L’UE devrait placer la Chine et l’Afrique au centre de son calendrier

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Cet article fait partie de l'édition spéciale European Business Summit.

La Chine et l’Afrique seront un moteur important de croissance économique au cours des 20 prochaines années et l’Europe devrait saisir l’occasion de s’engager stratégiquement avec eux. Elle ne devrait pas les considérer comme une menace, a déclaré Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, mercredi (15 mai) à l’European Business Summit à Bruxelles.

 

« Actuellement, la Chine n'est pas au centre du calendrier », a déclaré Pascal Lamy, le président d'honneur du groupe de réflexion Notre Europe–Institut Jacques Delors, basé à Paris.

 

Lors de la présentation d'un nouveau rapport sur l'action extérieure de l'UE, réalisé par 16 groupes de réflexion européens, M. Lamy a précisé que 90 % de la croissance européenne au cours des dix prochaines années proviendrait de l’extérieur de l'Europe, dont un tiers de la Chine.

 

« L'engagement économique et politique renforcé avec des économies émergentes comme la Chine est essentiel pour la croissance de l'Europe », a-t-il ajouté. Il s'est ensuite inquiété des différends commerciaux qui enveniment actuellement les relations entre l'UE et la Chine (voir « Contexte »).

 

Même s'il existe des désaccords et des litiges commerciaux, une impulsion stratégique en faveur d'un partenariat est possible, a-t-il indiqué.

 

L'Europe n'est pas l'idiot du village

 

Le commissaire en charge du commerce, Karel De Gucht, a récemment menacé les secteurs chinois des panneaux solaires et des télécommunications, qui bénéficieraient de subventions publiques. M. Lamy a répondu à une question à ce sujet : l'UE ne devrait pas être perçue comme « l'idiot du village de l'économie mondiale, où le reste du monde utilise intelligemment le protectionnisme de façon déloyale ». Il a ajouté que les partenaires de l'Europe pénétraient son marché en toute impunité et tiraient profit de son innocence.

 

« L'Europe protège ses propres marchés tout comme les économies semblables de la planète, que ce soient les États-Unis ou le Japon », a-t-il poursuivi.

 

Le directeur général de l'OMC a expliqué que le degré d'ouverture de la Chine se situait à mi-chemin entre, d'un côté, l'Inde, le Brésil et l'Indonésie et, de l’autre, l'Europe, les États-Unis et le Japon. En effet, la Chine a rejoint le système d'échange multilatéral très tard et a dû payer un prix plus élevé que d'autres membres fondateurs de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) afin de bénéficier de cette politique commerciale antiprotectionniste.

 

Il a indiqué que la Chine respectait les règles au sein de l'OMC, mais a déploré la passivité de l'Europe, des États-Unis et du Japon au sein de l'organisation en vue de renforcer les règles antisubventions.

 

« Lors des négociations, nous avons beaucoup parlé des droits de douane sur les carottes et la machinerie électronique, mais peu du renforcement de la discipline antisubventions, et à juste titre parce qu'il ne s'est rien passé », a-t-il déclaré.

 

« Si les Européens pensent que la Chine ne respecte pas les règles, ce n'est pas parce qu'elle ne les respecte pas, c'est parce qu'il n'y en a pas suffisamment », a-t-il indiqué.

 

Selon les groupes de réflexion qui ont présenté le rapport Think Global — Act European, les crises récentes dans la zone euro ont mis en exergue des défauts majeurs dans l'économie et les gouvernances politiques européennes. Des divisions et une méfiance fortes entre les États membres reflètent une remise en question profonde des instruments de l'UE destinés à revenir à la croissance. L'UE devrait à présent se concentrer sur son action mondiale si elle ne veut pas être marginalisée.

 

« L'UE n'a pas encore présenté de stratégie de croissance convaincante, » a déclaré Elvire Fabry, chercheuse senior à Notre Europe. « Il n'existe aucune preuve que les dirigeants politiques trouveront la force et l'impulsion d'aller au-delà des craintes internes et de s'engager dans une réflexion stratégique mondiale. »

 

Sous-estimer l'Afrique

 

L'UE ne devrait pas non plus mettre de côté l'Afrique, peut-on lire dans le rapport des groupes de réflexion.

 

Près de 1,5 milliard de personnes habiteront en Afrique d'ici 2030, soit deux fois plus que la population actuelle, et l'Afrique, la Chine et l'Inde compteront deux tiers des jeunes professionnels du monde.

 

« Aujourd'hui, l'Afrique est largement en dehors du calendrier des décideurs politiques et commerciaux européens », a déclaré M. Lamy avant de participer à l'European Business Summit à Bruxelles.

 

Alors que la classe moyenne s'accroît, l'Afrique représente une opportunité économique importante pour l'Europe, a-t-il précisé. Il a mis en évidence le besoin pour les partenaires de l'UE d'arrêter de regarder le continent africain à travers les yeux de son héritage colonial.

 

« Il y a encore de nombreuses choses à faire en Afrique en tant que partenaire de la croissance ». Il a mis en avant le commerce, mais également le climat et l'environnement.

 

Antonio Vitorino, le président de Notre Europe-Institut Jacques Delors, a déclaré : « J'ai toujours dit que chaque politique étrangère était un élément clé non seulement pour avoir un mot à dire dans les affaires mondiales, mais aussi pour défendre nos valeurs et pour légitimer le projet européen au niveau national.

 

« Alors que le projet européen est sous pression, nous devons tirer profit de nos politiques clés relatives au marché intérieur sur la scène internationale afin de rétablir la crédibilité auprès de nos citoyens », a-t-il déclaré.

 

 

Les tensions commerciales entre la Chine et l'UE ont envenimé les relations ces derniers mois. L'exécutif européen a lancé en 2012 son enquête la plus importante en matière de dumping et de subventions sur des exportations de composants de panneaux solaires d'une valeur présumée de 21 milliards d'euros de la Chine vers l'Europe

 

La Commission européenne a prévenu Beijing le 15 mai qu'elle était prête à ouvrir une enquête sur le comportement anticoncurrentiel d'équipementiers télécoms, mais n’a pas entamé la procédure.

 

Groupe de réflexion:

Think Global-Act European IV - Thinking strategically about the EU's external action

Organisations internationales:

 

Organisation mondiale du commerce : L’interaction économique avec les pays émergents comme clé de la croissance en Europe (Discours de Pascal Lamy)

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