Pour Pascal Lamy, les «Trumponomics» ne contamineront pas l’Europe

Pascal Lamy [Evan Lamos/ EURACTIV]

L’ancien chef de l’OMC  et ancien commissaire européen au commerce juge la politique protectionniste de Donald Trump obsolète. Mais affirme que les politiques européens ne suivront pas la tendance américaine.

« Il s’est entouré de personnes qui ont une vision du commerce qui date d’il y a 50 ans. Ils ont tous plus de 70 ans et ils ont probablement appris ce qu’ils savent du commerce quand ils avaient 20 ans », a déclaré Pascal Lamy, lors d’un événement EURACTIV le 25 janvier à Bruxelles.

Les « Trumponomics », la doctrine et la politique économique que souhaite développer Donald Trump, se retourneront rapidement contre l’économie américaine et affectera la plupart de ces électeurs américains qui ont été conquis par le protectionnisme du milliardaire, a prévenu Pascal Lamy. Des experts du commerce estiment quant à eux que la Chine pourrait contre-attaquer en imposant elle-même des droits de douane.

L’ancien commissaire européen estime que le protectionnisme de Donald Trump fait des adeptes chez les électeurs parce que le marché du travail américain a été touché par la mondialisation plus durement que tout pays européen.

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Pascal Lamy est devenu chef de l’Organisation mondial du commerce (OMC) après la fin de son mandat à la Commission en 2014. Il s’est exprimé sur les multiples accords commerciaux entre l’UE et les États-Unis au moment même où Cecilia Malmström, sa successeure, reconnaissait que la présidence de Trump refroidirait les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis.

« Même si les États-Unis sont notre partenaire le plus important, et un partenaire nécessaire, il y a d’autres pays dans le monde », a affirmé Cecilia Malmström, le 24 janvier, tout en faisant la « longue liste » des pays qui voulait faire affaire avec l’Europe.

« Ceux qui, au 21ème siècle, pensent encore que l’on peut retrouver sa grandeur en construisant des frontières, en réimposant des barrières commerciales et en limitant la liberté de circulation des personnes, courent à leur perte », a déclaré la commissaire, faisant clairement référence à Donald Trump.

L’économiste en chef de la Banque centrale européenne, Peter Praet, a également expliqué hier que Donald Trump envisageait le commerce international à travers des accords bilatéraux, ce qui risque d’entraîner une réaction violente des nations délaissées.

« Je pense qu’il faut être très prudent […] dans le commerce international, c’est œil pour œil, dent pour dent », a-t-il déclaré à Rome.

L’Europe pourrait rejoindre le TTP

Donald Trump a tenu sa promesse de campagne de torpiller les accords de libre-échange en annonçant le 23 janvier le retrait des États-Unis du partenariat transpacifique (TTP), qui compte 12 pays. Selon Pascal Lamy, l’accord était déjà mort. En effet, le TTP avait été signé, mais pas encore ratifié.

« Il a tué un zombie », a commenté l’ancien commissaire. Toutefois, la décision de Donald Trump pourrait être l’occasion en or pour l’Europe de rejoindre l’accord à la dernière minute, alors que les 11 autres partenaires commerciaux se retrouvent dans l’impasse.

>> Lire : Trump retire les Etats-Unis du traité transpacifique

Cecilia Malmström a quant à elle reconnu que Donald Trump allait probablement geler les négociations entre l’UE et les États-Unis sur le TTIP pour un bon moment. Le TTIP a provoqué un tollé dans plusieurs pays européens, qui craignaient que l’accord n’abaisse les normes environnementales et donne aux multinationales le pouvoir de contester les lois nationales.

Pour Pascal Lamy, les responsables de la Commission européenne qui ont élaboré l’accord « n’ont eux-mêmes pas compris ce qu’ils faisaient en se lançant le TTIP ».

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TiSA et Chine

Le TiSA, un autre accord qui libéraliserait le commerce des services comme la finance et les télécoms entre l’UE et 22 pays, dont les États-Unis, avance laborieusement au cours de tractations difficiles. Le TiSA a même récemment provoqué un conflit au sein de la Commission européenne, à cause de son effet potentiel sur les règles européennes de protection des données.

En 2014, le successeur de Pascal Lamy à la Commission, Karel De Gucht, réclamait l’intégration de la Chine dans les négociations. « Un TiSA sans la Chine n’a pas beaucoup d’importance », a souligné Pascal Lamy.

« Si vous avez les membres du TiSA plus la Chine, vous avez 80 % du commerce de services de la planète », a-t-il précisé, affirmant que l’accord atteindrait « une masse critique » si la Chine était autorisée à rejoindre les négociations.

Le fait que les États-Unis tiennent la Chine à distance du TTP et du TiSA ont rendu ces accords plus faibles, selon le chef de l’OMC. « L’UE a eu tort d’accepter le diktat américain selon lequel la Chine ne devait pas faire partie du TiSA », a-t-il déclaré.

La Chine est en effet la cible de Donald Trump pour la plupart de ses projets protectionnistes. Il a promis d’imposer une taxe de 45 % sur toutes les importations chinoises. Selon Pascal Lamy, cette décision sera « beaucoup plus néfaste pour les États-Unis que pour la Chine ».

Brexit n’est pas synonyme de protectionnisme

Malgré les comparaisons entre les électeurs de Donald Trump aux États-Unis et les électeurs britanniques qui ont voté la sortie de l’UE lors du référendum de juin dernier, Pascal Lamy a insisté sur le fait que le Royaume-Uni ne portait pas l’empreinte « Trump » du protectionnisme.

Les partisans d’un Brexit ont promis que sortir du bloc permettrait de limiter l’immigration en provenance des autres pays européens. Ils affirmaient toutefois que le Royaume-Uni pourrait rester dans le marché unique après sa sortie. Les politiques européens répètent à l’envi que cela ne sera pas possible.

« Tant que la réponse à ce Brexit est un ‘Royaume-Uni international’, je ne crois pas que le protectionnisme soit la raison numéro 1 de ce repli », a commenté Pascal Lamy en parlant de la Première ministre britannique, Theresa May.

En effet, lors du Forum économique mondial à Davos la semaine dernière, Theresa May a affirmé que le Royaume-Uni était une « grande nation commerciale et internationale ».

>> Lire : L’UE prend acte du « réalisme » de Theresa May

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