L’Ukraine gèle l’accord d’association avec l’UE

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Kiev a décidé de suspendre son processus d'intégration pour privilégier ses relations économiques avec la Russie. Les autorités ukrainiennes étaient pourtant censées signer un accord d'association avec l'UE la semaine prochaine à Vilnius.

La surprise a été de taille pour les diplomates européens. Dans la dernière ligne droite des négociations pour la signature d'un accord d'association avec l'UE, l'Ukraine a fait volteface et arrêté unilatéralement les pourparlers. 

« Le président Ianoukovitch met personnellement le holà au rapprochement de l'Ukraine vers l'Europe », selon Arseni Iatseniouk, l'ancien ministre de l'Économie et dirigeant du parti Union panukrainienne « Patrie » (Batkivshchyna) de Ioulia Timochenko.

La reculade de l'Ukraine a commencé avec le rejet parlementaire des textes de loi permettant la libération de la cheffe de l'opposition Ioulia Timochenko afin de recevoir un traitement médical  en Allemagne. Sa libération était considérée comme une condition sine qua non à la signature de l'accord d'association à Vilnius.

Le Parti des régions de Viktor Ianoukovitch, le président ukrainien, le Parti communiste se sont abstenus. La barre des 226 voix nécessaires à l’adoption des six projets de loi n'a donc pas été franchie.

Deux heures après le vote, le gouvernement ukrainien a annoncé qu'il avait décidé d'arrêter les préparatifs à la signature d'un accord d'association avec l'UE. Selon le communiqué, la décision a été prise en vue d'élaborer des mesures en faveur de la « Russie et d'autres pays de la Communauté des États indépendants [CEI] ».

Une photo de l'ambassadeur de l'UE auprès de l'Ukraine, Jan Tombi?ski, circule sur les médias sociaux. Il y apparait dépité, la tête entre les mains.

L'Ukraine a indiqué qu'elle proposerait à l'UE et à la Russie la formation « d'une commission tripartite afin de gérer les problèmes complexes ». Kiev « renouera un dialogue actif avec la Fédération de Russie, d'autres pays de l'Union douanière et des États membres de la CEI sur la reprise des relations commerciales et économiques en vue de préserver et de renforcer les mesures communes relatives au potentiel économique ».

Le communiqué n'indique pas si l'Ukraine compte rejoindre l'Union douanière sous l'égide de la Russie (voir « Contexte »).L'UE estime que cette adhésion est incompatible avec le statut de pays associés aux Vingt-Huit.

Ce communiqué a abasourdi les représentants de l'UE. Lors d'une conférence de presse quelques minutes après l’annonce de Kiev, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevi?iusa dénoncé une communication manquant de clarté. Selon lui, la meilleure solution serait d'« attendre » de plus amples informations.

« Il est très difficile de commenter immédiatement et d'ajouter quelque chose. Nous avons toujours dit que cela dépendrait du comportement des Ukrainiens et de l'autorité ukrainienne, surtout du président Ianoukovitch », a-t-il ajouté.

Le ministre lituanien estime que les participants au sommet de Vilnius sont à la recherche de nombreuses réponses en amont de la réunion.

Il a tenté de faire preuve d'un peu d'humour en disant que les évolutions étaient « intéressantes et non ennuyantes ».

« L'Ukraine ne fait pas preuve de clarté. Attendons. La vie politique est intense et très dynamique », a constaté Linas Linkevi?ius.

EURACTIV lui a demandé s'il était correct de présenter une association rapprochée à l'UE aux pays du Partenariat oriental, à savoir l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie, comme une logique à somme nulle dans laquelle l'UE ou la Russie en sortirait gagnante. Il a répondu qu’il n’est jamais arrivé qu’un autre pays, comme la Russie, participe à ces négociations avec un pays tiers.

De la même manière, l'UE ne participe pas aux négociations d'adhésion à l'Union douanière entre la Russie, le Kirghizstan et l'Arménie, ce qui est normal, selon le ministre lituanien.

Il est « très difficile » de discuter des problèmes quand une logique à somme nulle est de rigueur. L'UE ne voit toutefois pas le processus de cette manière, ajoute-t-il.

Le ministre lituanien n'exclut pas non plus une réunion des ministres européens des Affaires étrangères, mais la décision relève de Catherine Ashton, la haute représentante de l'Union.

Selon certains diplomates européens, Ioulia Timochenko rédigerait un communiqué en prison, rapporte le ministre.

Pour Steven Blockmans, le responsable de la politique extérieure de l'UE du groupe de réflexion Centre d'études de la politique européenne, il semblerait que « toute l'idée du Partenariat oriental tombe à l'eau ».

Le 24 novembre, l'opposition ukrainienne devrait organiser une manifestation en faveur d'un rapprochement entre Kiev et Bruxelles. 

Selon le porte-parole du président russe, Vladimir Poutine, son pays accueille favorablement la volonté de l'Ukraine d'améliorer les liens commerciaux avec Moscou.

 

« Nous saluons la volonté d'améliorer et de développer la coopération commerciale et économique », explique Dmitri Peskov à la presse cité par Reuters.  Il a qualifié l'Ukraine de « partenaire proche ». Selon lui, la Russie accepterait toute décision relative à l'accord avec l'UE.

 

Le président Viktor Ianoukovitch, en déplacement en Autriche, s'est refusé à tout commentaire. Il avait auparavant déclaré lors d'une conférence de presse à Vienne : « L'Ukraine se dirige toujours vers l'intégration européenne [...] Nous sommes convaincus que nous sommes sur la bonne voie. »

 

Selon Reuters, Viktor Ianoukovitch avait déclaré qu'il ne pouvait pas accepter l'accord lors de sa rencontre avec le commissaire en charge de l'élargissement et de la politique de voisinage, Štefan Füle.

 

Le président ukrainien estime que l'accord coûterait 500 milliards de dollars (370 milliards d'euros) dans les échanges avec la Russie au cours des prochaines années. La mise en œuvre des normes de l'UE pourrait ajouter 104 milliards de dollars (77 milliards de dollars) à la facture.

 

Carl Bildt, le ministre suédois des Affaires étrangères et vétéran de la diplomatie entre l'Orient et l'Occident, a envoyé un tweet : « Le gouvernement ukrainien cède soudainement au Kremlin. Les politiques de pression brutale fonctionnent de toute évidence. »

 

« Il s'agit d'une déception pour l'UE, mais aussi pour le peuple ukrainien, à nos yeux », a indiqué la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, dans un communiqué.

 

« Les réformes adoptées ces derniers mois ont une grande portée. La signature de l'accord le plus ambitieux présenté par l'UE à un pays partenaire aurait amélioré la réforme en Ukraine. Elle aurait également expliqué clairement aux investisseurs mondiaux et aux institutions financières internationales que l'Ukraine prend au sérieux ses engagements en faveur de la modernisation et qu'elle devient un interlocuteur prévisible et digne de confiance pour les marchés internationaux. [...]

 

« Nous estimons que l'avenir de l'Ukraine dépend d’une relation forte avec l'UE et que nous restons fermes sur notre engagement envers le peuple ukrainien. Il aurait été le principal bénéficiaire de l'accord grâce à une plus grande liberté et prospérité. »

 

Selon le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, l'Union européenne souhaitait améliorer les relations avec l'Ukraine, mais la décision dépendait de Kiev.

 

« Nous conservons notre intérêt à maintenir de bonnes relations avec l'Ukraine et notre offre est toujours valable. La balle est dans le camp de Kiev », indique-t-il dans un communiqué. 

 

Le dirigeant de l'opposition ukrainienne, Arseni Iatseniouk, un allié de Ioulia Timochenko, a indiqué que, si Viktor Ianoukovitch ne signait pas l'accord avec l'Europe, ce serait une « trahison ».

 

Les représentants du Parlement européen auprès de l'Ukraine, Pat Cox et Aleksander Kwa?niewski, ont publié un communiqué. Il y exprime leur « profonde déception vis-à-vis de la décision unilatérale du gouvernement ukrainien de reporter la signature de l'accord d'association avec l'Union européenne. »

La Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie ont créé une union douanière en 1995 et un Espace économique commun quatre ans plus tard.

En 2007, la Commission de l'Union douanière a été créée, reprenant certaines compétences des autorités nationales. L'union douanière est opérationnelle depuis 2010 et implique des réglementations de droits de douane communs tout en en levant certains entre les États membres.

L'Espace économique commun est entré en vigueur en janvier 2012, avec la création de la commission économique eurasienne le mois qui a suivi.

L'établissement d'une Union économique eurasienne est prévu pour 2015.

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