L’Allemagne refuse toujours d’exporter des armes vers l’Ukraine

La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock s'adressant aux médias lors d'une intervention au sujet de l'Afghanistan, au ministère des Affaires étrangères à Berlin, en décembre 2021. [EPA/MICHAEL SOHN]

L’Allemagne a réitéré son refus d’envoyer à l’Ukraine des armes défensives qui, selon Kiev, aideraient le pays à repousser une éventuelle invasion russe. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle politique étrangère allemande qui vise à limiter les exportations d’armes et à favoriser la paix par la diplomatie.

La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, s’exprimant ce lundi (17 janvier) à Kiev, au cours d’une tournée qui l’a ensuite conduit à Moscou, a déclaré qu’elle espérait que les tensions avec la Russie au sujet de l’Ukraine pourraient être résolues par la diplomatie, mais elle a prévenu que Moscou subirait des conséquences si elle venait à attaquer son voisin.

« Chaque nouvel acte d’agression coûtera cher à la Russie, sur les plans économique, stratégique et politique », a déclaré Mme Baerbock. « La diplomatie est la seule voie possible », a-t-elle ajouté, s’exprimant aux côtés de son homologue ukrainien Dmytro Kuleba.

Interrogée sur le refus de l’Allemagne d’envoyer des armes défensives à l’Ukraine, comme le demande le gouvernement de Kiev, Mme Baerbock a déclaré que la nouvelle politique restrictive du gouvernement en matière d’exportation d’armes était « ancrée dans notre histoire ».

Depuis son arrivée au pouvoir en décembre et dans le cadre d’une stratégie plus large, le gouvernement allemand a adopté une position plus restrictive en matière d’exportation d’armes vers les pays étrangers.

Mme Baerbock a expliqué que « différentes responsabilités historiques » en étaient la raison et que l’Allemagne soutiendra l’Ukraine par d’autres moyens. « Le levier le plus efficace dont nous disposons pour soutenir l’Ukraine est l’engagement sans équivoque et, surtout, unanime de l’UE, du G7 et de l’OTAN », a déclaré Mme Baerbock.

S’exprimant aux côtés de Mme Baerbock, M. Kuleba a déclaré que « chaque pays fera ce qu’il juge nécessaire et ce qui correspond à ses intérêts nationaux lorsqu’il s’agit de soutenir l’Ukraine ».

S’il a tenté de convaincre Mme Baerbock de la nécessité de disposer d’armes défensives pour parer à une éventuelle agression russe, il a indiqué que l’Ukraine chercherait à recevoir des armes provenant d’autres pays. « Nous travaillons chaque jour sur cette question », a déclaré M. Kuleba. « Et notre dialogue avec l’Allemagne en la matière se poursuivra », a-t-il ajouté.

Au cours du week-end, l’ambassadeur de Kiev à Berlin, Andrij Melnyk, a fait part de l’« extrême déception » du peuple ukrainien face à la position allemande.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, la Lituanie et la France ont entre-temps promis un soutien supplémentaire, affirmant qu’ils exporteraient de nouvelles armes défensives à l’Ukraine, notamment des missiles antichars Javelin, des missiles Stinger, des armes légères et des bateaux. Londres a déjà commencé à acheminer des armes antichars vers l’Ukraine lundi soir.

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La loi allemande sur le contrôle des exportations d’armes

La question de l’exportation d’armes défensives vers l’Ukraine a fait l’objet d’un intense débat en Allemagne.

Durant la campagne électorale, l’actuel vice-chancelier Robert Habeck avait déclaré que l’Allemagne pouvait difficilement refuser de fournir des armes défensives à l’Ukraine, une déclaration qui avait suscité une large controverse.

Toutefois, le nouveau gouvernement a adopté une approche plus restrictive à l’égard de l’exportation d’armes vers des pays étrangers.

En 2021, l’Allemagne a exporté des armes pour 9,35 milliards d’euros, avec l’approbation explicite du gouvernement, un record absolu. Sur ce montant, 4,2 milliards d’euros étaient des armes de guerre, ce que le nouveau gouvernement vise à changer avec une nouvelle législation qui limite les exportations d’armes.

« Les décisions sur les exportations d’armes nécéssitent une base juridique restrictive et claire », a confié Sven Giegold, secrétaire d’État au ministère de l’Économie, au journal Taz lundi (17 janvier). Pour rappel, le ministère de l’Économie est chargé d’approuver ou d’opposer son veto aux exportations d’armes.

Le projet de loi, qui vise à introduire des bases procédurales et des options de contrôle pour l’expédition d’armes, devrait être publié cet été.

La stratégie de la « politique de paix » du nouveau gouvernement allemand a également été soulignée par le porte-parole du SPD pour la politique étrangère, Nils Schmid.

« Le terrain d’entente de cette coalition gouvernementale réside dans l’engagement en faveur de la paix, son maintien, sa promotion et, si nécessaire, son rétablissement », a déclaré M. Schmid devant le Bundestag allemand la semaine dernière. La loi envisagée sur le contrôle des exportations d’armes garantirait que « nous tenons cette promesse », a ajouté M. Schmid.

Lundi soir, Mme Baerbock s’est envolée pour la Russie, où elle doit discuter avec son homologue russe Sergey Lavrov des moyens d’apaiser les tensions en Ukraine et dans la région.

En tête de l’ordre du jour figure également la relance du Format dit de « Normandie » entre l’Allemagne, la France, la Russie et l’Ukraine, afin que l’UE ne perde pas son influence diplomatique sur les négociations relatives au conflit qui a lieu dans son voisinage proche.

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