La Norvège invite l’UE à mettre à jour ses « perceptions cartographiques »

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L'Arctique est en train de devenir un nouveau centre géopolitique. L'UE et le reste du monde doivent mettre à jour leurs « perceptions cartographiques », a déclaré le ministre norvégien des affaires étrangères, Jonas Gahr Støre.

La Norvège soutient la candidature de l'UE pour le statut d'observateur permanent au sein du Conseil de l'Arctique, a déclaré le diplomate hier (22 mars) lors d'une conférence organisée par le groupe de réflexion European Policy Centre (EPC).

La Norvège avait mené ses négociations d'adhésion à la Communauté européenne de l'époque, mais les Norvégiens ont voté contre leur adhésion en 1972 et en 1994.

Cette fois-ci, c'est l'UE qui souhaite rejoindre une organisation basée en Norvège. Le Conseil de l'Arctique est un forum intergouvernemental de haut niveau qui traite les questions liées à la gestion de l'Arctique et aux populations de la région.

Le Canada, le Danemark (y compris le Groenland et les îles Féroé), la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Russie, la Suède et les Etats-Unis sont membres de ce forum.

Les observateurs permanents sont au nombre de six et sont tous des pays de l'UE : l'Allemagne, l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Pologne. Le secrétariat du Conseil de l'Arctique est situé dans le Fram Centre à Tromsø en Norvège.

Comment gérer l'intérêt que suscite l'Arctique ?

« Le défi du Conseil de l'Arctique il y a 10 ans était que personne ne savait ce que c'était. Aujourd'hui, le défi est de gérer l'intérêt qu'il suscite », a expliqué M. Støre.

Le ministre a affirmé que de nombreux pays tentaient d'obtenir le statut d'observateur permanent, mais que la sélection s'opérerait en fonction de la capacité des pays à s'engager dans les domaines d'activité du forum, dont la gestion de l'environnement.

M. Støre a expliqué que la Norvège n'avait pas d'autre choix que d'être à la pointe sur toutes les questions liées à l'avenir du Grand Nord, dans le contexte du changement climatique. Les calottes glacières fondent, de nouvelles routes maritimes s'ouvrent et de nouvelles opportunités d'accès aux ressources de l'Arctique, ce qui représente un enjeu important.

Le Grand Nord n'est pas le nouveau centre géopolitique, mais les transports, les ressources qu'il contient et sa nouvelle dimension géopolitique sont à prendre en compte.

Le ministre a cité l'exemple de l'archipel du Svalbard où la glace est en train de fondre.

Cet hiver, les températures y étaient 10 à 15°C plus élevées que la normale et « le plus intéressant, c'est ce que nous ne voyons pas : il n'y a pas de glace dans les fjords », a-t-il précisé.

Il a souligné que les recherches menées à Svalbard sur le changement climatique auraient des implications à l'échelle mondiale. Le dernier rapport sur le changement climatique publié par le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat s'inspire beaucoup des connaissances qui découlent de l'exploration de l'Arctique.

La haute représentante de l'UE, Catherine Ashton, a récemment visité un ancien site minier à Ny-Alesund qui est aujourd'hui utilisé comme un centre de recherches, a-t-il déclaré. La Chine, le Japon, la République de Corée et l'Inde disposent tous d'unités de recherche à Svalbard. Une station franco-allemande est également installée dans l'archipel.

« High North, low tension »

Le gouvernement norvégien a utilisé le slogan « High North, low tension » pour promouvoir le succès des relations internationales après la guerre froide.

M. Støre s'est montré positif quant à la récente résolution des problèmes entre son pays et la Russie : la Norvège et la Russie ont en effet résolu un contentieux territorial qui durait depuis 40 ans à propos de l'océan Arctique et de la mer de Barents en divisant les 175 000 kilomètres carrés concernés en deux.

« La Norvège et la Russie peuvent aujourd'hui dire que leur frontière était terrestre en 1826 et qu'elle est maritime aujourd'hui », a-t-il expliqué.

Les deux pays ont également conclu un accord sur le cabillaud de l'Arctique. M. Støre a déclaré que l'une des ressources les plus précieuses au monde, si mesurée au kilo, était une enzyme renfermée dans le foie des cabillauds. « Nous ne le savions pas il y a 10 ou 15 ans et nous devons gérer cette question de manière appropriée », a-t-il affirmé.

Lorsqu'en 1990, la frontière entre la Norvège et la Russie s'est ouverte, il y avait 5000 à 8000 passages frontaliers par an. Aujourd'hui, 20 entreprises norvégiennes sont basées à Mourmansk, de l'autre côté de la frontière, et il y a eu plus de 200 000 passages frontaliers l'an dernier, a-t-il précisé.

« Nul besoin de me rappeler les défis auxquels nous sommes confrontés, la Russie reste secrète, c'est difficile de gérer cette situation, mais on avance dans la bonne direction et nous devons saisir cette opportunité », a-t-il expliqué.

Il a ajouté que ceux qui véhiculaient le message qu'une compétition était lancée pour la domination de l'Arctique avaient tort, car la règle du premier arrivé premier servi ne s'appliquait pas pour la gestion des ressources. Il a expliqué que le Parlement européen lui avait demandé quelles seraient les conséquences si la Russie plantait son drapeau au Pôle Nord.

« J'ai répondu à cette question. Un Norvégien [Roald Amundsen] a planté un drapeau au Pôle Sud en 1911, le Pôle Sud n'est pas devenu norvégien pour autant. »

De nombreuses entreprises tentent de s'assurer une place de premier choix pour le forage dans l'Arctique, mais il n'y a aucune compétition entre les pays pour conquérir cette terre, a-t-il affirmé.

Qui dépend de qui ?

Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le fait que la Norvège fournisse 20 % du gaz de l'UE et assure un tiers de l'approvisionnement en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne rendait l'Union dépendante vis-à-vis de son pays, il a répondu : « Il faut prendre le problème dans l'autre sens : nous exportons près de 100 % de notre gaz vers l'Europe, donc qui dépend le plus de l'autre ? »

« Si l'Europe entame sa révolution en matière d'énergies renouvelables en se fondant sur le fait qu'il existe des réserves de gaz permanentes et sûres, le gaz étant le carburant fossile le moins néfaste, alors nous avons besoin de définir des perspectives à long terme à ce sujet », a-t-il déclaré, relayant des propos similaires tenus par des fonctionnaires russes.

 

La région Arctique riche en ressources est au coeur des débats, dans la mesure où le changement climatique menace de nombreuses espèces de la faune et de la flore locales tout en facilitant la navigation.  Près de 25 % des ressources inexploitées de pétrole et de gaz pourraient se trouver dans cette région, selon la US Geological Survey.

 

Le Pôle Nord et la région Arctique qui l'entoure n'appartiennent à aucun pays. Les Etats voisins de l'Arctique (le Canada, le Danemark avec le Groenland, les Etats-Unis, la Norvège la Russie) disposent d'une zone économique de 200 milles nautiques le long de leurs côtes.

 

En août 2007, un brise-glace russe a atteint le Pôle Nord et un petit sous-marin a lancé une bulle de titane contenant un drapeau russe au fond de l'océan. Cette opération a été largement interprétée comme un plan belliqueux des Russes pour revendiquer les fonds marins du Pôle Nord et ses ressources.

 

La Norvège couvre entre 10 et 18 % de la demande en pétrole de l'UE et près de 20 % de sa demande en gaz naturel. Le pays, membre de l'Espace économique européen depuis 1994, est le troisième exportateur mondial de pétrole et de gaz après l'Arabie saoudite et la Russie.

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