La Russie envoie des militaires au Kazakhstan pour réprimer un soulèvement antigouvernemental

Une image fixe tirée d’une vidéo diffusée par le service de presse du ministère russe de la Défense montrant des militaires russes embarquant dans un avion militaire en route pour le Kazakhstan, sur un aérodrome situé à l’extérieur de Moscou, en Russie, le 6 janvier 2022. [EPA-EFE]

Jeudi (6 janvier), la Russie a envoyé des unités de parachutistes au Kazakhstan pour réprimer un soulèvement populaire après que des violences meurtrières se soient propagées dans cet ancien État soviétique étroitement contrôlé.

La police a déclaré avoir tué des dizaines d’émeutiers dans la ville centrale d’Almaty. La télévision d’État a déclaré que 13 membres des forces de sécurité étaient morts, dont deux décapités.

Des journalistes de Reuters à Almaty ont déclaré qu’une résidence présidentielle et le bureau du maire étaient en flammes. Jeudi après-midi, l’aéroport de la ville, saisi plus tôt par les manifestants, était sous le contrôle ferme des militaires. Des voitures calcinées jonchaient les rues.

Jeudi matin, plusieurs véhicules blindés de transport de troupes et des dizaines de soldats ont pénétré sur la place principale d’Almaty et des coups de feu ont été entendus lorsque les troupes se sont approchées de la foule, ont rapporté les correspondants de Reuters sur place.

Plus tard dans la journée, la place semblait paisible, avec 200 à 300 manifestants toujours rassemblés et aucune troupe aux alentours.

Internet ayant été coupé dans tout le pays, il était impossible de confirmer l’ampleur des violences. Mais les troubles sont sans précédent au Kazakhstan, dirigé fermement depuis l’époque soviétique par le leader Nursultan Nazarbayev, 81 ans, qui a conservé les rênes malgré sa démission de la présidence il y a trois ans.

Des images publiées sur Twitter semblaient montrer que la statue de l’ancien président Nursultan Nazarbayev avait été abattue à Almaty.

«  Attaque contre nos citoyens  »

Le successeur désigné de M. Nazarbayev, le président Kassym-Jomart Tokayev, a appelé dans la nuit des forces de l’allié russe dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective. Il s’agit d’une alliance militaire dirigée par Moscou regroupant les anciens États soviétiques. Il a imputé les troubles à des terroristes formés à l’étranger qui ont saisi des bâtiments et des armes.

Le secrétariat de l’Organisation du traité de sécurité collective a déclaré que les troupes envoyées comprenaient des unités de Russie, de Biélorussie, d’Arménie, du Tadjikistan et du Kirghizstan. Il n’a pas divulgué la taille globale de la force envoyée au Kazakhstan.

Des vidéos non vérifiées diffusées sur les médias sociaux ont montré des troupes patrouillant dans les rues brumeuses d’Almaty pendant la nuit et tirant des coups de feu, ainsi que des pillages généralisés dans la ville.

M. Tokayev a d’abord réagi en limogeant son cabinet, en annulant la hausse du prix du carburant et en prenant ses distances avec son prédécesseur. Il a également annoncé qu’il reprenait un puissant poste de sécurité que M. Nazarbayev avait conservé.

Nursultan Nazarbayev a quitté ses fonctions en 2019, étant le dernier dirigeant de l’ère soviétique encore au pouvoir dans un ancien État soviétique. Mais sa famille et lui ont gardé le contrôle du pays, conservant des postes clés supervisant les forces de sécurité et l’appareil politique à Nur-Sultan (anciennement Astana), la capitale kazakh renommée en son honneur en 2019. Il n’a pas été vu ni entendu depuis le début des troubles.

M. Tokayev a décrit les manifestants comme des terroristes formés à l’étranger, sans toutefois fournir de preuves. Jeudi, la télévision d’État a diffusé une vidéo non confirmée montrant une pile d’armes dans la rue, des personnes s’approchant et les prenant.

L’agence de presse russe TASS a cité le ministère kazakh de la Santé, qui a déclaré que plus de 1 000 personnes avaient été blessées au cours des manifestations et que plus de 400 d’entre elles étaient hospitalisées.

Les pays occidentaux ont appelé au calme. La Chine voisine a décrit les événements comme une affaire interne au Kazakhstan et a espéré que la situation se stabiliserait rapidement.

Les troubles ont commencé par des manifestations contre la hausse du prix du gaz de pétrole liquéfié, un carburant utilisé par les plus démunis pour alimenter leurs voitures. Mais ils se sont rapidement transformés en émeutes antigouvernementales de plus grande ampleur, alimentant un profond ressentiment à l’égard des trois décennies de règne de M. Nazarbayev et de son successeur.

Plus tôt dans la journée de jeudi, le Service européen d’action extérieure (SEAE) a déclaré qu’il suivait de près la situation et encourageait «  une résolution pacifique de la situation par un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes et le respect des droits fondamentaux des citoyens  ».

Le président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’avocat polonais Zbigniew Rau, a déclaré que «  la violence n’est jamais une réponse appropriée pour résoudre les tensions  ».

«  C’est pourquoi j’appelle à un retour pacifique à l’ordre et au respect des processus démocratiques, tandis que les droits et libertés, y compris la liberté de réunion et la liberté d’expression, doivent être protégés  », a déclaré M. Rau, appelant à «  la désescalade de la situation et à l’engagement du dialogue par toutes les parties  ».

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