La cybersécurité, source d’opportunités commerciales et de tensions

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ÉDITION SPÉCIALE / La Commission européenne souhaite de nouvelles règles en matière de cybersécurité en vue de stimuler la croissance industrielle en faisant de l’Europe une vitrine de produits de sécurité lucratifs. L’utilisation de la cybersécurité comme un prétexte pour le protectionnisme entrave cependant les échanges commerciaux.

La Commission européenne a lancé le mois dernier sa stratégie globale en matière de cybersécurité qui comprend des mesures visant à garantir l’harmonisation des systèmes de sécurité des réseaux et de l’information au sein de l'UE.

Alors que des consultations étaient en cours à ce sujet en juin 2012, l'exécutif européen a lancé en même temps un plan d’action pour le secteur de la sécurité.

Ce programme vise à inciter le secteur à rester en Europe et à poursuivre la fabrication de produits de sécurité de haute qualité.

Le plan d’action de la Commission inclut des propositions d’harmonisation des normes et des procédures d’octroi des certificats pour les technologies de sécurité et d'exploitation des synergies entre la sécurité et la recherche en matière de défense.

Le mois prochain, l'exécutif européen organisera dans le cadre de cette stratégie des ateliers à Ispra, Varsovie et Édimbourg afin d'établir des feuilles de route pour la normalisation dans le secteur général de la sécurité.

L'actuel marché fragmenté affaiblit la compétitivité du secteur de la sécurité en Europe, a déclaré le vice-président de la Commission en charge des entreprises et de l'entrepreneuriat, Antonio Tajani.

Il a expliqué que l'absence d'une « marque européenne » posait problème, dans la mesure où les futurs grands marchés pour ces technologies de la sécurité ne seraient pas situés en Europe, mais bien dans les pays émergents.

Normalisation en cours

Des négociations en coulisse sont en cours en vue de convenir aussi de la normalisation dans le domaine de la cybersécurité dans le cadre de cette stratégie, selon des sources du secteur.

Selon certaines estimations, la valeur du secteur de la sécurité de l'UE oscillerait entre 26 et 36,5 milliards d'euros et ce dernier emploie 180 000 travailleurs. Il comprend la production de services de renseignements pour la lutte contre le terrorisme et des produits de gestion de crise, qui incluent tous deux des éléments liés à la cybersécurité.

Les entreprises européennes jouent toujours un rôle prépondérant à l'échelle mondiale dans la majorité des segments du marché du secteur de la sécurité.

La stratégie de la Commission vise également à renforcer la coopération entre les secteurs public et privé, à encourager le développement des partenariats public-privé et à tirer profit d'autres initiatives, telles que le partenariat public privé européen pour la résilience (EP3R).

Accord entre le Royaume-Uni et l'Inde sur la cybersécurité

Dans le même temps, la cybersécurité demeure un thème central dans les négociations commerciales entre les États membres et l'exécutif européen.

Un accord signé le mois dernier (25 février) entre le Royaume-Uni et l'Inde ouvre la voie à une coopération plus étroite entre les deux pays dans le domaine de la cybersécurité, dont la création d'un groupe de travail commun en vue d'échanger des informations sur l'identification et la lutte contre les menaces.

Outre la coopération entre le monde universitaire et le secteur de la sécurité, l'accord annonçait toutefois un plus grand recours à la délocalisation et à la sous-traitance des activités britanniques liées aux technologies de la communication et de l'information (TIC) vers l'Inde en vue de faciliter les échanges commerciaux entre les deux nations.

La cybersécurité entrave cependant aussi le commerce. Les pouvoirs publics américains ont gelé des contrats publics avec des entreprises chinoises pour des raisons de sécurité nationale, dont les détails restent vagues.

>> Lire : L’UE reporte une enquête sur les entreprises chinoises de télécommunication en raison de cyberespionnage

Dans le même temps, Hibernia, un fournisseur de câbles de réseau, aurait retardé ses travaux sur un nouveau câble sous-marin transatlantique, Project Express, pour des raisons de cybersécurité.

Les fournisseurs américains ont déclaré qu'ils ne seraient pas en mesure d'utiliser le réseau, car ils craignent de perdre des contrats avec leurs clients du gouvernement fédéral étant donné qu'Hibernia collaborait avec des entreprises chinoises.

Wout van Wijk, responsable des affaires publiques de l'UE pour l'entreprise technologique chinoise Huawei, a indiqué : « Huawei a remarqué la demande croissante en produits de haute sécurité en Europe et nous soutenons l'appel de la Commission européenne en vue de stimuler ce marché. Nous pensons fermement que toutes les parties du secteur des TIC devraient s'engager dans la construction d'un système d'assurance en matière de cybersécurité. En ce sens, nous avons mis en place un système contrôlable, durable et fiable qui intègre les exigences de sécurité dans les procédures commerciales internes. » Huawei s'est également pleinement engagé à partager son expérience dans des projets de R&D en matière de cybersécurité et à développer de technologies plus sures et plus résistantes qui protègent les entreprises et les citoyens européens.

Luigi Gambardella, le président du Conseil exécutif de l’association européenne des exploitants de réseaux de télécommunications (ETNO), a déclaré : « Des initiatives comme le programme Horizon 2020 démontrent l'engagement de l'UE à encourager le marché de la cybersécurité et l'approfondissement des connaissances grâce à la recherche et au développement [R&D].

« La sécurité est une priorité absolue pour les membres de l'ETNO et joue un rôle important dans l'adoption de l'Internet par les consommateurs. L'ETNO accueille favorablement cette nouvelle directive qui reconnaît l'importance de la sécurité à travers l'ensemble de la chaîne de valeur. L'ETNO est convaincue que l’extension des exigences en matière de sécurité à tous les acteurs d'Internet est essentielle en vue de mettre en place des règles équitables et de garantir que tous les fournisseurs de services aux citoyens de l'UE soient soumis aux mêmes exigences. » 

Au cours des dix dernières années, le marché mondial de la sécurité a été multiplié par dix, passant d'une valeur de 10 milliards à quelque 100 milliards d'euros en 2011 avec un chiffre d'affaires d'environ 30 milliards d'euros au sein de l'UE.

La Commission craint que les entreprises européennes ne perdent des parts de marché mondial au cours des prochaines années si aucune mesure n'est prise pour renforcer leur compétitivité.

Aux États-Unis, grâce à un cadre juridique harmonisé et à un marché intérieur solide, les entreprises de sécurité restent à la pointe. Le marché intérieur de l'UE reste en revanche très fragmenté, divisé par les frontières nationales et parfois même régionales.

La sécurité, l'un des domaines politiques les plus sensibles, est un secteur pour lequel les États membres de l'UE rechignent à céder leurs prérogatives nationales.

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