L’UE ne ferme pas la porte à l’Ukraine

Martin Schulz. Esterwegen, 2013. [Matthias Groote/Flickr]

Lors du Conseil européen, Martin Schulz a assuré que l'UE était toujours prête à négocier avec l'Ukraine.

Lors d'une allocution devant les dirigeants européens, Martin Schulz a déclaré que le Parlement européen était déçu par le refus ukrainien de signer l'Accord d'association avec l'UE.

« Nous pensons toutefois qu'il est préférable de laisser à l'Ukraine la porte des négociations ouverte. Ceci devrait être fait, à tout le moins, en raison des manifestations prodémocratiques dans le pays, que nous ne devons pas laisser tomber », a poursuivi le président du Parlement européen.

EURACTIV a demandé au président d'expliquer la manière dont l'UE pourrait « garder cette porte ouverte » maintenant que le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, s'est exprimé sans ambages en faveur de la Russie.

EURACTIV l’a également interrogé  sur l’interprétation que pourrait faire l’opposition ukrainienne proeuropéenne du message envoyé par l’UE.

Martin Schulz a répondu que ce message était justement que la porte de l'UE restait ouverte aux négociations (voir la vidéo-ce-dessous). 

Selon le social-démocrate allemand, si l'UE avait mis fin aux discussions, cette décision aurait envoyé un signal négatif à l'opposition. Les opposants auraient eu l'impression que l'Europe abandonnait le pays. Ce qui provoquerait la déception des manifestants venus protester contre la décision de Viktor Ianoukovitch. Le président ukrainien a en effet accepté l'aide financière et le gaz à prix réduit de la Russie au lieu de se rapprocher de l'Europe.

Martin Schulz s’est refusé à qualifier la décision de Viktor Ianoukovitch de volte-face géopolitique.

C’est décision sera valable pour l'année prochaine, voire jusqu’en 2015, explique Martin Schulz en ajoutant : « il faut cependant une stratégie sur le long terme et une stratégie sur le long terme, nous en sommes convaincus, est préférable à nos côtés, plutôt que sans nous. Voilà ce que nous devons proposer au gouvernement [ukrainien]. Ce gouvernement est en fonction. Nous ne pouvons pas le faire disparaître, il est ici, nous devons vivre avec lui, » a expliqué Martin Schulz.

Il a ajouté que le message de l'UE au gouvernement ukrainien devrait être : « Nous sommes prêts à discuter avec vous. » Ceci dit, ce message est également adressé à l'opposition. L'UE doit montrer qu'elle n'abandonne pas l'idée de se rapprocher de l'Ukraine.

Frank-Walter Steinmeier, le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, a donné un autre aperçu de la pensée politique européenne au sujet de l'Ukraine. Varsovie était sa deuxième destination après Paris depuis le début de son nouveau mandat. La Pologne est d’ailleurs le pays de l'Union le plus déterminé à rapprocher l'UE et l'Ukraine.

Le ministre allemand a déclaré sans détour qu'il n'effectuerait pas de visite sur la place de l'Indépendance, au contraire de son prédécesseur, Guido Westerwelle. Lors d'une intervention télévisée, Viktor Ianoukovitch a vivement critiqué Guido Westerwelle. Celui-ci était venu s'entretenir avec les manifestants de la place de l'Indépendance et interférer ainsi dans les affaires internes de l'Ukraine. La Haute représentante pour les affaires étrangères de l'UE, Catherine Ashton, et le sénateur John McCain ont fait de même.

Guido Westerwelle aurait reconnu que l'Ukraine était une nation scindée traditionnellement entre une partie pro-européenne (l’Ouest) et une partie prorusse, à savoir le Sud (la Crimée) et l'Est (la région industrialisée de Donetsk et de Dnipropetrovsk).

« Le problème, c’est qu'aucune décision n'a été prise pour libérer ce pays de ses divisions internes, » a dit Frank-Walter Steinmeier. Il espère pouvoir donner un second souffle aux discussions entre les ministres des Affaires étrangères polonais, allemands et russes.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, négocie avec le président polonais Bronis?aw Komorowski et le ministre des Affaires étrangères Radek Sikorski sur ce dossier. Il a exhorté le gouvernement et l'opposition ukrainiens à trouver une réponse pacifique à la crise actuelle.

« Nous souhaitons vraiment tous deux que la situation ne provoque pas une escalade…Si Viktor Ianoukovitch souhaitait trouver une solution, il aurait mis un terme à cette crise depuis bien longtemps. Mais il ne veut simplement pas trouver une solution, » a déclaré Frank-Walter Steinmeier selon Deutsche Welle.

La Lituanie et la Pologne, pays limitrophes de l'enclave russe de Kaliningrad, s'inquiètent d’informations divulguées par certains rapports relatifs au déploiement de missiles à tête nucléaire Iskander. Moscou a pendant longtemps menacé de déplacer des batteries de missiles Iskander de courte portée vers Kaliningrad en réponse au bouclier antimissile mis en place par l'UE et les États-Unis.

Lors d'une conférence de presse « marathon » de quatre heures, évènement annuel devenu une tradition, le président russe Vladimir Poutine a démenti le déploiement de tels missiles à Kaliningrad.

La Russie fait bonne figure pour éviter le boycott des JO de Sotchi

À la fin de la conférence, Vladimir Poutine a surpris lorsqu'il a annoncé sa volonté de libérer son rival de longue date, Mikhail Khodorkovsky, l'ancien PDG de la compagnie pétrolière russe Ioukos. Il a aussi déclaré que les deux membres restants du groupe punk Pussy Riot seront certainement amnistiés aussi.

Nadezhda Tolokonnikova, âgée de 24 ans et Maria Alyokhina, âgée de 25 ans, ont été condamnée à deux ans de prison après avoir fait une « prière punk » dans la principale cathédrale de Moscou. Elles voulaient protester contre Vladimir Poutine et ses liens avec l'Église orthodoxe.

L'amnistie sera aussi accordée à 30 personnes arrêtées lors d'une manifestation de Greenpeace contre une plateforme de forage pétrolier en Arctique. Ils n'auront dès lors pas à subir de procès.

La presse internationale considère la décision du président russe comme une tentative de redorer le blason du pays avant les JO d'hiver à Sotchi en février 2014.

Selon certaines sources, les déclarations de nombreux dirigeants européens inquiéteraient la Russie. Le président américain Barack Obama et son homologue français, François Hollande, ont annoncé leur intention de boycotter les Jeux olympiques russes.

Les dirigeants européens n’étaient pas parvenus à adopter une position commune à l'occasion du Championnat d’Europe de football de 2012, qui avait lieu en Ukraine. L'Allemagne a appelé au boycott au niveau politique. Cependant, la Pologne, coorganisateur du championnat, avait jugé les boycotts politiques d’évènements sportifs contreproductifs.

Martin Schulz s'est esclaffé lorsqu'on lui a demandé s'il voyait le président d'un nouveau regard depuis que ce dernier a annoncé la libération de Mikhaïl Khodorkovski.

« Je porte le même regard sur M. Poutine qu'auparavant, je suis plutôt estomaqué par la question », a-t-il rétorqué.

Le gouvernement ukrainien a annoncé le 21 novembre qu'il avait décidé d'arrêter ses préparations à la signature d'un accord d'association avec l'UE.

Selon le communiqué, la décision a été prise en vue d'élaborer des mesures en faveur de la « Russie et d'autres pays de la Communauté des États indépendants [CÉI] ».

L'Ukraine a indiqué qu'elle proposerait à l'UE et à la Russie la formation « d'une commission tripartite afin de gérer les problèmes complexes ».

Les dirigeants européens ont fait une ultime tentative le 29 novembre afin de convaincre le président ukrainien Viktor Ianoukovitch de signer l'accord d'association. La présidente lituanienne, Dalia Grybauskait?, qui accueillait le sommet, a déclaré que Viktor Ianoukovitch n'avait aucunement l'intention de trouver un accord.

À la suite de l'annonce du rejet de l'accord d'association par le président ukrainien, des centaines de milliers d'Ukrainiens ont battu le pavé et réclamé la démission du président [en savoir plus].

  • 7-23 fév. 2014 : les Jeux olympiques se tiendront à Sotchi en Russie

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