La Russie conseille à l’UE de revenir à l’accord du 21 février avec l’Ukraine

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EXCLUSIF / L'ambassadeur russe à Bruxelles, Vladimir Chizhov, a conseillé à l'UE de revenir à un accord signé le 21 février par l'opposition ukrainienne et des ministres européens, prévoyant une réforme constitutionnelle avant la tenue d'élections présidentielles.   

La meilleure manière de surmonter les différends quant à la légitimité du pouvoir en Ukraine serait de revenir à l'accord de paix signé à Kiev le 21 février, a déclaré Vladimir Chizhov quelques heures après une conférence de presse de Vladimir Poutine.

Après la signature de l'accord du 21 février, les manifestants ont déclaré qu'ils poursuivraient leurs actions jusqu'à la démission du président Viktor Ianoukovitch, qui s'enfuyait de Kiev dès le lendemain, laissant le pouvoir vacant. Le président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov, est alors devenu le président par intérim.

Lors de sa conférence de presse, Vladimir Poutine a affirmé que la Russie n'estimait pas légitime l'actuel gouvernement d’Arseni Iatseniouk, mis en place le 26 février. Il a également indiqué que la Russie s'était réservé le droit d'utiliser toutes les options en vue de protéger les compatriotes qui vivaient dans la « terreur » en Ukraine, mais que le recours à la force n'était pas nécessaire pour l'instant.

« Coup d’État anticonstitutionnel »

Le président russe a qualifié les évènements du 22 février de « coup d'État anticonstitutionnel » et de « prise du pouvoir par les armes ». L'Occident estime pour sa part que le gouvernement à Kiev est légitime, même si l'annonce récente des nouvelles autorités ukrainiennes en faveur de la signature d'un accord d'association (AA) lors du sommet européen des 20 et 21 mars a été accueilli avec prudence.

La Russie souligne cependant que l'accord du 21 février permettait d'avoir « un gouvernement d'unité nationale ». Pour l'ambassadeur russe, la population russophone n'est pas représentée dans le gouvernement actuel, qualifié de gouvernement de « gagnants » par Arseni Iatseniouk. Une  définition qui soulève la question de l'identité des perdants.

D’abord une réforme de la Constitution puis des élections

Vladimir Chizov estime que « la bonne manière » d’aplanir les différences entre l’Occident et la Russie serait de revenir à l'accord du 21 février. Il a ajouté que cela devrait être fait « dans l'ordre approprié ». En d'autres termes, une réforme constitutionnelle, comme prévue dans l'accord, devrait d'abord avoir lieu, les élections suivront ensuite ; et non, l'inverse.

Selon l'accord du 21 février, les élections présidentielles seront organisées dès l'adoption d'une nouvelle Constitution, en décembre 2014, au plus tard. Après sa mise en place, le nouveau gouvernement à Kiev a toutefois fixé la date du 25 mai.

Interrogé sur le destin de Viktor Ianoukovitch, acteur important dans le cadre de l'accord du 21 février, le diplomate a répondu : « Laissez-les organiser de véritables élections sans lui. Mais, en suivant la réforme constitutionnelle. Je ne pense pas qu'il présentera sa candidature pour devenir président. »

Vladimir Chizhov a déclaré que la tenue d'élections le 25 mai pourrait être légitime du point de vue russe, mais tout dépendra de la manière dont elles sont organisées.

« Si elles se déroulent sous la pression de gangs extrémistes nationalistes présents à Kiev et dans d'autres régions du pays, elles ne seront évidemment pas légitimes » prévient le diplomate.

Les russophones non représentés au gouvernement

La Russie évoque souvent les extrémistes, les nationalistes et même les fascistes pour se référer aux manifestants d'EuroMaidan.

Vladimir Chizhov a également indiqué que, du point de vue russe, la majorité de la population – et donc des électeurs –   se situe dans l'est et le sud de l'Ukraine et n’est pas représentée au gouvernement.

« Dans toute élection nationale libre et équitable, ce ne sont pas ces personnes occupant à l'heure actuelle les cabinets gouvernementaux à Kiev qui ont une chance de gagner », a-t-il poursuivi en ajoutant que la Russie utiliserait le temps disponible pour être sûr d'obtenir les résultats escomptés.

Quand EURACTIV lui a demandé comment la Russie allait réagir si Arseni Iatseniouk signait l'accord d'association lors du sommet européen organisé demain (6 mars), il a répondu : « J'espère que l'UE fera preuve de suffisamment de prudence pour compter sur un gouvernement plus légitime comme partenaire lors de cette cérémonie de signature ».

Le diplomate russe a aussi assuré que les sanctions éventuelles venant de dirigeants européens le laissaient impassible. Selon lui, le dialogue concernant les visas était déjà de facto gelé et l'UE traînait de toute façon les pieds pour conclure un nouvel accord bilatéral de base avec son pays.

« Certaines mesures éventuelles annoncées lors du Conseil des affaires étrangères d’hier ne semblent pas excessivement impressionnantes. Je dirais même plus qu'elles sont moins ambitieuses que la rhétorique politique qui les entoure », a-t-il déclaré.

Quant à un éventuel boycott du sommet du G8 prévu en juin à Sotchi, Vladimir Chizov a déclaré : « Vous savez, pour la Russie – et c'est mon point de vue personnel, les évènements en Ukraine sont plus importants que ce qu'il se passe avec le sommet du G8 ».

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