La Russie compte sur ses « amis » européens pour éviter d’autres sanctions

Affiche représentant Vladimir Poutine. Madrid, 2008. [David/'Dangerous Putin'. Madrid, 2008]

La Russie met les bouchées doubles afin de consolider les liens avec les forces et les gouvernements européens, partisans de Moscou pour des raisons historiques et économiques. Un article du réseau EURACTIV.

La visite du président russe en Autriche quelques jours avant la tenue du sommet européen des 26 et 27 juin a fortement déplu à certains États membres, alors que la question de nouvelles sanctions contre Moscou en cas d’inaction du gouvernement russe pour apaiser le conflit dans l’est de l’Ukraine est sur la table.

Bon nombre d’États membres craignent cependant que des antagonismes naissent entre eux et leur principal fournisseur en énergie, et redoutent une vengeance de la part de la Russie en cas de sanctions.

Jusqu’à présent, l’UE a introduit des sanctions limitées à l’encontre de 61 personnes en Russie et en Ukraine, dont le gel d’actifs et l’interdiction d’octroi de visa. Deux compagnies d’énergie en Crimée, rachetées par Moscou, font aussi l’objet de sanctions. Pour l’heure, il semble très improbable que les États membres choisissent de passer à la troisième phase de sanctions qui vise l’économie russe.    

Plusieurs États européens ont pourtant plaidé en faveur d’un renforcement des sanctions : le Danemark, l’Estonie, la France, la Grande-Bretagne, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, la République tchèque et la Suède. À l’inverse, l’Autriche, la Bulgarie, Chypre, l’Espagne, la Grèce, l’Italie, le Luxembourg, Malte et le Portugal se montrent plus réticents. 

Dépendance énergétique

À l’occasion de sa mission à Vienne, Gazprom, l’entreprise russe qui détient le monopole de l’exportation de gaz, a signé un accord avec la compagnie énergétique autrichienne OMV. Objectif : construire un tronçon du gazoduc South Stream en Autriche.

L’Italie, le plus grand client du gazoduc South Stream, est à l’origine de mesures visant à soutenir South Stream au nom des pays où il transite. Ce gazoduc traversera l’Autriche, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Hongrie, la Serbie et la Slovénie.

Gazprom prévoit de commencer la construction de South Stream sur le territoire bulgare, même si le chantier a été interrompu étant donné que la Commission s’opposait au projet et qu’elle avait introduit une procédure d’infraction à l’encontre de Sofia. Cette controverse pourrait mener à la chute du gouvernement Stanichev.

En Hongrie, le gouvernement de Viktor Orbán a signé un accord pour un prêt de 10 milliards d’euros avec la Russie en vue de construire deux nouveaux réacteurs nucléaires dans la seule centrale nucléaire nationale dans la ville de Paks. Avec le soutien du parti nationaliste Jobbik, l’opposition de centre-gauche a fermement condamné cette décision qui augmente la dépendance du pays au gaz russe.

Les entreprises russes jouent un rôle important dans le secteur énergétique bulgare. Lukoil détient par ailleurs la seule raffinerie bulgare destinée au traitement du pétrole brut russe. Un certain nombre de projets russes, dont la centrale nucléaire de la ville Belene, font l’objet de discussion.

Pas de fumée sans feu

Les socialistes bulgares ont adopté une résolution contre des sanctions supplémentaires à l’égard de Moscou dans le contexte de la crise ukrainienne. Le document révèle que la Bulgarie ne devrait « pas s’aligner sur la position de n’importe qui », un signe que le pays souhaite s’éloigner de ses alliés de l’UE et de l’OTAN. Sergueï Stanichev cumule deux fonctions : il est le chef du Parti socialiste bulgare (BSP) et le président du Parti socialiste européen (PSE).

La République tchèque fait partie des opposants aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie.

« Ce n’est pas logique de chercher des sanctions qui seraient néfastes pour l’UE et pour la Russie », a indiqué le à EURACTIV République tchèque Tomáš Prouza, le secrétaire d’État tchèque aux affaires européennes.

Selon le premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka, les actes de Moscou en Ukraine sont inacceptables, mais la Russie reste un partenaire commercial important pour les États membres de l’UE.

La Russie est le septième importateur de produits tchèques et a joué ces dernières années un rôle important dans les stratégies du gouvernement en matière d’exportation, principalement par rapport à l’avenir des produits issus de l’ingénierie et de la construction automobile dans le marché russe.

Jan Keller, tête de liste du parti social-démocrate, a ouvertement critiqué le ministre tchèque des Affaires étrangères, Lubomír Zaorálek, membre du même parti, car il a adopté une attitude trop tranchée contre la Russie.

« Je pense que l’UE est bien mieux préparée [à une guerre économique] que la Russie », a-t-il expliqué lors d’un entretien à EURACTIV République tchèque.

La Slovaquie partage ces inquiétudes. Le premier ministre slovaque Robert Fico a publiquement prévenu que les sanctions auraient des conséquences « brutales » et qu’elles pourraient diminuer le taux de croissance du PIB national de 3,1 à 1 %, même si aucune étude ne prouve la véracité de ces chiffres.

Lobbying en puissance

Les entreprises allemandes feraient « pression comme jamais » pour éviter des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Selon les opposants à ces sanctions, le gouvernement allemand n’a pas pu véritablement trouver la force nécessaire pour s’opposer à la Russie, et ce peut-être en raison de l’héritage de la Seconde Guerre mondiale. L’ancien chancelier allemand, Gerard Schröder, travaille actuellement comme haut représentant de Gazprom, une humiliation pour certains.

Gernot Erler, coordinateur spécial de Walter Steinmeier pour la Russie met en avant une politique de « compréhension envers Moscou ».Mais les responsables politiques dans l’opposition ne veulent pas se limiter à la seule « compréhension » des points de vue du Kremlin.

Gabi Zimmer, présidente du groupe de gauche radicale au Parlement européen, a par exemple exprimé à plusieurs reprises son soutien vis-à-vis de la Russie dans le contexte de la crise ukrainienne.

« C’est bien de comprendre la Russie. Ce n’est que par la compréhension et le dialogue que nous pouvons régler les conflits », a-t-elle affirmé.

« L’UE a tout fait de travers ces derniers mois », a-t-elle ajouté. En ce qui concerne l’Ukraine, l’UE a eu tort de presser Victor Ianoukovitch à choisir entre l’Europe et la Russie, a-t-elle expliqué à EURACTIV Allemagne.

Soutien à l’extrême droite

Dans l’ensemble de l’Europe, les partis d’extrême droite soutiennent la politique de Vladimir Poutine en Ukraine. C’est par exemple le cas en Allemagne du Parti national démocrate (NPD), à tendance extrême droite fasciste. Son eurodéputé récemment élu, Udo Voigt, critique l’UE et les États-Unis :« Les deux pays nourrissent le ressentiment à l’égard de la Russie en Ukraine. Après la guerre froide, l’OTAN s’est petit à petit étendu à l’Est de l’Europe. Les États-Unis ont essayé de se rapprocher de la frontière russe.« La patience de la Russie » vis-à-vis des provocations de l’OTAN est « étonnante », selon l’eurodéputé NPD.

Le Front national (FN) est la seule force politique européenne à applaudir la prise de pouvoir russe en Crimée. Marine Le Pen a expliqué à EURACTIV France pendant la campagne des européennes que l’attitude des gouvernements européens à l’égard de l’Ukraine devait être remise en cause étant donné que la Crimée « faisait partie de la Russie sur le plan historique ».

Le FN a toujours défendu ardemment Vladimir Poutine et sa politique. En 2007, Jean-Marie Le Pen avait déjà prévu de tracer une nouvelle frontière pour l’Europe de Brest à Vladivostok, la qualifiant de « continent boréal ».

Le « nouveau » Front national de Marine Le Pen a un point de vue idéologique légèrement différent. Aymeric Chauprade (FN), professeur universitaire devenu eurodéputé a lancé un « appel de Moscou » au sein de la Douma, la chambre basse du Parlement russe. Il a demandé à la Russie de s’opposer à tout droit aux minorités sexuelles.

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Actuellement, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses ont affirmé qu'ils avaient remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. L'Occident estime pour sa part que ce référendum est illégal et illégitime.

Jusqu'à présent, l'UE a introduit des sanctions limitées à l'encontre de 61 personnes en Russie et en Ukraine, dont le gel d'actifs et l'interdiction de visa. Deux compagnies d'énergie en Crimée, rachetées par Moscou, font aussi l'objet de sanctions.

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