En Grèce, Erdoğan espère redessiner les frontières

Recep Tayyip Erdogan estime que la justice turque est supérieure aux États européens. [KAYHAN OZER/EPA]

Tous les pays candidats doivent respecter les traités internationaux, a rappelé très clairement l’UE, suite aux déclarations du président turc, Recep Tayyip Erdoğan, qui a déclaré à Athènes qu’un accord frontalier de 1923 entre la Turquie et la Grèce devrait être actualisé.

Le 7 décembre, le président turc Recep Tayyip Erdoğan s’est rendu en Grèce, afin d’accélerer le réchauffement des relations entre Athènes et Ankara. C’est la première fois en 65 ans qu’un dirigeant turc se rend en Grèce.

Selon un porte-parole européen cette visite démontre la détermination des deux parties à faire avancer leurs relations bilatérales et à renforcer leurs relations de bon voisinage. « Il est important que l’Union européenne et la Turquie maintiennent le dialogue et des contacts directs », a-t-il déclaré, tout en avertissant : « Nos attentes à l’égard de tous les pays candidats en ce qui concerne l’État de droit, les droits de l’Homme, les relations de bon voisinage et l’engagement envers le droit international et les traités sont claires. »

Au cours de sa visite de jeudi, Recep Tayyip Erdoğan a abordé le Traité de Lausanne de 1923, qui fixe entre autres les frontières entre les deux pays. Dans une interview accordée à Skai News, le président a déclaré que la délimitation des eaux territoriales était « assez problématique » pour les paquebots turcs empruntant la mer Égée, et que cela ne pouvait pas continuer.

« Quand je parle d’une mise à jour, nous pouvons discuter de tout de A à Z. La Grèce a peut-être également des problèmes avec certaines choses, avec des mesures spécifiques, mais nous pouvons en discuter », a-t-il dit. Toutefois, il a expliqué que le débat ne concernerait pas seulement la Grèce, mais l’ensemble de la région. Le Traité de Lausanne inclut également les accords territoriaux avec l’Irak et la Syrie.

Le porte-parole du gouvernement grec, Dimitris Tzanakopoulos, a pour sa part indiqué que « l’entretien d’aujourd’hui avec Recep Tayyip Erdoğan soulev[ait] de sérieuses inquiétudes et questions », ajoutant qu’Athènes considèrait la visite comme « une occasion de construire des ponts et non des murs ».

Lors de sa rencontre avec le président grec, Prokopis Pavlopoulos, Recep Tayyip Erdoğan a rappelé qu’il y avait « des questions en suspens dans le Traité de Lausanne, qui ne sont pas bien comprises ».

Le président grec a été intraitable, assurant que « le traité de Lausanne n’est pas négociable ».

Les juges grecs en colère

Le dirigeant turc a également évoqué les huit soldats turcs qui ont fui vers la Grèce après une tentative de coup d’État ratée en Turquie. Les tribunaux grecs ont décidé que les soldats ne devaient pas être extradés vers Ankara.

Le gouvernement grec a déclaré que la décision avait été prise par un pouvoir judiciaire indépendant, argument que Recep Tayyip Erdoğan a rejeté en affirmant que si de tels cas étaient laissés à la justice, « ils n’auraient aucun effet ».

« La justice ne se soucie pas tellement » de ces problèmes, a-t-il ajouté, soulignant que la justice turque était « supérieure à tout État européen ».

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Les juges grecs ont réagi vigoureusement et ont publié une déclaration, rappelant les déclarations de l’Association internationale des juges sur les licenciements massifs de 4 000 juges et procureurs en Turquie après le 15 juillet 2016, « dont beaucoup sont détenus dans des cellules d’isolement sans avoir été inculpés de charges spécifiques ».

Le porte-parole européen a également souligné que, malgré tout, la visite est considérée comme une « réaffirmation des résultats tangibles » obtenus dans la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie.

« L’Union européenne et la Turquie partagent des intérêts communs et coopèrent dans de nombreux domaines, notamment le commerce, les transports et la lutte contre le terrorisme. Sur ce sujet, nous avons eu un dialogue UE-Turquie contre le terrorisme à Ankara le 29 novembre dernier. Demain, nous accueillerons ici à Bruxelles le dialogue économique de haut niveau entre l’UE et la Turquie. Il est nécessaire d’adopter une approche constructive pour maintenir nos relations et les faire progresser », récite-t-il.

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