La Serbie se refuse à abandonner South Stream

Les charmes de Gazprom. Moscou, 2006. [ Pepijn Schmitz/Flickr]

La Serbie, déçue par l’abandon du projet de gazoduc, s’estime victime d’une dispute entre l’UE et la Russie. Belgrade espère encore que le projet ne soit pas complètement enterré. Un article d’EURACTIV Serbie.

Pour la Serbie, l’abondon du projet South Stream qui se profile, après que la Russie a lâché le projet, est une petite catastrophe. En plus de l’importance qu’aurait eue le gazoduc en termes de sécurité énergétique, le projet aurait permis aux secteurs de la logistique et de la construction, en difficulté, de se redresser.

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Le premier ministre, Aleksandar Vu?i?, a annoncé qu’il discuterait du gazoduc avec le président russe, Vladimir Poutine, à son retour de New York, où il participe à une réunion du conseil de sécurité de l’ONU dédiée au Kosovo. 

L’annulation du projet est une mauvaise nouvelle pour la Serbie, confirment des représentants officiels, qui espèrent néanmoins que le projet ne sera pas complètement abandonné.

 « Toute remise en question du projet South Stream est une mauvaise nouvelle pour la Serbie et ses citoyens. La Serbie a investi beaucoup d’énergie et d’espoir dans South Stream depuis 2008, et a fait tout ce qui était en son pouvoir pour le voir réalisé », a déclaré Aleksandar Anti?, ministre des mines et de l’énergie.

Le mardi 2 décembre, Zorana Mihajlovic, ministre des travaux publics, des transports et des infrastructures estimait quant à elle que « ce n’est pas la fin définitive du projet ».

« Jusqu’ici, la Serbie a investi 30 millions d’euros dans la construction de South Stream. Je vais attendre de voir quelle sera la décision finale, parce que la Commission européenne est encore en train de préparer des discussions, ce qui montre bien qu’elle s’intéresse au projet », expliquait-elle lors d’une conférence de presse au siège du gouvernement.

La question de la Naftna Industrija Srbije

L’abandon du projet par Moscou a des conséquences sur une série d’accords passés entre les deux pays en 2008. Outre la construction du tronçon serbe de South Stream, ces accords touchent la vente de 51 % des titres de la compagnie pétrolière Naftna Industrija Srbije (NIS) au russe Gazprom Neft, ainsi que la construction d’une infrastructure gazière souterraine à Banatski Dvor.

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Selon les représentants serbes, Belgrade ne peut pas remettre en question la vente de NIS à la Russie, une transaction de 400 millions d’euros, accompagnée d’une obligation d’investissement de 500 millions d’euros dans sa modernisation. Le ministre de l’énergie souligne en effet que cet accord de vente n’est aucunement lié aux accords sur South Stream.

Avec son poids économique de 52 milliards de dinars (environ 437 milliards d’euros), NIS était l’entreprise la plus rentable du pays en 2013. La ministre des travaux publics déclare avoir demandé aux responsables pourquoi la Serbie n’avait pas protégé ses intérêts dans cet accord et annoncé qu’une enquête sur les négociations serait lancée.

L’ancien président, Boris Tadi?, dont le parti était au pouvoir au moment de la signature de l’accord, a affirmé que la vente de NIS dans le cadre du paquet énergétique avait été organisée par le gouvernement de l’eurosceptique Vojislav Koštunica.

« Si la Serbie avait laissé tomber tout l’accord sur l’énergie, [au moment où Tadi? avait hérité du gouvernement de Koštunica], cela aurait déséquilibré nos relations avec la Russie, mis la sécurité énergétique en danger et affecté la qualité de vie des citoyens. Il ne faut pas non plus oublier le contexte politique de l’époque. La Russie avait défendu les intérêts de la Serbie lors des discussions sur le Kosovo à l’ONU », explique Boris Tadi?, aujourd’hui à la tête du parti socio-démocrate, non parlementaire et d’opposition.

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Pour l’actuel président du Parti démocratique de Serbie, Sanda Raškovi? Ivi?, l’UE est le principal responsable de l’abandon de la construction du gazoduc. Il accuse l’UE et les États-Unis d’avoir exercé des pressions sur la Bulgarie pendant des mois pour lui faire renoncer au projet.

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Des alternatives possibles

Des trajets alternatifs s’offrent toutefois à la Serbie, notamment via des interconnexions avec les pays voisins.

« La poursuite de la construction d’une interconnexion de gaz avec la Bulgarie est notre priorité, et c’est ce qui est prévu dans le budget pour 2015 », a assuré Aleksandar Anti? devant les caméras de B92. Le ministre a également ajouté qu’un plus grand gazoduc pourrait être connecté à l’Azerbaïdjan, entre autres.

L’abandon de South Stream par la Russie représente néanmoins un trou de deux milliards d’euros d’investissement au budget. Les spécialistes s’accordent à dire qu’il sera difficile de convaincre d’autres investisseurs de compenser cette perte, étant donné le manque de combustibles, tels que le gaz, dans le secteur industriel.

Les entreprises serbes ne profiteront également pas des revenus qu’aurait engendrés la construction du tronçon serbe du  gazoduc. Elles auraient été chargées de 50 % des travaux de construction et de 40 % des autres travaux, pour un revenu total estimé à 350 millions d’euros.

L’État ne percevra pas non plus de droit sur le transit du gaz, qui auraient dû rapport quelque 300 millions d’euros par an, a aussi rappelé Ljubinko Savi?, le secrétaire de l’association de l’énergie de la chambre du commerce.

L’avenir des terrains achetés pour la construction de South Stream n’est pas encore déterminé non plus. Jusqu’à 8 000 hectares de terres devaient ainsi être acquis pour un total de 24 millions d’euros. Selon les informations les plus récentes, 80 % de ces terres auraient déjà été achetées.

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Contexte

Le gazoduc South Stream aurait dû permettre de livrer du gaz russe à l'UE et aux pays du sud-est de l'Europe en passant sous la mer Noire et par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie et l'Italie. La construction du gazoduc, d'une capacité annuelle de 63 milliards de mètres cubes de gaz, aurait coûté 16 milliards d'euros. Elle devait initialement commencer en Russie en 2012. 

Le tronçon serbe aurait fait 450 kilomètres de long, avec une capacité annuelle de 41 milliards de mètres cubes. Sa construction aurait été confiée à l'entreprise South Stream Serbia, contrôlée à 51 % par Gazprom et à 49 % par Srbijagas, le fournisseur de gaz naturel serbe. Le sous-traitant principal aurait été l'entreprise russe Centrgaz. Le gaz aurait commencé à être livré en Serbie à la fin de l'année 2016.

Toutefois, les accords sur la construction du gazoduc ne sont pas conformes à la législation européenne, et particulièrement aux règles sur la séparation des activités de transport et d'approvisionnement.

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Le 1er décembre, à Ankara, le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé que la Russie devait annuler le projet South Stream à cause du refus de l'UE de soutenir la construction du gazoduc.

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