L’Ukraine veut recourir à la Cour pénale internationale après les attaques de Mariupol

Petro Poroshenko, Christos Stylianides et Klaus Sørensen. [Georgi Gotev]

Le président ukrainien, Petro Poroshenko, a déclaré le 26 janvier qu’il montrerait à l’UE qui se trouve derrière les bombardements de la ville de Mariupol, qui ont fait plus de 20 morts. Un article d’EURACTIV, en direct de l’est de l’Ukraine.

L’attaque de Mariupol du 24 janvier dernier, qui a fait une trentaine de morts, pourrait faire l’objet d’une enquête de la part de la Cour pénale internationale de La Haye, selon le président ukrainien Petro Porochenko.

L’homme politique a fait cette annonce juste avant sa rencontre avec Christos Stylianides, commissaire en charge de l’aide humanitaire et de la gestion de crise. Christos Stylianides se trouve en ce moment en Ukraine pour apporter de l’aide aux populations victimes de violence dans la partie est du pays, contrôlée par les séparatistes.

Les rebelles prorusses ont lancé une offensive contre le port stratégique de Mariupol dans l’est de l’Ukraine le 24 janvier, incitant le chef des Affaires étrangères de l’UE à parler d’une rapide « détérioration » des relations UE-Russie. Alors que l’heure était au réchauffement, certains Etats évoquant même la levée des sanctions contre la Russie, ce nouvel épisode militaire plaide au contraire pour un durcissement du conflit.

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Selon diverses sources, les rebelles ont tué entre 20 et 30 personnes et blessé environ 90 autres en lançant des tirs de roquettes à partir de missiles GRAD à longue portée.

La ville de Mariupol, sur les bords de la mer d’Azov, se situe sur la route qui relie la Crimée à la Russie.

ONU : L’attaque de Mariupol est un crime de guerre

Jeffrey Feltman, Secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques, a annoncé lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité qu’une analyse des cratères démontrait que les tirs de roquettes venaient du territoire contrôlé par les rebelles.

« Les personnes qui ont lancé ces roquettes savaient pertinemment qu’elles visaient des populations civiles », a déclaré Jeffrey Feltman, prenant appui sur l’analyse de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).« Cela constituerait une violation des lois humanitaires internationales. »

Samantha Power, ambassadrice américaine, a accusé Moscou d’un complot pour grappiller toujours un peu plus de terre à son voisin ukrainien.

« Il s’agit d’une offensive réalisée par des séparatistes entraînés et financés par la Russie, qui utilisent des missiles russes, conduisent des tanks russes et sont soutenus par des troupes russes. »

En revanche, l’ambassadeur russe auprès des Nations Unies en Russie, Vitaly Churkin, a pris la position de Moscou et déclaré que Kiev était à l’origine de la résurgence du conflit. Vitaly Ckurkin a imploré les gouvernements occidentaux de « cesser d’encourager la politique agressive de l’Ukraine ». « Cela ne ferait qu’aggraver la situation ».

« Crime contre l’humanité »

La Cour pénale internationale (CCI) de La Haye a déjà ouvert neuf enquêtes dans des pays ou des territoires tels que l’Ouganda et le Darfour, et a inculpé 36 personnes, donc l’ancien chef d’État libyen Mouammar Kadhafi et l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo.

L’Ukraine est signataire du Statut de Rome qui établit la CCI mais ne l’a pas encore ratifié. Mais le gouvernement actuel peut compter sur le soutien du parlement à Kiev pour soutenir sa demande. La Russie est aussi signataire du Statut de Rome mais ne l’a pas ratifié.

« Je veux fournir au commissaire toutes les informations donc je dispose sur les récents évènements dans la zone d’opération antiterroriste. Je veux parler des attaques terroristes sanglantes de Mariupol et du fait que les Russes et les terroristes ont volontairement ignoré les accords de Minsk », a affirmé Petro Porochenko.

Le président a ajouté qu’il espérait que ces données permettront de dégager un consensus lors de la rencontre extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l’UE le 29 janvier à Bruxelles. Il n’a toutefois pas mentionné les nouvelles sanctions, mais les ministres de l’UE se réuniront pour savoir si la récente escalade du conflit dans l’est de l’Ukraine sera un élément déclencheur de nouvelles sanctions contre la Russie.

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« Les crimes contre l’humanité doivent être punis de façon adéquate. Nous allons nous tourner vers la Cour de La Haye à ce sujet », a ajouté Petro Porochenko.

Christos Stylianides a quant à lui expliqué qu’il était à Kiev pour exprimer sa solidarité au peuple ukrainien.

« Je condamne fermement les attaques de Mariupol qui ont fait tant de victimes. Cette escalade du conflit m’inquiète beaucoup », a commenté le commissaire.

En effet, sa visite avait été organisée bien avant la récente escalade et avait pour objectif d’apporter davantage d’aide humanitaire au vu des conditions hivernales rudes.

Christos Stylianides a annoncé que 15 millions d’euros supplémentaires seront versés pour aider les personnes les plus vulnérables à Mariupol et dans d’autres régions. Le montant de l’aide d’urgence de l’UE, qui comprend l’aide des États membres, atteint donc les 95 millions d’euros.

Pont aérien avec l’UE

Trois avions-cargos chargés d’aide humanitaire à destination de l’Ukraine (tentes, couvertures, sacs de couchage, vêtements chauds) arriveront le 27 janvier à l’aéroport de Dnepropetrovsk, où se trouvera Christos Stylianides. Des aides arrivent aussi par la route.

Klaus Sørensen, directeur général du département de l’aide humanitaire de la Commission, a expliqué à EURACTIV qu’il était très important que ces aides arrivent à leurs bons destinaires.

Un des objectifs de la visite de Christos Stylianides était de discuter avec les autorités ukrainiennes de la meilleure façon de faciliter la distribution de l’aide humanitaire, a rappelé Klaus Sørensen. Selon lui, il existe de nombreux obstacles bureaucratiques tels que les taxes sur les aides ou des problèmes de douanes.

Décrivant une situation « très chaotique », le haut fonctionnaire a souligné : « cela ne nous satisfait pas, ce n’est pas une critique, mais nos amis ukrainiens doivent mettre de l’ordre dans tout cela. »

La Commission peut compter sur des partenaires compétents sur le terrain, a assuré Klaus Sørensen mentionnant par exemple le Comité international de la Croix-Rouge, People In Need, une organisation tchèque, l’UNICEF, le fonds de l’ONU pour l’enfance, et l’OCHA, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, qui a ouvert un bureau à Donetsk.

Selon lui, le meilleur outil pour un pays comme l’Ukraine, qui n’est pas un pays pauvre, est le système de transfert monétaire et de bons d’alimentation, pour que la population puisse s’acheter ce dont elle a besoin dans les magasins.

Interrogé sur les retraites que les Ukrainiens ne reçoivent plus dans les zones contrôlées par les rebelles, Klaus Sørensen a annoncé qu’un système permettant de protéger ces retraites serait mis en place. Il a conseillé au gouvernement ukrainien de coopérer avec les organisations internationales et de travailler avec le système bien contrôlé de bons.

« Il est indispensable que les personnes âgées puissent se nourrir et avoir accès aux premières nécessités.Cela doit continuer » a déclaré Klaus Sørensen.

Plus de 900 000 personnes ont été déplacées en Ukraine et près de 600 000 personnes ont fui à l’étranger. Près de 1,4 million de personnes dans les régions touchées par le conflit sont extrêmement vulnérables et ont besoin d’aide humanitaire.

En réponse à la crise humanitaire qui sévit en Ukraine, la Commission européenne a déjà versé plus de 32,5 millions d'euros : 11 millions d'euros en aide humanitaire, dont 40 % sont distribuées aux zones non contrôlées par le gouvernement, et 21,5 millions d'euros pour les préparations d'urgence pour l'hiver et les aides au rétablissement. L'aide de la Commission s'adresse aussi aux besoins immédiats des réfugiés ukrainiens se trouvant au-delà des frontières ukrainiennes. Les fonds venant des pays membres représentent plus de 47 millions d'euros.

  • 27 janvier : Christos Stylianides accueille l’arrivée des avions de l’UE à Dnepropetrovsk
  • 29 janvier : Rencontre extraordinaire sur l’Ukraine des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles

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