Les électeurs kirghizes accordent plus de pouvoirs au président

M. Japarov, un populiste de 52 ans, a balayé les opposants politiques depuis son arrivée au pouvoir à la suite d’une crise politique en octobre dernier au Kirghizstan. EPA-EFE/IGOR KOVALENKO [Igor Kovalenko/EPA/EFE]

Dimanche 11 avril, les électeurs kirghizes ont accordé plus de pouvoirs au président Sadyr Japarov lors d’un référendum constitutionnel qui lui permettra également de se représenter aux élections, selon les résultats préliminaires.

M. Japarov, un populiste de 52 ans, a balayé les opposants politiques depuis son arrivée au pouvoir à la suite d’une crise politique en octobre dernier au Kirghizstan.

Lors d’un vote parlementaire contesté, le prédécesseur de M. Japarov, Sooronbay Jeenbekov, est devenu le troisième président kirghize à démissionner au cours d’une crise politique depuis la fin de l’Union soviétique en 1991.

Sa libération de prison par ses partisans a été l’étincelle d’une ascension vertigineuse vers le pouvoir. Il a toujours décrit sa condamnation pour prise d’otages – qui a depuis été annulée – comme étant politiquement motivée.

Dimanche, après le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote, les modifications constitutionnelles étaient en passe d’être adoptées avec 79 % d’opinions favorables.

Le taux de participation a été faible, mais, avec près de 37 %, il a franchi la barre des 30 % requise pour que les résultats du référendum soient valables, selon la commission électorale centrale.

M. Japarov avait déjà confirmé sa domination sur la politique intérieure en janvier, lorsqu’il a remporté la présidence de manière écrasante.

Le président avait appelé les électeurs à soutenir les changements constitutionnels, affirmant que les révisions précédentes avaient été importées de l’étranger.

« Cette fois, nous avons préparé nous-mêmes la loi fondamentale », a fait valoir M. Japarov en déposant son bulletin de vote dans un bureau de la capitale, Bichkek.

Un président aux pouvoirs renforcés

Le résultat promet une présidence plus conforme à celle des voisins du Kirghizstan, avec de nouveaux pouvoirs de nomination au détriment du Parlement et du chef de cabinet, mettant ainsi fin à une expérience de dix ans de système mixte.

Adis Asanov, un retraité de 65 ans, a déclaré à un correspondant de l’AFP à Bichkek qu’il avait voté pour la nouvelle Constitution en raison de sa déception à l’égard des législateurs du Parlement qui avaient « acheté leurs sièges et fait pression sur leurs propres intérêts corrompus ».

« Le gouvernement de Japarov promet de travailler pour le peuple. Je le crois personnellement », a-t-il renchéri.

Les critiques locaux ont qualifié le document rédigé à la hâte de « khanstitution », évoquant les puissants patriarches qui ont régné sur l’Asie centrale au cours des siècles passés.

Anara Nasyrova, 61 ans, a déclaré à l’AFP qu’elle avait voté non au référendum et qu’elle ne faisait pas confiance à M. Japarov.

« Qu’est-il advenu de ses promesses de lutte contre la corruption ? », s’interroge-t-elle. « Il n’a ni le mordant ni l’esprit pour mener à bien des réformes ».

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et la Commission de Venise du Conseil de l’Europe ont critiqué l’absence de « consultations publiques significatives et inclusives et de débat au parlement » avant que la loi fondamentale ne soit soumise au peuple.

Dans un avis conjoint publié en mars, les deux organismes ont également exprimé des craintes quant au « rôle trop important et aux prérogatives du président ».

Le président russe Vladimir Poutine, un allié clé, a exprimé son soutien à l’initiative constitutionnelle en février lorsque M. Japarov s’est rendu à Moscou pour sa première visite à l’étranger, arguant qu’il espérait qu’elle apporterait la stabilité à ce pays de 6,5 millions d’habitants.

À l’issue du référendum, les présidents kirghizes, dont M. Japarov, pourront se présenter une deuxième fois, ce qui inversera la limite d’un seul mandat imposée aux dirigeants lors de la révision de la loi fondamentale en 2010.

Cette modification avait été présentée comme une garantie contre l’enracinement à la suite de deux révolutions en l’espace de cinq ans.

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