La Russie ouvre un « centre humanitaire » en Serbie

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Des représentants officiels de la Fédération de Russie ont inauguré un « centre humanitaire » hier (17 octobre) dans la ville serbe de Niš, à 100 km de la frontière kosovare. Ils ont toutefois rejeté les allégations selon lesquelles Moscou était en réalité en train d'installer une base militaire. Ces évènements surviennent quelques jours après que la Commission européenne a assombri les espoirs de la Serbie quant à son adhésion à l'UE.

Lors de la cérémonie à Niš, au sud de la Serbie, le premier vice-premier ministre et ministre serbe de l'intérieur, Ivica Da?i?, et le ministre russe chargé des situations d'urgence, Sergueï Choïgou, ont souligné que l'ouverture de ce « centre humanitaire régional » permettrait d'agir plus rapidement en cas de situation d'urgence, non seulement dans les Balkans, mais également en Europe.

MM. Da?i? et Choïgou ont signé des documents qui permettront la création de ce centre. Quelque 35 tonnes d'aide humanitaires ont été acheminées vers le centre hier à bord d'un avion du ministère russe des situations d'urgence.

Il s'agit notamment de tentes, de couvertures et de groupes électrogènes qui seront transportés dans l'entrepôt du centre afin de parer à d'éventuelles situations d'urgence.

De l'aide pour les zones sinistrées

Ces récents évènements semblent faire suite à une initiative lancée en octobre 2009 par le président russe, Dmitri Medvedev. Comme EURACTIV l'avait signalé à l'époque, M. Medvedev s'était rendu en Serbie dans le contexte des tensions sur la reconnaissance du Kosovo par la Macédoine et du litige transfrontalier opposant Skopje à Pristina.  A cette occasion, la Russie avait annoncé son intention d'ouvrir « une base à l'aéroport de Niš […] pour l'acheminement rapide de secouristes russes et serbes dans les zones sinistrées ».

Lorsqu'un journaliste lui a demandé s'il s'agissait en réalité d'une base militaire, M. Da?i? a répondu par la négative.

« Personne n'a le droit de nous donner des leçons sur le choix de nos partenaires, c'est un pays indépendant », a déclaré M. Da?i?, cité par BETA, le partenaire d'EURACTIV en Serbie.

Le ministre russe, M. Choïgou, a également affirmé que les allégations selon lesquelles son pays mettait sur pied une base militaire en Serbie étaient « une invention pure et simple ».

Certaines agences laissent entendre que les installations russes à Niš pourraient permettre aux Russes d'espionner une base américaine en Roumanie où sera construite une partie du bouclier anti-missile des Etats-Unis. Toutefois, cette base militaire, située à Deveselu près du Danube, est à 200 km de Niš. En revanche, ce « centre humanitaire » est bien plus proche de l'ancienne province serbe du Kosovo, où des tensions intercommunautaires persistent.

La Serbie déçue du dernier rapport de l'UE

L'inauguration du « centre humanitaire » de Niš a eu lieu moins d'une semaine après que Belgrade s'est montrée très déçue du dernier rapport de la Commission sur les progrès réalisés en vue de son adhésion à l'UE.

Même si la Serbie a arrêté et livré au Tribunal international de La Haye ses deux derniers criminels de guerre fugitifs, Ratko Mladi? et Goran Hadži?, aucune date n'a encore été fixée pour le début de ses négociations d'adhésion. Selon certains analystes, les partis politiques nationalistes en Serbie ont à présent tout le loisir de tirer profit de la situation au nord du Kosovo dans leurs négociations avec le pouvoir, actuellement aux mains de la coalition « pro-européenne ».

Ces partis peuvent aujourd'hui facilement déclencher des manifestations, aggraver les tensions et accuser le gouvernement de trahir les intérêts de la Serbie et de perdre le Kosovo, en amont des élections prévues pour le printemps 2012.

Le Kosovo a fait sécession de la Serbie en 2008, soit neuf ans après la fin de la guerre de 1998-1999 entre les forces de sécurité de Belgrade et la guérilla de l’ethnie albanaise. 

Depuis lors, le Kosovo est sous un protectorat international assuré par les soldats de maintien de la paix de l’OTAN. Cependant, la partie nord du Kosovo peuplée par des Serbes (la région de Mitrovica) échappe largement au contrôle de Pristina. 

La plupart des pays de l'UE, excepté Chypre, l'Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie ont reconnu l'indépendance du Kosovo.

Parmi les pays membres de l'ONU, 76 ont reconnu le Kosovo jusqu'à présent.

La Russie s'est révélée le plus fervent allié de la Serbie en refusant de traiter le Kosovo comme un Etat indépendant.

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