La Turquie envisage d’annexer la partie nord de Chypre à son territoire

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La Turquie pourrait envisager d'annexer la partie nord de Chypre, qui fait techniquement partie du territoire de l'UE, si les négociations entre les Chypriotes grecs et turcs n'aboutissaient pas à un accord sur la réunification de l'île. C'est ce qu'a déclaré le ministre turc des affaires européennes, Egemen Ba???, a un journal chypriote turc.

Les négociations entre le dirigeant chypriote grec, Dimitris Christofias, et son homologue turc, Dervi? Ero?lu, ont peu progressé concernant la réunification de l'île, divisée depuis 1974. Les Nations unies avaient pourtant convaincu les deux leaders de reprendre leurs discussions à la fin de l'année dernière (voir « Contexte »).

M. Ba??? a déclaré dans le journal chypriote K?br?s que la Turquie serait favorable à la conclusion d'un accord, quel qu'il soit, entre les deux parties. Il a toutefois averti qu'il était possible que les négociations se terminent autrement.

Lors d'un entretien accordé à K?br?s à Londres, le ministre turc a déclaré que les options « sur la table » comprenaient la réunification en vertu d'un accord [que les deux] dirigeants pourraient conclure, la création de deux États indépendants entérinée dans un accord en cas d'échec de la tentative de réunification, ou bien l'annexion à la Turquie de la RTCN (République turque de Chypre du Nord). 

De nombreux Chypriotes turcs rejettent l'idée d'une annexion. Selon la chaîne d'information turque NTV, Özkan Yorganc?o?lu, le leader du principal parti de l'opposition, le Parti républicain turc (CTP), aurait déclaré que cette option était inacceptable.

La division de Chypre a été utilisée pour freiner les efforts de la Turquie pour rejoindre l'UE. Le président français, Nicolas Sarkozy, est opposé à cette adhésion et la chancelière allemande, Angela Merkel, affirme préférer l'option d'un « partenariat privilégié » avec la Turquie.

Frustrée par l'absence de progrès, la Turquie a déclaré que si aucune solution n'était trouvée d'ici le 1er juillet prochain, date à laquelle Chypre assumera la présidence du Conseil de l'UE, le dialogue serait suspendu jusqu'à la fin de la présidence tournante en 2013.

Depuis l'invasion de 1974 suite à un coup d'État orchestré par une junte militaire à Athènes, la Turquie dispose de troupes stationnées au nord de l'île.

La République turque de Chypre du Nord n'est reconnue que par Ankara et elle ne dispose que d'une seule liaison aérienne, avec la Turquie. Largement subventionnée par Ankara, elle est également exclue des compétitions sportives internationales et des domaines de la finance et du commerce.

Le conflit a pris une tournure plus sérieuse en décembre dernier, lorsque Chypre a autorisé le lancement de forages gazier de reconnaissance. La Turquie a réagi en déployant des forces navales dans la Méditerranée orientale, affirmant que si du gaz était trouvé, il appartiendrait à tous les Chypriotes.

Suite à la publication de cet article, le porte-parole du gouvernement chypriote Stefanos Stefanou a envoyé le commentaire suivant à EURACTIV, qualifiant les propos d'Egemen Ba??? de provocants et d'insultants pour Chypre et la communauté chypriote turque.

« Les propos de M.Ba??? dans le journal chypriote turc Kipris à Londres quant à l'existence de trois options pour régler la situation à Chypre sont cyniques, arrogants et provocants. Ils sont également offensants pour la communauté chypriote turque. Ces propos révèlent qu'avec sa position négative sur la question chypriote, la Turquie est favorable à la scission de l'île et à la création de deux États séparés. Nous notons que le dirigeant chypriote, M. Eroglu, a récemment tenu des propos similaires.

La scission est non seulement formellement rejetée par la communauté internationale, mais elle n'offre aucune solution pour les Chypriotes grecs ou turques, dont la survie est menacée par la présence illégale de la Turquie sur l'île. La référence de M. Ba??? à l'intégration des zones occupées à la Turquie entre aussi en contradiction directe avec les résolutions de l'ONU.

Nous exhortons la communauté internationale à user de son influence sur la Turquie qui devrait respecter les résolutions de l'ONU sur Chypre et travailler à la résolution du problème.

Pour les Chypriotes grecs, il n'existe qu'une option envisageable à la table des négociations. Il s'agit de la résolution de la question chypriote sur la base d'une fédération bizonale et bicommunautaire fondée sur l'égalité politique, comme indiqué dans la résolution de l'ONU à ce sujet. Une solution qui mettra un terme à l'occupation et aux colonies de peuplement et permettra de réunifier le pays et son peuple, les Chypriotes grecs et turcs, dans le cadre d'un État avec une seule souveraineté, une seule citoyenneté et une seule représentation sur la scène internationale.

Les Chypriotes grecs poursuivront leurs efforts assidus sur ces principes et continueront de faire preuve d'esprit constructif et de bonne volonté pour atteindre cet objectif. »

La division de Chypre représente l'une des questions les plus complexes de notre époque. Malgré des efforts répétés sous les auspices de l'ONU pour ramener les dirigeants des communautés grecque et turque chypriotes à la table des négociations, l'île est séparée en deux depuis 1974. 

L'espoir d'une réunification a fait surface en 2002 lors que le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, proposant une fédération à deux entités régie par une présidence tournante. 

Lors d'un référendum en avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté un plan d'unité parrainé par l'ONU. Les Chypriotes turcs s'étaient quant à eux exprimés en faveur de ce plan. Cet échec a déçu les représentants officiels de l'UE qui avait accepté l'adhésion de Chypre cette même année en partie dans l'espoir qu'une telle décision encourage la conclusion d'un accord.

Lors d'un sommet en décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont accepté d'entamer les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005. L'une des conditions spécifiées était qu'Ankara élargisse un accord d'association de 1963 conclu avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux États membres de l'Union. Ce groupe de nouveaux États membres comprend l'État chypriote grec qui n'est pas reconnu par la Turquie.

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole élargissant son union douanière à ces dix membres de l'UE, mais Ankara a dans le même temps publié une déclaration affirmant que cette signature ne signifiait pas qu'elle reconnaissait la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, dans la mesure où elle affirme que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île.

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