La Serbie mise sur la solidarité avec l’UE face à l’embargo russe

Le premier ministre serbe Aleksandar Vu?i?

A la suite d’une mise en garde officielle de l’UE, le premier ministre serbe, Aleksandar Vu?i?, a assuré que son pays n’avait aucunement l’intention de tirer profit de l’embargo russe sur les produits européens. Un article d’EURACTIV Serbie.

La Serbie ne souhaite pas semer le trouble entre la Russie et l’UE. Aleksandar Vu?i?, le premier ministre serbe, a annoncé à la presse que son gouvernement n’envisageait pas d’augmenter ses exportations vers la Russie. Bruxelles craint en effet que la Serbie ne tire avantage de l’embargo russe sur les produits européens.

Le premier ministre a également confirmé que son gouvernement avait reçu une mise en garde officielle de l’UE demandant à la Serbie de s’abstenir d’augmenter ses exportations à destination de la Russie, en appelant à la solidarité avec l’Union européenne.

Selon certains médias, Bruxelles a émis un sévère avertissement à l’encontre de la Serbie après les annonces faites par la ministre serbe de l’Agriculture, Snežana Bogosavljevi?. Elle a en effet déclaré que la situation actuelle représentait une « opportunité unique » que le pays devait saisir. À condition de se mettre en conformité avec les normes sanitaires strictes de la Russie.

Mais, en tant que pays candidat, la Serbie doit s’aligner sur la politique étrangère de l’UE, en particulier dans le cas de mesures restrictives imposées à des pays tiers. Or la Serbie, allié historique de la Russie, a officiellement déclaré qu’elle ne suivrait pas les sanctions européennes prises à l’encontre de Moscou, décidées à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie et de sa stratégie de déstabilisation dans l’Est ukrainien.

>> Lire : L’Occident juge illégales les tentatives russes d’annexer la Crimée

Bruxelles a accueilli positivement les déclarations faites par le premier ministre serbe. Peter Stano, porte-parole de Štefan Füle, le commissaire européen à l’élargissement, a ainsi déclaré :

« Nous saluons l’attitude du gouvernement serbe sur la question et nous apprécions l’approche constructive adoptée par le premier ministre [ Aleksandar ] Vu?i? ».

Lors d’un échange avec les journalistes, Peter Stano a confirmé que Bruxelles avait sommé Belgrade de se mettre en conformité avec les politiques et les sanctions européennes contre la Russie dans le cadre du processus d’adhésion. Dans les faits, les négociations d’adhésion viennent tout juste d’être lancées.

Peter Stano a par ailleurs réitéré les conclusions de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE du 15 août dernier : « Afin d’assurer l’unité de la communauté internationale et le respect du droit international, l’Union européenne attend des pays tiers et des pays candidats qu’ils s’abstiennent de toute action visant à exploiter les nouvelles possibilités commerciales résultant de l’adoption des mesures [d’embargo russe sur certains produits de l’UE] ».

Le porte-parole a également souligné que la Commission n’avait pas seulement communiqué ce message à la Serbie, mais « aussi à tous les pays partenaires concernés ».

Un marché difficile

Selon des représentants serbes, Belgrade souhaite renforcer sa présence sur le marché russe, ce qui explique en partie la visite du ministre serbe de l’Agriculture à Moscou, le 21 août dernier. Ils ont toutefois indiqué qu’aucune mesure n’a été prise ou ne sera prise en ce sens, et que la Serbie ne pouvait répondre de toute façon qu’à une part limitée de la demande du marché russe.

La Russie et la Serbie ont signé un accord de libre-échange en 2000. Mais, depuis lors, Belgrade n’a jamais pu véritablement récolter les fruits de cet accord à cause de deux facteurs : Moscou applique des critères d’importations stricts et la Serbie possède de faibles capacités de production.

Cette coopération a également soulevé le problème de la qualité des produits serbes. Le ministre serbe du Commerce, Rasim Ljaji?, était à Moscou en juin dernier après la découverte d’une cargaison de viandes avariées et réemballées en provenance de Serbie.

Le ministre russe de l’Agriculture, Nikolaï Fiodorov, a déclaré à cette occasion que le commerce de produits agricoles entre la Russie et la Serbie représentait 203 millions d’euros en 2013. La Russie a exporté principalement des cigarettes en Serbie, mais aussi du tabac, de l’huile de cuisson pour une valeur totale de 57 millions d’euros au cours de la même période. La Serbie, quant à elle, a exporté surtout de la viande, des fruits et des légumes.

Belgrade a pour sa part prévenu qu’elle ne servirait pas de plateforme pour réexporter les produits de l’UE vers la Russie.

Aleksandar Vu?i? a ainsi mis en garde les exportateurs quant à la tentation de réemballer des produits d’origine étrangère dans le but de les exporter vers la Russie comme produits locaux. Il a également averti que ceux qui se prêteraient à ce genre d’exercice « pourraient bien terminer en prison ». Il a par conséquent vivement conseillé de planifier des stratégies pour augmenter leur production non sur 24 heures, mais plutôt sur 24 mois.

Une étrange solidarité

Aleksandar Vu?i? a poursuivi par une question rhétorique : la Serbie a-t-elle été le pays qui a vendu des tanks à l’Ukraine comme certains États européens ont pu le faire, ou celui qui a fourni des navires de guerre à la Russie, à l’instar de la France ?

« Non, ce n’était pas nous », a-t-il alors rétorqué en poursuivant : « Je ne comprends pas ce que signifie la solidarité avec les pays de l’Union. Quelle forme de solidarité ? Nous n’avons été consultés ni quand les sanctions contre la Russie ont été prises ni quand la Russie a répliqué en infligeant des contre-sanctions. Comment se fait-il que nous soyons maintenant tenus responsables par les deux parties alors que nous n’avons même jamais pris part à ces décisions ? ».

Le premier ministre a aussi averti que la communauté internationale ne devait pas attendre de la Serbie qu’elle mette de côté son propre développement économique et ses intérêts à cause d’un conflit qui ne la concerne en aucune manière.

Il a par ailleurs ajouté il y a deux jours qu’Oscar Benedict, chef adjoint de la délégation européenne en Serbie, lui avait remis des recommandations. Dans son avis, il conseille à Belgrade de ne pas augmenter ses exportations vers le marché russe et par là même de compenser l’interdiction russe qui touche l’importation de produits de l’UE.

Aleksandar Vu?i? a souligné que la Serbie servirait ses intérêts, qui n’ont rien à voir avec le conflit ukrainien. Selon lui, Belgrade poursuit une politique pacifique.

« En même temps, la Serbie n’infligera aucune sanction contre la Fédération russe, une politique que je soutiens à titre personnel », a répété le premier ministre serbe.

Des sources diplomatiques européennes ont indiqué à l’agence de presse serbe BETA que « l’UE était d’une certaine façon décontenancée et furieuse contre les pays candidats, car, à ses yeux, prendre la décision de ne pas remplacer les exportateurs européens vers le marché russe relève de la solidarité et de valeurs communes ».

La liste des exportateurs serbes se rallonge

Le ministre de l’Agriculture serbe, Snežana Bogosavljevi? Boškovi?, a rencontré le 21 août dernier à Moscou des représentants russes en vue de discuter d’une augmentation des exportations de produits agricoles serbes vers la Russie. Le jour précédent, des représentants du troisième plus grand distributeur alimentaire en Russie se rendaient à Belgrade.

À la suite de la réunion, le ministre russe de l’Agriculture, Nikolaï Fiodorov, a indiqué que la Russie avait autorisé trois nouveaux producteurs laitiers serbes sur le marché russe. En outre, il ajouté que ces livraisons pourront débuter d’ici deux à trois semaines.

Le ministre russe a précisé que « les producteurs prêts à exporter de la viande porcine en Russie peuvent obtenir des autorisations russes dans les deux semaines à venir au plus tard ».

Selon Nikolaï Fiodorov, la Russie a demandé à Belgrade de dresser une liste de nouveaux exportateurs de produits laitiers et de viande.

Le 22 août, Snežana Bogosavljevi? Boškovi? a indiqué à la RTS, le service public radiophonique et télévisuel serbe, qu’il n’y avait aucune raison que quelqu’un se sente menacé par la visite d’une délégation serbe en Russie et par une possible issue positive des négociations avec les partenaires russes.

Selon la ministre serbe, Belgrade cherche des débouchés pour ses produits et des moyens pour investir dans son agriculture et ainsi assurer un développement plus soutenu du secteur agricole.

Snežana Bogosavljevi? Boškovi? a ajouté que les produits serbes représentaient 0,2 % de toute la production alimentaire importée en Russie. Or, si la Serbie exploitait pleinement ses ressources, cette part pourrait atteindre au mieux 0,4 % ou 0,5 % des importations russes.

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