L’Albanie tente d’exploiter la guerre commerciale entre Belgrade et Pristina

Les Premiers ministres albanais, Edi Rama, et kosovar, Ramush Haradinaj. [@MegiShkodra Twitter]

La guerre politique et commerciale entre la Serbie et le Kosovo a pour conséquence directe le retour sur le devant de la scène de l’idée de « Grande Albanie ». Un projet nationaliste condamné par l’UE et la communauté internationale.

Les relations tendues entre Serbie et Kosovo font l’objet de manipulation de la part de leur voisin, l’Albanie. Le pays a ainsi exprimé son plein soutien au Kosovo dans sa bataille contre la Serbie. Le Kosovo vient en effet d’instaurer des des droits de douane de 100 % sur les produits serbes., après avoir vu sa candidature à Interpol rejetée. Un échec attribué à la Serbie.

Le 26 novembre, Edi Rama, le Premier ministre albanais était au Kosovo pour signer un accord d’union douanière qui entrera en vigueur mi-2019. Il en a profité pour signifier sa volonté de réunir les deux pays. Un projet qui passe très mal côté serbe.

Les négociations Serbie-Kosovo bloquent à nouveau

Les négociations entre la Serbie et le Kosovo ont à nouveau été interrompues le 7 septembre, alors qu’elles semblaient en bonne voie.

 

Rejet d’Interpol

Malgré leurs bonnes résolutions censées ouvrir à long terme les portes de l’UE, Serbie et Kosovo se livrent une vraie guerre froide. Le 20 novembre, la candidature du Kosovo a été rejetée par l’agence internationale de police Interpol. Les candidats doivent réunir deux tiers des votes pour entrer à l’agence, or 68 pays ont voté en faveur de son adhésion, 51 contre et 16 se sont abstenus.

Le président serbe, Aleksandar Vučić, a immédiatement qualifié le vote de « victoire » pour la Serbie, qui refuse de reconnaitre l’indépendance de son ancienne province. « Je suis fier des combats de notre pays. Je veux croire que ce sera un message clair à l’attention de l’Europe et du monde : les choses ne se résoudront pas à l’aide d’une pression unilatérale », a-t-il ajouté.

Côté kosovar, on dénonce une « campagne furieuse » de la part de la Serbie, qui montre que Belgrade « s’oppose au Kosovo et à la normalisation des relations ». « Voter contre l’adhésion du Kosovo à cette organisation ne profite […] qu’aux criminels », ajoute Pristina.

Une opinion partagée par Washington, qui souligne que « le soutien à l’adhésion du Kosovo à Interpol n’a rien à voir avec la reconnaissance de son indépendance, il s’agit de renforcer la coopération policière et de fermer une faille sécuritaire dangereuse dans les Balkans ».

Les tensions entre Serbie et Kosovo préoccupent l'ONU

Zahir Tanin, qui dirige la mission de l’ONU au Kosovo, a souligné les tensions croissantes au Kosovo et la dégradation de la confiance entre Belgrade et Pristina, lors d’une session du Conseil de sécurité. Un article d’Euractiv Serbie.

« Grande Albanie »

Le lendemain du vote d’Interpol, Pristina a décidé de faire passer les droits de douane imposés aux produits serbes de 10 à 100 %.

L’UE a condamné cette décision, et Belgrade dénonce une décision qui imposte de facto une interdiction de commerce. Le Kosovo a cependant pu compter sur son allié, l’Albanie. Les habitants du Kosovo sont en très grande majorité d’ethnie albanaise.

« C’est une réaction politique contre l’État serbe qui poignarde le Kosovo dans le dos », a-t-il déclaré. « C’est le jour où on établit des droits de 100 % au nord du Kosovo [avec la Serbie] et de 0 % avec le sud [avec l’Albanie] ».

Tirana et Pristina ont conclu un accord d’union douanière et annoncé la fin des frais d’itinérance sur les téléphones portables utilisés par leurs citoyens.

Le président albanais aurait ainsi appelé les ministères aux Affaires étrangères de Pristina et Tirana « à commencer à travailler sur un projet stratégique commun pour l’unité de l’Albanie d’ici 2025 ».

« Je sais très bien ce que Belgrade et d’autres capitales diront, mais je considère l’union albanaise comme une nécessité pour l’intégration à l’UE », a-t-il indiqué, ajoutant que l’UE « devrait cesser son approche hypocrite » dans la région.

L’UE a décidé que la Serbie et le Kosovo devraient normaliser leurs relations avant de pouvoir entrer dans le bloc.

Edi Rama a posté sur Twitter une photo où il fait le signe de l’aigle, symbole de la Grande Albanie, avec l’homme politique kosovar Fatmir Limajn. Dans d’autres tweets, on voit les membres des deux délégations reprendre le signe.

Tweet : Avec Fatmir Limaj, le nouveau coordinateur national du programme conjoint des deux gouvernements.

Tweet : Aujourd’hui, le Kosovo et l’Albanie se sont accordés au 5e G2G de Pec de renforcer leur coopération dans les secteurs de l’économie, du commerce, de l’éducation et des infrastructures, afin de faire progresser la prospérité et le développement de nos deux pays. Ensemble, nous éliminerons les obstacles au commerce.

La position albanaise a fait sourciller à Belgrade. Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dačić, a déclaré a estimé que ça n’avait « désormais aucun sens de tenir des réunions de coopération régionale après les déclarations d’Edi Rama […] et après sa réunion » avec son homologue kosovar, Ramush Haradinaj.

Certains observateurs, comme l’analyste Jasmin Mujanović, soulignent cependant que la Serbie fait de même avec le gouvernement de la Republika Srpska, la république serbe au sein de l’État fédéral de Bosnie-Hercégovine.

Tweet : La Serbie a dénoncé une réunion des gouvernements albanais et kosovar et les a accusés de vouloir établir une « Grande Albanie ». Cela vaut-il pour une admission de la part de la Serbie que ses réunions fréquentes avec le gouvernement de l’entité serbe de la Bosnie font part de son projet de « Grande Serbie » ?

Les Serbes plus attachés à l’UE qu’au Kosovo

La candidature de la Serbie à l’Union européenne apparaît plus importante que la question de l’indépendance du Kosovo pour une majorité de citoyen du pays, selon un sondage.

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