La médiation internationale échoue en Égypte

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La crise politique en Égypte s’intensifie après l’échec des efforts de médiation de l’UE et des États-Unis. Le gouvernement militaire a de nouveau menacé de prendre des mesures contre les partisans du président déchu, Mohamed Morsi.

Les deux camps ont appelé leurs partisans à manifester le 8 août. Les défenseurs de Mohamed Morsi ont érigé sur deux sites du Caire des barricades de briques et de sacs de sable, en vue d'une intervention des forces de sécurité.

Dans un message prononcé à l'occasion de la fête de l'Aïd el Fitr, qui marque la fin du ramadan, le président par intérim, Adli Mansour, a reconnu que l'Égypte était désormais dans une situation critique. Le gouvernement par intérim poursuivra avec son propre plan, à savoir la tenue d'élections dans neuf mois.

« Le train de l'avenir est parti […] et tous ceux qui se ne rendent pas compte de ce moment doivent assumer les responsabilités de leur décision », a ajouté M. Mansour.

Bernardino Léon, l'envoyé de l'UE, est resté au Caire avec le maigre espoir de relancer la médiation. Son homologue américain, William Burns, a quitté le pays après plusieurs jours de négociation d'un compromis entre le gouvernement et les Frères musulmans de Mohamed Morsi.

Bruxelles et Washington se disent toutefois très inquiets que les parties égyptiennes n'aient pas réussi à résoudre une impasse qualifiée de dangereuse.

Les craintes de l'UE et des États-Unis

« Cela reste une situation très fragile, car elle contient non seulement le risque de davantage d'effusion de sang et de polarisation […], mais entrave aussi la reprise économique, essentielle pour une transition réussie de l'Égypte », ont écrit dans un communiqué commun John Kerry, secrétaire d'État américain, et Catherine Ashton, haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères.

Le 3 juillet, l'armée a renversé Mohamed Morsi, le premier président égyptien élu démocratiquement. L'intervention des généraux était consécutive à de vastes manifestations contre son régime.

M. Morsi et les dirigeants de son parti des Frères musulmans ont été arrêtés et placés en détention. Des milliers de partisans ont cependant manifesté pour exiger sa restauration.

Depuis le renversement du président, les violences politiques ont fait près de 300 morts, dont au moins 80 partisans de M. Morsi tués le 27 juillet par les forces de sécurité.

M. Mansour tient les Frères musulmans responsables de l'échec de la médiation internationale et de la violence qui en résulterait. Le premier ministre par intérim, Hazem el Beblaoui a accusé, quant à lui, les manifestants d'incitation à la violence. Il a prévenu que l'armée répondrait de manière déterminée et avec une force maximale à tout acte violent.

Gehad el Haddad, porte-parole des Frères musulmans, a déclaré à Reuters : « Cela signifie qu'ils se préparent à un plus grand massacre encore. Ils devraient nous envoyer des signaux positifs, pas des balles réelles. »

Le ministre néerlandais des affaires étrangères, Frans Timmermans, s'est rendu au Caire lorsque la crise s'est produite. Il a déclaré avoir vu la confrontation s'aggraver. « Plus de gens descendront dans la rue pour manifester et la tendance des formes armées à la répression augmentera », a-t-il déclaré à l'agence de presse Reuters. « Je pense donc qu'il faut s'inquiéter des prochains jours et des prochaines semaines. »

Dans un communiqué conjoint du 7 août, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, et le secrétaire d'État américain, John Kerry, ont déclaré :

« Alors que d'autres affrontements violents ont été évités jusqu'à maintenant, nous sommes toujours préoccupés et nous inquiétons du fait que le gouvernement et les dirigeants de l'opposition ne soient pas parvenus à trouver une issue pour sortir de l'impasse dangereuse, et à accepter de mettre en place des mesures concrètes pour construire la confiance. Le gouvernement égyptien a une responsabilité particulière dans. la sécurité et le bien-être de ses citoyens La situation reste très fragile, car elle contient non seulement le risque de davantage d'effusion de sang et de polarisation [...], mais entrave aussi la reprise économique, essentielle pour une transition réussie de l'Égypte. Ce n'est pas le moment de porter des accusations, mais de prendre des mesures qui peuvent faciliter le lancement d'un dialogue et faire avancer la transition.

« Nous restons disposés à apporter notre aide de toutes les manières possibles. Alors que la fête de l'Aïd el Fitr approche, le moment du leadership, de la vision et de la magnanimité est venu ; un moment rassembleur au cours duquel les Égyptiens devraient examiner les enjeux et les bénéfices d'une véritable réconciliation. Seuls les Égyptiens peuvent faire ces choix [...] qui ne sont pas faciles. Mais s'ils peuvent les faire, ils trouveront des partenaires déterminés en Europe et en Amérique. »

Mohamed Morsi a été renversé parce que certains craignaient qu'il ne tente d'établir une autocratie islamiste. En outre, il n'est pas parvenu à résoudre les difficultés économiques qui touchent la plupart des 84 millions d'Égyptiens.

L'armée estime avoir agi sous l'impulsion de la population. Elle a établi son propre plan de transition pour de nouvelles élections, rejeté par les Frères musulmans.

Hamdeen Sabahi, troisième lors de l'élection présidentielle de l'année dernière, a déclaré que les islamistes refusaient la réalité.

L'Égypte est le pays arabe le plus peuplé, un bouclier dans la politique des États-Unis sur le Moyen-Orient. La paix est fragile entre l'Égypte et Israël.

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