La nouvelle ministre allemande de l’Environnement fait ses débuts à Bruxelles

À Bruxelles, Mme Lemke a indiqué que son ministère se concentrera sur la protection des forêts et l’atténuation de l’impact social des prix élevés de l’énergie et de la transition écologique. [CLEMENS BILAN/EPA]

Steffi Lemke a fait ses débuts à Bruxelles, ce lundi (20 décembre), lors d’une réunion du Conseil «Environnement » de l’UE, secondée par le haut fonctionnaire Patrick Graichen qui a pris la parole dans le cadre des discussions relatives au paquet climat de l’UE.

Cette répartition des tâches met en évidence la nouvelle structure du gouvernement allemand, où le parti des Verts occupe cinq postes ministériels.

Outre le ministère de l’Environnement dirigé par l’élue de gauche Steffi Lemke, les Verts ont placé Cem Özdemir à la tête du ministère de l’Agriculture, tandis que le vice-chancelier Robert Habeck supervise la position de l’Allemagne en matière d’Économie, d’Énergie et de Changement climatique. La candidate des Verts à la chancellerie, Annalena Baerbock, occupe finalement le poste de ministre des Affaires étrangères, et Anne Spiegel est en charge du ministère de la Famille.

À Bruxelles, Mme Lemke a clairement indiqué que son ministère se concentrera sur la protection des forêts et l’atténuation de l’impact social des prix élevés de l’énergie et de la transition écologique.

« La protection des forêts est absolument cruciale pour atteindre les objectifs de protection du climat, mais aussi les objectifs de biodiversité », a déclaré Mme Lemke aux journalistes avant sa toute première réunion ministérielle à Bruxelles le 20 décembre.

Selon Mme Lemke, les crises du climat et de la biodiversité doivent être abordées ensemble. « Il est clair que ces deux crises doivent être résolues. Personne ne gagne à jouer l’une contre l’autre », a-t-elle expliqué, tout en reconnaissant que le développement des énergies renouvelables pouvait créer des problèmes environnementaux.

Toutefois, Mme Lemke a fait savoir que ces obstacles pouvaient être surmontés. Par exemple, les éoliennes pourraient être autorisées dans des zones boisées ayant précédemment brûlé ou dans les forêts de monoculture, a-t-elle déclaré au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, comme le rapporte CLEW.

L’expansion de l’éolien offshore allemand nécessitera un effort considérable, selon Robert Habeck

Alors qu’Olaf Scholz a été confirmé comme nouveau chancelier allemand mercredi 8 décembre, son second, Robert Habeck, doit relever un défi de taille : donner le coup d’envoi d’une ambitieuse et rapide expansion des énergies renouvelables.

En ce qui concerne l’agriculture, Mme Lemke a adopté une approche prudente, apparemment soucieuse de ne pas marcher sur les plates-bandes de M. Özdemir. « Nous savons aussi que l’agriculture industrielle est la plus grande menace pour la biodiversité », a-t-elle déclaré, ajoutant aussitôt que « personne ne dirait : alors nous allons arrêter l’agriculture. »

Selon Mme Lemke, le stockage du CO2 dans des écosystèmes fonctionnels est un autre exemple de combinaison de la protection du climat et de la nature. « Nous renaturaliserons les tourbières, créerons davantage de forêts naturelles, stockerons davantage d’eau à titre de précaution contre les sécheresses, et, ainsi, nous protégerons et renforcerons la biodiversité. »

La politique climatique, compétence du vice-chancelier

Mais comme le climat n’est plus une compétence attribuée à son ministère, Mme Lemke était accompagnée par Patrick Graichen, un haut fonctionnaire représentant le vice-chancelier Robert Habeck dont les questions climatiques relèvent de sa compétence, dans le cadre des discussions sur les propositions législatives de l’UE en matière de climat, le paquet « Fit for 55 ».

M. Graichen, ancien chef du think tank sur l’environnement Agora Energiewende, a ainsi confirmé son rôle d’interlocuteur du vice-chancelier pour les négociations sur le climat à Bruxelles, où il a réitéré nombre de ses positions.

Compte tenu de sa transition de chef de think tank à fonctionnaire de haut niveau, le document publié par Agora Energiewende en août 2021 pour le nouveau gouvernement mérite un coup d’oeil.

« Le nouveau gouvernement fédéral a pour mission de contribuer à façonner les dossiers [Fit for 55] par un positionnement ambitieux afin qu’ils assurent une protection climatique rapide et efficace », écrivait alors le think-tank.

Le point de vue de M. Graichen semble être resté largement inchangé : « De notre point de vue, il est important que nous créions rapidement une sécurité de planification pour la protection du climat », a-t-il déclaré avant la réunion de ce 20 décembre. « Nous devrions donc progresser autant que possible dans les négociations sur les dossiers “Fit for 55” au cours des six prochains mois. »

Il a également énuméré les quatre principales priorités de l’Allemagne pour les prochaines négociations sur les lois climatiques de l’Union :

  • Tout d’abord, un engagement fort en faveur du marché européen du carbone, le système d’échange de quotas d’émission (Emission Trading Scheme, ETS), pour lequel il a proposé un prix minimum de 60 euros par tonne. Il a également déclaré que l’Allemagne était favorable à la création d’un ETS distinct pour le transport routier et les bâtiments.
  • Ensuite, il a souligné les préoccupations de l’Allemagne concernant le mécanisme d’ajustement aux frontières du carbone (CBAM) proposé par la Commission européenne. La proposition actuelle ne fournirait pas de solution pour les exportations, a-t-il expliqué, tout en soulignant la nécessaire compatibilité du système avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
  • Troisièmement, il serait essentiel de veiller à ce que la transition vers l’abandon des combustibles fossiles soit « équitable et sociale » pour assurer le succès du programme « Fit for 55 ».
  • Quatrièmement, « nous avons besoin que le règlement sur les véhicules personnels soit conclu », a-t-il déclaré, notant que l’Allemagne vise à ce qu’un tiers de son parc automobile soit électrique d’ici 2030.

L’Allemagne « négociera dans ce sens », a déclaré M. Graichen.

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