La stratégie russe en Ukraine divise les Européens

Oleksander Turchinov

Oleksander Turchinov

L’attitude ambigue de la Russie en Ukraine, qui ne semble pas vouloir franchir la ligne rouge d’une intervention militaire, accentue les divisions entre États membres sur l’opportunité de nouvelles sanctions économiques contre Moscou.

Même si les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Huit ont convenu lundi (14 avril) d’élargir les gels d’avoirs et les interdictions de voyage à 33 individus, des divergences plus profondes subsistent quant aux critères de déclenchement d’une troisième phase de sanctions contre Moscou.

Pas d’actions directes russes

Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a pourtant déclaré que les dirigeants de l’UE pourraient se réunir dès la semaine prochaine pour adopter un nouveau train de sanctions. Les diplomates européens jugent de leur côté peu probable la tenue d’un sommet extraordinaire, car leurs positions restent encore trop éloignées les unes des autres.

« Si la Russie ne franchit pas la ligne rouge d’une intervention militaire, je ne pense pas que l’UE franchira celle des sanctions économiques », a déclaré Stefan Lehne, haut responsable de l’UE chargé de l’Europe orientale.

Au lieu d’une opération directe, Moscou semble recourir à la prise de bâtiments publics par des miliciens armés prorusses dans les villes de l’est de l’Ukraine, et à de fortes augmentations du prix du gaz afin de faire pression sur Kiev et de tenter de saborder l’élection présidentielle ukrainienne du 25 mai.

Selon Stefan Lehne, le président russe, Vladimir Poutine, cherche visiblement à délégitimer le pouvoir ukrainien en laissant penser que l’État n’assume plus son rôle dans l’Est tout en évitant une présence militaire russe flagrante.

L’Allemagne fait profil bas

La chancelière Angela Merkel étant en congés de Pâques et son ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier en tournée en Asie de l’Est, les Allemands ont maintenu profil bas lundi lors de la réunion des ministres européens à Luxembourg.

Le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, par ailleurs ministre de l’Économie et de l’Énergie, a invité mardi la Russie à montrer qu’elle voulait sérieusement faire baisser la tension lors des discussions qui réuniront jeudi à Genève des diplomates russes, ukrainiens, européens et américains.

Selon certains diplomates, les Européens veulent renforcer la position des Occidentaux à Genève. L’UE y sera représentée par Catherine Ashton, en faisant en sorte que la menace de sanctions paraisse réelle.

Toutefois, selon des responsables européens, les préparatifs à Bruxelles pour que l’UE change de braquet avancent lentement, malgré les pressions en ce sens des Américains.

D’éventuelles sanctions seraient un fardeau à partager délicatement entre pays de l’UE. L’Allemagne importe une bonne part de son énergie de Russie, même si ce pays n’est que son 11e partenaire commercial. La France a en jeu avec la Russie un contrat de vente de navires de guerre, et la Grande-Bretagne sert de centre financier offshore pour les riches hommes d’affaires russes.

Jusqu’à présent, chacun a demandé à l’autre de porter le fardeau. Londres veut que l’on réduise la dépendance énergétique envers la Russie et que l’on interrompe les exportations d’armes vers ce pays, mais rechigne à bloquer les flux financiers. Paris, de son côté, défend l’idée de s’en prendre au portefeuille des Russes fortunés.

La Lituanie, qui est entièrement dépendante des livraisons de gaz russe, souhaite que d’éventuelles sanctions portent sur le secteur bancaire et les ventes d’armes.

Trois camps

Selon des diplomates, trois groupes d’importance égale se sont dessinés lors de la réunion ministérielle européenne de lundi. Ceux qui militent pour de nouvelles sanctions sont la Grande-Bretagne, la France, la Pologne, la Suède, le Danemark, la République tchèque et les trois pays baltes.

L’Italie, la Grèce, Chypre, la Bulgarie, le Luxembourg, l’Autriche, l’Espagne, le Portugal et Malte sont plus réticents.

Enfin, d’autres pays restent indécis, en tête desquels l’Allemagne, mais aussi les Pays-Bas, la Belgique, la Finlande, l’Irlande, la Roumanie, la Slovénie, la Slovaquie et la Croatie.

La crise en Ukraine a éclaté quand son ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, ce qui a engendré des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant Orient et Occident depuis la guerre froide.

  • 17 avril: la Russie, les États-Unis, l'UE et l'Ukraine se rencontrent à Genève lors d'une réunion entre ministres des Affaires étrangères

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