyen-Orient. [Richard P Long/ Shutterstock]

Les transferts d’armes sur le marché international ont atteint leur niveau le plus élevé depuis les années 1980.  Un article d’EURACTIV Allemagne.

Selon une étude réalisée par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) qui a comparé les données des cinq dernières années avec celles de la période 2007-2011, la course aux armements dans le monde s’est considérablement accentuée l’année dernière et les ventes ont grimpé de 8,4 %. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis la fin de la Guerre froide.

Les cinq principaux fournisseurs d’armes, à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et l’Allemagne, sont responsables de 74 % du commerce d’armes dans le monde.

D’après le SIPRI, l’augmentation des ventes s’explique par la demande croissante des pays d’Asie et du Moyen-Orient. « Au cours des cinq dernières années, la plupart des pays du Moyen-Orient se sont tournés vers les États-Unis et l’Europe pour renforcer leurs capacités militaires », a déclaré Peter Wezeman, chercheur au SIPRI. Les importations d’armes ont bondi de 86 % dans la région depuis 2012. Les pays qui achètent le plus sont l’Arabie saoudite et le Qatar.

L’Allemagne a aussi enregistré une flambée des exportations. Après un déclin des ventes observé ces dernières années, 2016 marque un nouveau record. Avec une part de 5,6 % dans les échanges internationaux d’armes, l’Allemagne se positionne au cinquième rang mondial des fournisseurs d’armements. D’après le SIPRI, un tiers des armes allemandes a été exporté au Moyen-Orient et en Afrique.

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L’année dernière, le deuxième acheteur au monde a été l’Arabie saoudite, avec une facture s’élevant à près de 529 millions d’euros.  Berlin a tenté de justifier ses ventes à la monarchie islamique en parlant des exportations comme d’une « livraison d’armes aux principaux partenaires de l’Europe et des États-Unis ».

L’Allemagne produit des composants qui sont ensuite assemblés, de façon à livrer un produit fini à l’Arabie saoudite. En décembre, 42 000 munitions d’artillerie ont ainsi été exportées en France. Elles ont ensuite été utilisées dans des systèmes d’artillerie à destination du royaume saoudien.

Le savoir-faire allemand est également exploité pour des projets européens de construction aéronautique, tels que les avions de combat Eurofighter et Tornado, également vendus au royaume wahhabite.

Depuis des années, les experts et l’opposition politique critiquent les transactions de Berlin avec Riyad, une tendance qui n’a fait que s’accentuer depuis l’intervention militaire lancée par l’Arabie saoudite au Yémen en 2015. En effet, les Saoudiens ont déjà effectué plus de 8 600 missions, dont près d’un tiers visant des écoles et d’autres infrastructures publiques. En octobre, leur armée de l’air a bombardé une cérémonie d’obsèques dans la capitale, Sanaa, tuant 144 personnes.

Le niveau record des exportations contraste fortement avec l’opinion publique allemande. Un sondage commandé début 2016 par le parti d’extrême-gauche (Die Linke) a révélé que 83 % des citoyens allemands s’opposent, par principe, aux exportations d’armes. En 2011, ils étaient seulement 78 %.

La contestation des ventes d’armes concerne tous les partis, même si elle est plus marquée chez certains. En effet, alors que près de 90 % des partisans de La gauche, des Verts et du SPD se déclarent contre les exportations d’armes, seulement 76 % des membres du CDU/CSU s’y opposent, un taux qui chute à 55 % pour les sympathisants de l’AFD.

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