L’UE s’interroge sur le risque de perdre l’Ukraine au bénéfice de la Russie

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Les ministres de l'UE se sont prêtés à des débats animés hier (14 mai) à Bruxelles. Ils ont abordé le risque de « perdre l'Ukraine au bénéfice de la Russie » si le pays subissait trop de pressions en raison du traitement réservé à l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko en prison.
 

Lors de leur réunion sur l'Ukraine qui s'est tenue pendant le déjeuner, les ministres des affaires étrangères de l'Union ne sont pas parvenus à adopter une position commune, mais ils se sont accordés sur la nécessité de travailler avec la société civile ukrainienne pour pallier la perte de confiance dans les perspectives européennes du pays. 

Des sources diplomatiques ont affirmé que les ministres avaient ouvertement parlé du risque que comportait l'adoption d'une ligne de conduite ferme envers le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, dans la mesure où cela pourrait pousser le pays à se rapprocher de la Russie qui cherche à faire avancer son projet d'Union eurasienne rassemblant les anciennes républiques soviétiques. La Russie a également invité l'Ukraine à rejoindre son Union douanière avec le Bélarus et le Kazakhstan.

L'UE, quant à elle, a finalisé un accord d'association assorti d'un accord de libre-échange approfondi et complet (ALE approfondi et complet) avec l'Ukraine. La signature de ces documents dépend toutefois de l'issue de l'affaire Timochenko et des conditions selon lesquelles seront menées les élections parlementaires d'octobre prochain.

Un ministre aurait cité le président russe, Vladimir Poutine, qui aurait qualifié l'Ukraine d'« Etat non accompli ». Selon certains analystes, une Union eurasienne sans l'Ukraine ne fonctionnerait pas.

Une Union divisée

Les ministres européens se sont montrés divisés sur la stratégie à adopter envers l'Ukraine. La Pologne et les pays baltes sont en faveur d'une approche plus ouverte, contrairement à l'Allemagne qui insiste sur l'adoption d'une position ferme en raison du type de « justice sélective » qui a été appliquée contre Mme Timochenko, une icône de la révolution orange emprisonnée l'année dernière pour abus de pouvoir.

Un diplomate a affirmé que plusieurs ministres avaient émis le souhait que les relations entre l'UE et l'Ukraine ne soient pas « otages d'une personne, qu'il s'agisse de Mme Timochenko ou de M. Ianoukovitch ».

Le championnat de football Euro 2012, que l'Ukraine organisera avec la Pologne du 6 juin au 1er juillet prochains, était aussi au programme de la réunion, certains pays réclamant un boycott par l'UE au niveau politique.

Néanmoins, comme plusieurs pays ont déjà annoncé qu'ils enverraient des représentants politiques aux matches en Ukraine, la haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, a admis que l'Union n'était pas encore à même de prendre une décision.

La réaction la plus virulente a été exprimée le 3 mai dernier par le président polonais, Bronis?aw Komorowski, qui a avancé qu'un boycott de l'Occident pousserait l'ancienne république soviétique dans les bras de la Russie.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président du Conseil, Herman Van Rompuy, ont annoncé qu'ils ne prévoyaient pas de se rendre en Ukraine pour le championnat de football.

Le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, a quant à lui déclaré à la presse hier (14 mai) qu'il ne considérait pas « la participation ou la non-participation à des matches de football » comme « un instrument de la politique européenne ».

Viktor Ianoukovitch plaide contre l'humiliation de l'Ukraine

S'exprimant à Donetsk le même jour, M. Ianoukovitch a déclaré que les autorités ukrainiennes prêtaient une oreille attentive aux décideurs politiques étrangers dans l'affaire Timochenko, mais qu'il ne voulait pas que son pays soit « humilié ».

Les ministres européens se seraient accordés sur la nécessité de renforcer la communication avec les citoyens ukrainiens sur les dispositions de l'UE à développer des relations plus étroites avec le pays. Il serait selon eux nécessaire de montrer aux Ukrainiens que l'UE ne ferme pas ses portes à leur pays.

Le premier ministre ukrainien, Mykola Mykola, est attendu à Bruxelles aujourd'hui. Selon des sources d'EURACTIV, sa visite aurait été confirmée par ses hôtes européens à la dernière minute.

 

Viktor Tkachuk, le directeur général de la fondation ukrainienne pour la démocratie People First, a déclaré : « Selon un sondage réalisé au mois de mars, la majorité des citoyens ukrainiens (52 %) soutiennent l'adhésion de l'Ukraine à l'UE. Aujourd'hui, la seule chose qui réunit les simples citoyens et les représentants des autorités est le désir de vivre selon les normes européennes et de se déplacer librement dans les pays d'Europe ».

 

« Nous espérons que les appels au boycott de l'Euro 2012 ne visent pas l'Ukraine en tant que pays candidat à l'adhésion. Mais il faut savoir que les boycotts extérieurs réduisent le nombre de partisans d'une Ukraine européenne », a-t-il ajouté.

 

L'Union européenne s'est dite « déçue » de la condamnation à sept ans de prison de l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko suite à des accusations d'abus de pouvoir liées à des accords gaziers signés avec la Russie en 2009.

 

Ce procès était « politiquement motivé » et n'a pas respecté les normes internationales, a affirmé l'UE, ajoutant que cela se reflèterait dans la politique de l'Union envers l'Ukraine.

 

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre.

 

Le 30 mars dernier, le document a été finalisé, mais il ne sera mis en oeuvre que lorsque l'Ukraine aura revu son système de « justice sélective » et pas avant que les élections législatives n'aient eu lieu le 28 octobre 2012.

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