L’Assemblée nationale dit « oui » à la reconnaissance de l’État palestinien

L'Assemblée nationale demande au gouvernement de reconnaître l'État palestinien [(Credit: [Lorenzo Patoia]/Shutterstock)]

Les députés français ont voté par 339 voix contre 151 en faveur de la reconnaissance de l’État palestinien. Ils encouragent à présent le gouvernement à reconnaître cet État pour mettre fin au conflit avec Israël.

Les députés français ont adopté le 2 décembre à une très large majorité une résolution socialiste non contraignante qui vise à reconnaître un État palestinien. Un vote qui, selon les autorités israéliennes, n’aura que des effets négatifs.

Les groupes socialiste, écologiste et Front de gauche ont voté cette résolution adoptée par 339 voix contre 151 qui « invite le gouvernement français à reconnaître l’État de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit ».

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Tous leurs orateurs ont affirmé, à l’image du socialiste François Loncle, que le but était de faire progresser la paix.

Le groupe des radicaux de gauche s’est divisé. L’opposition UMP et UDI (centriste), à l’exception de quelques-uns de ses membres, a majoritairement voté contre cette reconnaissance.

Le groupe UMP hésitait entre un vote contre et une non-participation au scrutin, mais, selon plusieurs députés, Nicolas Sarkozy, le nouveau président de la principale formation politique de la droite, a plaidé en faveur du vote contre.

L’ancien président estime que ce genre de décision relève de l’exécutif plutôt que du Parlement, mais le gouvernement socialiste avait jugé le texte de la résolution recevable.

« Votre résolution a une valeur juridique nulle. Elle va mettre de l’huile sur le feu dans une région du monde qui n’en a pas besoin », a dit Christian Jacob, président du groupe UMP. « Elle ne résoudra rien du tout. Elle risque au contraire d’opposer, ici en France des Français entre eux. »

Mais 48 députés UMP, dont l’ancien premier ministre François Fillon, ne se sont pas déplacés pour voter.

Paris veut donner une chance à la négociation

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait déclaré vendredi dernier que la France reconnaîtrait « sans délai » l’État de Palestine si une ultime tentative de résolution négociée sous l’égide de la communauté internationale échouait, évoquant un délai de deux ans.

« Nous ne voulons pas d’une reconnaissance symbolique qui n’aboutirait qu’à un État virtuel, mais nous voulons un État de Palestine réel. Nous voulons donc donner une chance à la négociation », a dit mardi Harlem Désir, secrétaire d’État aux Affaires européennes, lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale.

L’initiative parlementaire fait suite aux votes non-contraignant par les parlements espagnol et britannique de la reconnaissance de l’État palestinien, qui a été par ailleurs formellement reconnu par la Suède.

La droite, qui est majoritaire au Parlement européen, a repoussé à la fin décembre une résolution identique des sociaux-démocrates qui devait être examinée le 27 novembre.

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Plusieurs députés européens ont salué sur Twitter le vote français, comme les eurodéputés Patrick Le Hyaric ou encore Gilles Pargneaux, qui est lui-même auteur d’une initiative au Parlement européen pour la reconnaissance de la Palestine.

Il a d’ailleurs indiqué sur Twitter que la prochaine étape pour cette reconnaissance se ferait au Parlement européen, comme sa compatriote Karima Delli.

De son côté, la députée européenne Françoise Grossetête a regretté cette adoption qui selon elle va « attiser les tensions ».

De même Nadine Morano a qualifié la résolution de « malvenue et électoraliste »

Pour Israël, la reconnaissance de l’État palestinien n’apportera pas la paix

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et sa coalition sont hostiles à l’initiative française.

Pour le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon, ce vote va « uniquement mettre en péril la possibilité de parvenir à un accord entre Israël et les Palestiniens » qui, selon lui, durciront leur position.

« La solution au conflit ne sera trouvée qu’à travers des négociations directes et honnêtes entre les parties et non par des initiatives unilatérales d’une des parties ou d’une tierce partie », a-t-il ajouté.

Le président du Congrès juif européen, Moshe Kantor, a estimé dans un communiqué que les parlementaires français avaient donné « carte blanche à la haine palestinienne qui a conduit à des massacres et des tentatives de meurtre contre les Israéliens ces dernières semaines ».

« Reconnaître un nouvel État dont les dirigeants n’ont aucune légitimité, faute de démocratie et d’élections, ne va conduire qu’à déstabiliser un peu plus la région », a-t-il poursuivi.

En revanche, un groupe de personnalités israéliennes de gauche a lancé une pétition en faveur de cette reconnaissance.

Le Sénat français examinera pour sa part le 11 décembre trois propositions de résolution identiques émanant des groupes PS, écologiste et Front de gauche qui demandent au gouvernement de reconnaître un État palestinien.

Israël a occupé la Bande de Gaza et Jérusalem Est suite à la guerre des Six Jours de juin 1967 et a presque tout de suite après entamé la construction de colonies pour y installer des juifs israéliens. Ces colonies sont considérées comme illégales par la Cour internationale de justice et la communauté internationale.

Les colons arguent que les juifs ont vécu sur ces terres il y a bien longtemps et plus récemment suite aux premières vagues de migration sioniste à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Ils affirment que leurs actions s'inscrivent donc dans la continuité.

  Depuis le début du processus d'Oslo, le nombre de colonies a plus que triplé.Lors des discussions d'Oslo, le nombre de colons a plus que triplé atteignant environ 500 000 personnes, dont 300 000 colons dans 121 colonies et une centaine de bastions dans la Bande de Gaza et 200 000 à Jérusalem Est,selon les estimations de l'organisation israélienne de défense des droits de l'Homme B'tselem.

Ces colonies « sont connectées entre elles et à Israël par un réseau élaboré de routes » qui, en plus des zones de sécurité, des postes de contrôle et des murs, permettent de contrôler efficacement 42 % des terres palestiniennes et confinent les Palestiniens dans des ghettos, affirme l'ONG.

  • 11 décembre : examen de trois propositions de résolution sur la reconnaissance d'un État palestinien au Sénat
  • ?17 décembre: vote de la résolution sur la reconnaissance d'un Etat palestinien au Parlement européen - Strasbourg

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