La plupart des demandeurs d’asile dans l’UE viennent d’Afghanistan

immigration.jpg

La plupart des demandeurs d'asile dans l'Union européenne en 2011 arrivaient d'Afghanistan, selon un nouveau rapport de l'UE publié mardi (10 juillet).

 

Le rapport du Bureau européen d'appui en matière d'asile (BEAA) a révélé qu'en 2011, 28 000 Afghans avaient introduit une demande d'asile dans l'UE. Il s'agit d'un nombre record depuis le début de la guerre.

 

Le directeur exécutif du BEAA, Robert K. Visser, a expliqué que les Afghans étaient de loin les plus nombreux à demander l'asile dans l'UE. Ils représentent 9 % de toutes les demandes et dans 17 pays de l'Union, ils font partie des trois nationalités les plus demandeuses.

 

Les Afghans sont suivis des Russes et des Pakistanais avec 18 000 et 15 000 demandes respectivement en 2011. L'UE accueille chaque année plus de demandeurs d'asile que toute autre région du globe. Quelque 44 % des demandes lui sont envoyées.

 

M. Visser a déclaré qu'il espérait que ce rapport détaille, intitulé « Afghanistan: Taliban Strategies – Recruitment », contribuerait à la qualité des décisions prises dans ce domaine au sein de l'UE.

 

Il a qualifié le premier rapport de l'UE sur un pays d'origine de « très pertinent en ce moment ».

 

La commission des libertés civiles du Parlement européen a voté mardi (10 juillet) sur une résolution relative à un système permanent pour la réinstallation des réfugiés dans l'UE. L'objectif est de renforcer la solidarité entre les Etats membres.

 

Les eurodéputés ont également réclamé plus de financements, un système de traitement conjoint des demandes et un plus grand rôle pour le BEAA. Le Parlement attend à présent les propositions législatives de la Commission sur un mécanisme permanent de réinstallation.

 

Le système d'asile de l'UE a récemment été sous le feu des critiques lorsqu'en mars, le haut commissaire de l'ONU aux réfugiés, António Guterres, l'a qualifié d'extrêmement dysfonctionnel, citant le manque de cohérence des politiques.

 

M. Guterres a même été jusqu'à affirmer à EURACTIV qu’il n’existait pas réellement de système d’asile dans l’UE.

 

Il a cité l'Afghanistan en exemple pour démontrer le manque de cohésion de l'UE sur la politique d'asile, dans la mesure où, en fonction du pays, un demandeur afghan avait entre 9 et 91 % de chance d'être accepté l'année dernière.

 

M. Visser a expliqué que le taux de refus moyen était de 55 % pour les Afghans, avec un écart type d'environ 28 % entre les pays de l'UE. C'est la raison pour laquelle l'Afghanistan a été choisi comme cible de ce nouveau rapport.

 

Le nouveau responsable de l'asile dans l'UE a affirmé qu'il espérait que la transparence de la méthodologie de ce rapport contribuerait aux processus de prise de décision à l'échelle de l'UE.

 

M. Visser a expliqué qu'il ne pouvait prévoir si les demandes d'asile en provenance d'Afghanistan augmenteraient ou non dans les années à venir, notamment après le retrait prévu des troupes militaires européennes et américaines du pays en 2014. Il a ajouté que l'objectif du rapport n'était pas de se projeter dans le futur.

 

Motivation

 

Ce rapport a souligné la crainte du recrutement par les talibans et d'autres groupes d'insurgés comme l'une des raisons des demandes d'asile. Parmi les sujets abordés avec les travailleurs sociaux se retrouvent souvent les madrassas (écoles religieuses), les « night letters » [prospectus clandestins], les attentats suicides, les enlèvements, les camps d'entraînement, les problèmes ethniques et la coercition par la famille ou d'autres membres de la communauté.

 

M. Visser a déclaré que le recrutement par les talibans s'opérait surtout au niveau local, malgré leurs origines pachtounes, il ne se limitait pas à une ethnie.

 

Le responsable européen de l'asile a affirmé que les recrutements forcés restaient exceptionnels, mais que cela ne prenait pas en compte les motivations complexes sur le plan psychologique ou familial.

Réactions

 

Le Conseil européen sur les réfugiés et les exilés estime que les lois adoptées jusqu'à présent au niveau de l'UE sont inadéquates pour garantir la protection des réfugiés et des demandeurs d'asile. Il affirme que les normes définies sont minimales, qu'elles donnent aux Etats membres l'opportunité d'y déroger et qu'elles n'impliquent pas les garde-fous nécessaires. Il a expliqué que le respect absolu du droit de demander l'asile, promis à Tampere n'était pas respecté.

 

Amnesty International milite pour l'application de la Convention de Genève de 1951 sur le statut des réfugiés et s'inquiète que certains pays de l'UE déportent des réfugiés dans des situations où leur vie en danger.

 

Le Réseau européen contre le racisme a souligné que les immigrés en Europe étaient particulièrement susceptibles de se retrouver à la rue et qu'il était nécessaire de prendre des mesures à l'échelle de l'UE pour régler ce problème.

 

Une résolution adoptée par la commission des libertés civiles du Parlement européen le 10 juillet dernier appelle à l'instauration d'un système permanent pour la réinstallation des personnes ayant droit à une protection internationale au sein de l'Union européenne. Cette résolution réclame en outre un système de traitement conjoint des demandes et un plus grand rôle pour le Bureau européen d'appui en matière d'asile (BEAA) en vue de promouvoir la coopération entre les pays de l'UE.

 

Dans un communiqué après le vote de la commission, le rapporteur Kyriacos Triantaphyllides originaire de Chypre a déclaré : « Nous avons envoyé un signal fort à la Commission et aux Etats membres sur notre conception de la solidarité en matière d'asile, à travers des propositions concrètes pour traduire ce principe en action. Notre message est clair. A présent, la balle est dans le camp de la Commission. Nous attendons d'elle des propositions législatives, car il est temps de changer la logique du régime d'asile européen commun afin de le fonder sur une solidarité véritable et efficace et sur un partage juste des responsabilités. » 

Contexte

 

Les programmes nationaux de contrôle de l'immigration dans les Etats membres de l'UE existent depuis des décennies, mais ce n'est qu'en octobre 1999 que des initiatives ont été prises en faveur d'une politique européenne commune en matière d'asile et d'immigration lors du sommet de Tampere. Les résultats du programme de Tampere ont été publiés lors de son expiration en mai 2004. La poursuite de cette initiative a été décidée lors du Conseil européen de novembre 2004 et est connue sous le nom de « Programme de La Haye », un plan sur cinq ans visant à faire de l'UE une zone de liberté, de sécurité et de justice.

 

En septembre 2005, la Commission a adopté un nouveau paquet de mesures sur l'immigration et l'asile, dont une proposition de directive sur des normes communes pour le rapatriement et trois communications sur l'intégration, les programmes de protection régionaux, la migration et le développement.

 

En 2008, l'UE a finalisé un pacte sur l'immigration européenne en vue de trouver un équilibre entre les appels à des contrôles plus stricts des flux migratoires en provenance des pays en développement et les droits humains des demandeurs d'asile.

Plus d'information

 

Documents officiels de l'UE

Presse

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.