La Chine, « menace ou défi » ? L’UE reste divisée sur la question

Quelques semaines plus tôt à Davos, M. Stoltenberg a prévenu que les pays occidentaux ne devaient pas troquer la sécurité contre le profit économique, soulignant les risques de laisser sans contrôle les liens économiques étroits avec la Russie et la Chine. [EPA-EFE/BALLESTEROS]

Alors que les Américains et les Européens sont toujours divisés sur la question de savoir s’il faut considérer la Chine comme une «  menace  » ou un «  défi  » pour la sécurité, le fossé se resserre alors que les alliés tentent de se mettre d’accord sur le nouveau document stratégique à long terme de l’OTAN, qui mentionne pour la première fois Pékin.

«  L’influence croissante de la Chine remodèle le monde, avec des conséquences directes pour notre sécurité et nos démocraties  », a déclaré mardi (14 juin) le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à l’Agence de presse Athènes-Macédoine (ANA), ajoutant que «  les politiques coercitives de la Chine  » constitueraient des «  menaces et des défis  » pour la sécurité de l’Occident.

Quelques semaines plus tôt à Davos, M. Stoltenberg a prévenu que les pays occidentaux ne devaient pas troquer la sécurité contre le profit économique, soulignant les risques de laisser sans contrôle les liens économiques étroits avec la Russie et la Chine.

EURACTIV croit savoir que la majorité des membres, y compris la France et l’Allemagne, hésitent à utiliser la même description de la menace pour la Chine que pour la Russie et sont davantage disposés à désigner clairement Moscou comme une «  menace  » pour la sécurité, tandis que Pékin est qualifié de «  défi  » pour la sécurité.

Toutefois, même en désignant la Chine comme un «  défi  », le langage utilisé serait plus sévère que celui utilisé dans le concept stratégique actuel de l’OTAN, publié en 2010, qui ne mentionne pas le pays.

L’année dernière, les dirigeants de l’OTAN, dans un tournant historique, ont souligné que la Chine posait des défis auxquels il fallait répondre, en partie à la demande expresse des États-Unis.

Convergence de vues sur la Chine

«  Les points de vue transatlantiques sur la Chine ont longtemps été divergents, mais récemment, ils convergent progressivement  », a déclaré à EURACTIV Bruno Lété, chargé de mission transatlantique pour la Sécurité et la Défense au German Marshall Fund à Bruxelles.

«  Néanmoins, les États membres de l’UE maintiennent une approche pragmatique à l’égard de la Chine, principalement en raison des interdépendances économiques, les États membres de l’UE ne sont pas unanimes sur le fait que la Chine constitue une menace et pour le moment, le consensus décrit la Chine comme un “concurrent stratégique”  », a-t-il déclaré, ajoutant que la nouvelle stratégie de l’OTAN devrait suivre cette ligne.

L’OTAN cherchera probablement aussi à minimiser la coopération avec la Chine dans la construction d’infrastructures et les chaînes d’approvisionnement via le cadre de l’OTAN.

Washington, notamment sous l’ancien président américain Donald Trump, a longtemps fait pression sur les pays européens et autres pour qu’ils excluent les technologies chinoises, comme l’équipementier télécoms chinois Huawei des réseaux 5 G.

«  L’administration Trump mettait l’UE dans une position où on lui demandait d’accepter une politique “l’Amérique d’abord, et contre la Chine”, mais cela n’a pas bien fonctionné pour Washington  », a déclaré M. Lété.

«  L’administration Biden est plus nuancée, elle comprend que les Européens ont leur propre relation avec Pékin, mais elle fait néanmoins pression sur les capitales européennes pour qu’elles répondent aux préoccupations sécuritaires qui émergent de la Chine, cela met les Européens dans une position beaucoup plus confortable pour envisager publiquement un alignement transatlantique concernant la Chine  », a-t-il ajouté.

Allemagne : réduire les dépendances de la chaîne d’approvisionnement

«  Un durcissement de la position de l’OTAN et de l’UE vis-à-vis de la Chine reflète généralement une tendance similaire en Allemagne  », a déclaré à EURACTIV Tim Rühlig, chargé de recherche au Conseil allemand des relations extérieures (DGAP).

Le gouvernement allemand travaille actuellement sur une nouvelle stratégie à l’égard de la Chine, qui exposera très probablement cette approche plus critique, en abordant les dépendances de la chaîne d’approvisionnement, notamment au regard des récentes situations de dépendance critique vis-à-vis de la Russie dans le secteur de l’énergie, a expliqué M. Rühlig.

«  Ce qui reste contesté, cependant, c’est le degré, la vitesse et la méthode de désenchevêtrement  », a déclaré M. Rühlig, ajoutant que tant dans les cercles économiques que politiques de l’Allemagne, il y aurait des positions différentes.

Selon l’expert allemand, cela serait particulièrement visible dans le puissant secteur automobile du pays, où la Chine est un marché d’importation et d’exportation essentiel pour l’Allemagne.

«  Étant donné que la Chine est un acteur majeur de l’e-mobilité, la Chine passe dans les années à venir d’un statut de marché à celui de concurrent pour l’industrie automobile allemande  », a déclaré M. Rühlig.

>> Lire aussi : Allemagne : la décision du Parlement européen d’interdire les véhicules polluants en 2035 critiquée.

«  Réduire les dépendances critiques vis-à-vis de la Chine est plus difficile et prendra plus de temps que de se découpler de la Russie, mais le consensus selon lequel nous devons réduire les dépendances et adopter une approche plus critique ne cesse de croître.  »

France : filtrer les investissements étrangers

Parallèlement, en France, après l’entrée en fonction du président français Emmanuel Macron en 2017, des appels ont été lancés en faveur d’une plus grande restriction des investissements chinois, d’une plus grande prudence et de la création d’une stratégie industrielle qui, à terme, élimine les intrants chinois.

Bien qu’il n’y ait jamais eu de référence directe à la Chine, celle-ci est au cœur de la stratégie industrielle de la France. La crise d’approvisionnement en masques lors de la pandémie de Covid-19 et celle des semi-conducteurs l’ont bien montré.

«  L’approche du gouvernement français à l’égard de la Chine est celle de la réduction des risques, notamment en ce qui concerne les transferts de technologie et les investissements directs à l’étrangers  », explique à EURACTIV France Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie à l’Institut Montaigne.

«  L’approche française est officiellement agnostique à l’égard des pays, même si elle est fortement éclairée par les réalités de la puissance économique chinoise  », a ajouté Mathieu Duchâtel.

En ce sens, la France a été un acteur crucial pour que le règlement européen établissant un cadre pour le filtrage des investissements directs à l’étrangers soit convenu en 2020.

Il en va de même pour la loi PACTE de 2019, qui renforce les efforts du gouvernement en matière de filtrage des investissements directs a l’étrangers et encourage les entreprises françaises à vérifier l’ensemble de leurs chaînes d’approvisionnement.

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