Le premier anniversaire de la transition politique « unique » du Kazakhstan

[Astana Times]

Le 12 juin marque le premier anniversaire de l’élection de Kassym-Jomart Tokaïev à la présidence du Kazakhstan. Une passation de pouvoir importante après Noursoultan Nazarbaïev, qui a rétabli l’État après la domination soviétique.

Lorsque Noursoultan Nazarbaïev a étonnamment abandonné la présidence en mars 2019, il a annoncé que Kassym-Jomart Tokaïev, le président du Sénat, assurerait l’intérim avant les prochaines élections, remportées haut la main par ce dernier. Comme Noursoultan Nazarbaïev préside toujours le Conseil de sécurité et conserve son titre de « leader de la nation », beaucoup se sont demandé si la transition était réelle.

Aujourd’hui, un an après l’élection de Kassym-Jomart Tokaïev, les diplomates s’accordent dans l’ensemble à dire que les deux dirigeants sont parvenus à répartir les rôles et que le nouveau chef d’État incarne la continuité de la politique étrangère et l’innovation dans le pays.

Un diplomate européen assure que d’autres anciennes républiques de l’URSS — voire la Russie elle-même — devraient prendre exemple sur la transition politique au Kazakhstan.

Alberto Turkstra, de l’Institut européen d’études asiatiques, qualifie la transition kazakhe d’« unique », parce que l’ancien chef d’État a conservé un pouvoir et une influence considérables en coulisses, y compris dans le choix des principaux ministres.

Une orientation radicalement nouvelle semble peu réaliste dans le pays, bien que des signes de changement soient apparents sur le front intérieur, a-t-il déclaré.

Selon Alberto Turkstra, Kassym-Jomart Tokaïev a soigneusement élaboré une rhétorique fondée sur des concepts de « confiance » et d’un « État à l’écoute de ses citoyens », afin de combler le fossé entre les élites dirigeantes et la société. Une étape importante, souligne-t-il, réside dans la création du Conseil national sur la confiance publique, composé de 44 membres, qui a tenu trois réunions au cours de la présidence actuelle.

Kassym-Jomart Tokaïev a également présenté une nouvelle loi sur les réunions pacifiques, poursuivant la voie de la « démocratisation contrôlée » du pays avec une législation plus libérale qui, selon les analystes, contribue à développer une démocratie multipartite forte.

« L’ancienne devise de “l’économie d’abord, la politique ensuite” n’est plus d’actualité », a déclaré Alberto Turkstra, en référence à l’ancienne présidence, lors de laquelle la majorité de la population souhaitait surtout voir le niveau de vie s’améliorer après l’effondrement de l’URSS.

« Au cours de cette année, nous avons vu de jeunes Kazakhs descendre dans la rue pour exprimer leurs préoccupations, leurs frustrations et leurs aspirations. L’arrivée au pouvoir Kassym-Jomart Tokaïev a entraîné une poussée de l’activisme, en particulier chez les jeunes citadins. Dans ce contexte, les gens ne jugent plus le gouvernement uniquement sur la base des avantages matériels qu’il offre à ses citoyens, mais demandent de plus en plus d’espace pour exercer leurs libertés sociopolitiques », a déclaré l’analyste.

Les élections législatives au Kazakhstan doivent avoir lieu au plus tard le 21 janvier 2021.

Mais la première année au pouvoir n’a pas été facile pour le nouveau président, pour des raisons indépendantes de sa volonté.

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Comme la plupart des autres pays, le Kazakhstan a souffert de la pandémie et de ses répercussions. Bien qu’il y ait eu relativement peu de cas de coronavirus dans le pays, les prix du pétrole ont chuté sur le marché mondial — une mauvaise nouvelle pour un pays exportateur comme le Kazakhstan.

Cela a conduit à une dépréciation de la monnaie kazakhe, étroitement liée au prix du pétrole, et à une révision à la baisse du budget 2020, aussi élaboré sur la base du prix du pétrole.

De grosses inondations ont aussi eu lieu en mai 2020 au Turkestan, une région du pays. Plus de 31 000 personnes ont dû être évacuées. La situation a été rapidement maîtrisée et un soutien a été apporté à la population locale.

Par ailleurs, en juin 2019, de vieux entrepôts militaires ont explosé dans la ville d’Arys, détruisant avec eux des infrastructures urbaines. Mais les dégâts ont été réparés en 3 mois.

Sur le plan économique, Kassym-Jomart Tokaïev a souligné à plusieurs reprises la nécessité de diversifier l’économie, car la pandémie a une fois de plus mis en évidence certaines des lacunes du modèle économique kazakh et sa dépendance excessive à l’égard des exportations d’hydrocarbures, de minéraux et de métaux.

Selon Alberto Turkstra, il est clair que durant la présidence actuelle, les moteurs de la croissance devront être diversifiés si le Kazakhstan veut atteindre ses objectifs ambitieux, comme celui de devenir l’un des trente pays les plus développés d’ici 2050.

Selon Samuel Doveri Vesterbye, le directeur général du Conseil européen de voisinage, la relation UE-Kazakhstan a été institutionnellement renforcée par l’accord de partenariat économique et de coopération signé en 2015.

« Pourtant, dans le contexte actuel de la politique de la corde raide sino-américaine et de la mondialisation progressive, il est très important de poursuivre la coopération dans de nouveaux secteurs différents du commerce traditionnel », a-t-il déclaré.

Pour lui, les relations UE-Kazakhstan devraient se concentrer en 2021 sur « la sécurité, l’environnement et les contacts interpersonnels, y compris la formation des jeunes, le soutien aux femmes, le dialogue avec la société civile et les échanges en matière de recherche ».

Peter Stano, le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a déclaré à Euractiv que le Kazakhstan avait fait « des progrès impressionnants dans ses efforts de modernisation et de réforme », et que l’UE était « heureuse de constater la poursuite des progrès sous la direction du président Tokaïev, notamment dans la promotion de la paix, de la sécurité et du développement durable au profit de tous ».

« Il s’agit d’une année importante pour le Kazakhstan, qui se prépare à des élections législatives. Comme pour toute démocratie qui fonctionne, il est important que ces élections respectent les engagements internationaux du Kazakhstan et les normes internationales », a déclaré Peter Stano. Et d’ajouter que Kassym-Jomart Tokaïev se rendra à Bruxelles « lorsque les conditions le permettront, afin de renforcer encore nos relations ».

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