L’UE manque d’armes face à la propagande du Kremlin

Moscou, 2014. [Shutterstock]

L’UE a intégré la lutte contre la propagande russe dans le projet de conclusion du Sommet. Une solution qui donne au Kremlin la preuve de son avantage dans cette guerre de communication, regrettent des diplomates européens. ?

Les télévisions financées par le gouvernement russe, diffusées en anglais, en espagnol, en arabe, en allemand et en français, comme RT, ne cessent d’élargir leur champ d’action et atteignent un public toujours plus nombreux dans les pays membres.

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Face à cette offensive, les dirigeants de l’Union européenne devraient notamment inclure dans les conclusions du sommet leur volonté de contrecarrer les campagnes de désinformation russes.

Selon un projet de conclusions révélé à EURACTIV, les chefs d’État et de gouvernement se préparent également à demander à Federica Mogherini, responsable des affaires étrangères de l’UE, de mettre en place un plan d’action sur la communication stratégique afin de soutenir la liberté de la presse, et ce d’ici le mois de juin. La création d’une équipe de communication sera la première étape de ce plan.

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« La propagande russe en Europe est un problème omniprésent, parce qu’elle est efficace. Ils sont les rois de la propagande. Nous devons en parler, nous devons réagir, mais je ne suis pas sûre que la solution proposée soit la meilleure façon de faire », souligne un diplomate européen.

Le deuxième, issu d’un autre pays européen, estime que l’UE doit agir « parce que tout le monde sait que nous sommes en train de perdre cette bataille ».

« Je ne comprends pas pourquoi nous rendons cela public. Si j’étais russe, je serais très content : nous donnons aux Russes la preuve de leur succès. Je ne pense pas que nous devrions trop en parler, nous devrions agir, et Federica n’a pas besoin de mandat, elle sait que nous devons faire quelque chose », ajoute-t-il.

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La culture de transparence de l’UE l’empêche-t-elle d’être plus efficace et discrète ? Absolument, selon le diplomate, qui se déclare sceptique quant à la création d’une chaîne de télévision, ou d’autres médias, en russe.

« Nous ne sommes pas sûrs que l’UE puisse mettre en place une stratégie structurée qui puisse s’opposer à la propagande russe. Une telle stratégie peut-elle être développée dans les médias indépendants européens ? Je n’en suis pas sûr. »

Le diplomate s’inquiète aussi de l’impossibilité de mettre sur pied un projet médiatique capable de faire face à la propagande russe en peu de temps.

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Des sanctions pour dîner

Le projet de conclusion rédigé le 16 mars ne comporte aucune mention de sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie ni de ce qu’il adviendra des sanctions existantes en juin, quand elles expireront. Selon les diplomates, cela sera probablement proposé directement lors du sommet. La question des sanctions devrait être discutée lors du dîner.

L’une des issues possibles de ce dîner serait qu’aucune nouvelle sanction ne soit ajoutée, mais que les sanctions existantes soient automatiquement renouvelées en juillet. Cela signifie que si la situation sur le terrain ne s’améliore pas et n’appelle pas une levée des sanctions, il ne sera pas nécessaire de prendre une décision formelle pour que les sanctions soient automatiquement renouvelées.

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La Lettonie, à la présidence tournante du Conseil depuis le 1er janvier, entend contrer la propagande du Kremlin en lançant une offensive médiatique. Une chaîne de télévision en russe et d’autres médias de qualité et indépendants pourraient ainsi voir le jour.>> Lire : La Lettonie prépare une chaîne télé en russe pour contrer la propagande de Moscou

Johannes Hahn, commissaire chargé de la politique européenne de voisinage, a assuré le 1er décembre que l'exécutif européen est conscient de l'intensification de la propagande russe dans le contexte de la crise ukrainienne et sait comment y faire face.

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  • 19-20 mars : Sommet du Conseil à Bruxelles.

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