«J’espère que les États-Unis continueront à soutenir les organisations internationales»

Michelle Bachelet, présidente du Chili, a mis un terme au système néolibéral du pays grâce à ses réformes. [@Mario Ruiz/Efe]

La présidente du Chili, Michelle Bachelet a exprimé son souhait de voir Donald Trump maintenir son soutien aux organisations multilatérales qui, selon elle, apportent de la stabilité à l’ordre international. Un article d’Euroefe.

« J’espère que le gouvernement américain pourra continuer à soutenir des organisations comme les Nations unies, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les diverses structures créées après la Seconde Guerre mondiale et qui ont donné de la stabilité au monde », a souligné la présidente chilienne lors d’une interview avec EFE.

« Nous vivons dans un monde très complexe dans lequel il n’existe pas de solutions unilatérales. Nous avons besoin d’une multilatéralité très active et nous avons besoin de libre-échange. Le protectionnisme n’est pas bon », estime-t-elle.

Avec ses annonces sur le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et la drastique réduction du financement de l’ONU, l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a perturbé l’ordre international, mais Michelle Bachelet affirme que l’incertitude politique et la volatilité économique ne sont pas nouvelles.

« La hausse des flux migratoires ou la présence de l’État islamique se manifestent depuis longtemps », a-t-elle expliqué. Par contre, « la remise en cause des institutions internationales et de la valeur du multilatéralisme contribue sans aucun doute à un cadre incertain. »

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Fin d’un modèle néolibéral

À l’intérieur du pays, Michelle Bachelet assure que les réformes qu’elle a entreprises durant son second mandat ont mis fin au système néolibéral du pays.

« Nous avons effacé les derniers vestiges du modèle néolibéral grâce à des réformes, notamment une réforme solide de l’éducation », explique-t-elle.

Les 17 années de dictature ont imprégné la conscience des Chiliens. « Nous avons besoin de plus de solidarité », a-t-elle reconnu.

Au milieu des années 1970, les « Chicago Boys », Milton Friedman et ses disciples de l’Université de Chicago, ont démantelé le modèle de développement du Chili et l’ont remplacé par un système dans lequel le marché impose ses lois sans aucune restriction.

Quarante ans plus tard, en 2010, Michelle Bachelet est réélue à la tête du pays avec un programme ambitieux qui se concentre principalement sur l’éducation, la fiscalité et la rédaction d’une nouvelle constitution.

« Le Chili avait beaucoup avancé, mais les inégalités étaient encore criantes. L’étape suivante était donc de se charger des requêtes des citoyens », rappelle la chef d’État, qui a terminé son premier mandat en mars 2010 avec 84 % d’opinion positive et qui ne dépasse à peine les 25 % aujourd’hui.

« Le Chili avait le système éducatif le plus discriminant. » Aujourd’hui, ces discriminations disparaissent, a assuré la présidente, en citant la gratuité de l’éducation comme l’une de ses plus grandes réussites, même si pour le moment elle ne profite qu’à un groupe minoritaire.

Michelle Bachelet rappelle que la réforme fiscale, qui a augmenté les taxes sur les profits des entreprises de 20 % à 25 % afin de collecter 8,2 milliards de dollars, « a été approuvée avec le soutien unanime du Parlement ».

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Nouvelle constitution

La présidente du Chili s’est dite fière du fait que 225 000 personnes ont participé au processus de discussion pour remplacer l’ancienne Constitution, promulguée durant la dictature, par une nouvelle.

Cet effort n’est pas vain, assure la présidente, car avant qu’elle finisse son mandat, elle enverra au Congrès un projet de loi soutenu durant ces débats citoyens.

« Je vais tenir mes promesses et j’espère que les candidats à la présidentielle préciseront quelle est leur position à ce sujet », a-t-elle commenté.

Michelle Bachelet a abordé les avancées de la réforme du travail, qui renforce le rôle des syndicats et « d’une autre réforme qui n’était pas prévue », mais qui a surgi suite à des cas de corruption ayant entaché la vie politique du pays.

Récemment, les partis politiques, le patronat, l’Église catholique, les forces armées et même la police ont en effet perdu la faveur des citoyens à mesure que le voile se levait sur des cas de corruption impliquant des membres de haut rang.

« On ne peut tolérer la corruption. Toutes ces affaires doivent être examinées par la justice », a soutenu Michelle Bachelet. Pour que tous les Chiliens retrouvent la confiance, « il faut séparer l’argent de la politique et adopter des règles strictes. Les citoyens ne sont pas contre la démocratie, au contraire, ils veulent plus de démocratie », a-t-elle insisté.

Les élections présidentielles chiliennes se tiendront en novembre prochain et le taux de participation prévoit d’être faible.

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