L’UE ajoute la branche armée du Hezbollah à sa liste d’organisations terroristes

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Les ministres européens des affaires étrangères ont décidé à l’unanimité d’inscrire la branche armée du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes. Ils garderont toutefois contact avec tous les partis politiques au Liban, dont le Hezbollah.

Les ministres européens ont pris cette décision lors d'un Conseil des affaires étrangères, car la formulation du texte rassurait certains États membres présents au Liban sur le plan militaire ou civil. Le document prévoit également une révision des sanctions contre la branche militaire du Hezbollah dans six mois.

 

La Grande-Bretagne est à l'origine des sanctions contre le mouvement chiite. Elle a déclaré que le groupe était impliqué dans l'attaque terroriste de l'année dernière dans la ville côtière bulgare de Bourgas. Cinq Israéliens et leur chauffeur y ont perdu la vie (voir « Contexte »). Le Hezbollah nie toute implication dans l'attentat.

 

De nombreux États membres n'avaient pas cédé à la pression des États-Unis et d'Israël, qui voulaient inscrire le Hezbollah sur la liste européenne des organisations terroristes, par crainte de déstabiliser le Liban. La participation du mouvement chiite dans le conflit syrien aux côtés des troupes du président Bachar Al-Assad a changé la donne ces dernières semaines.

 

Un attentat déjoué à Chypre, semblable à celui perpétré en Bulgarie, a également incité l’UE à inscrire le Hezbollah sur la liste.

 

« C'est une bonne chose que l'Union européenne ait décidé de qualifier le Hezbollah tel qu'il est : une organisation terroriste », a déclaré le ministre néerlandais des affaires étrangères, Frans Timmermans, en marge de la réunion ministérielle.

 

Son homologue bulgare, Kristian Vigenin, a expliqué aux journalistes que l'absence de décision serait pire que l’ajout du Hezbollah à une liste noire.

 

Il a expliqué que certains pays étaient sceptiques au départ, non pas en raison de preuves fiables, mais en raison des répercussions éventuelles sur la stabilité du Liban. Il a souligné que l'inscription du Hezbollah sur cette liste n'entraverait ni le dialogue avec « tous les partis au Liban », ni les transferts financiers légitimes vers le gouvernement, ni l’envoi d'aide humanitaire.

 

M. Vigenin a toutefois admis que l’attaque à Bourgas avait pesé dans la balance. L'enquête sur l'attentat à la bombe est toujours en cours, mais il est impossible de dire quand les juges seront prêts à désigner les coupables.

 

Selon lui, les États-Unis ont rapidement répondu à la demande bulgare d'assistance juridique concernant les faux documents américains détenus par un auteur de l'attentat mort dans l'explosion.  Il a ajouté que des informations sur les faussaires menaient au Hezbollah.

 

Le ministre bulgare détaillera ultérieurement les sanctions à adopter contre le mouvement chiite. Il a admis que des ministres se demandaient comment distinguer les branches politique et militaire du Hezbollah.

 

Ce mouvement joue un double rôle : parti politique dans le gouvernement libanais et milice composée de milliers de guérilléros armés.

 

Le ministre libanais des affaires étrangères par intérim, Adnan Mansour, a jugé la décision européenne « hâtive » et susceptible de compliquer le paysage politique libanais.

 

« Cela va à l'avenir gêner la vie politique libanaise, particulièrement si l'on considère les différentes sensibilités de notre pays », a-t-il expliqué à Reuters. « Nous devons renforcer les liens entre les partis libanais au lieu de créer des problèmes supplémentaires ».

 

Le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a salué la décision de l'Union européenne. Il a toutefois critiqué la distinction établie entre les branches militaire et politique.

 

« Israël considère le Hezbollah comme une organisation unifiée, sans distinction entre ses branches », a-t-il expliqué. « J'espère que la décision entrainera des mesures significatives contre l'organisation », a-t-il déclaré d’après des propos recueillis par le quotidien Haaretz

L'eurodéputé Charles Tannock, le porte-parole pour les affaires étrangères du Parti conservateur au Parlement européen, a fait l'éloge du ministre britannique des affaires étrangères, William Hague. Ce dernier a plaidé pour que « l'UE prenne des mesures ». « Le Hezbollah est une organisation terroriste responsable de la mort de civils innocents dans l'UE et en dehors. [...] Nous devons lutter contre ces mouvements qui s'allient avec l'Iran, menacent Israël et soutiennent les crimes de guerre commis par le régime de [Bachar Al-]Assad. Dans un Proche-Orient instable, nous ne pouvons montrer aucun signe de faiblesse dans notre politique envers Téhéran et Damas, qui ont soutenu des actes d'agression. Le Hezbollah aura des difficultés à trouver des fonds en Europe étant donné que l’UE l’a qualifié [d’organisation] terroriste. »

 

Le Congrès juif mondial a qualifié la décision d'« avancée majeure ». Son président, Ronald S. Lauder, a affirmé qu'il s'agissait d'une « mesure attendue depuis longtemps et très lourde de sens, car elle pourrait contribuer à l'épuisement des sources de financement pour cette organisation en Europe ». Même si la distinction entre les deux branches est artificielle en raison de la structure de commandement unique du Hezbollah, « elle aura néanmoins un impact positif si tous les États membres de l'UE l’appliquent rigoureusement ».

La Bulgarie a enquêté sur l'attaque terroriste qui a tué cinq touristes israéliens en juillet 2012 à Bourgas, une péninsule au bord de la mer Noire. Il en ressort que l'aile militaire du Hezbollah était impliquée dans cette attaque.

 

L'UE a réagi prudemment aux conclusions de l'enquête et n'a pas établi de lien entre le Hezbollah et l’attentat.

 

Catherine Ashton, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a indiqué qu'il fallait réfléchir à ces conclusions et les évaluer sérieusement.

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