Le 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin dans l’ombre d’une nouvelle guerre froide

La porte de Brandebourg durant la célébration du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin [twitter.com/RegSprecher]

Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblés à Berlin pour célébrer le 25e anniversaire de la chute du mur. Le dernier président soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, invité d’honneur de Berlin, a mis en garde contre une possible nouvelle guerre froide. Un article d’EURACTIV Allemagne.  

Le 9 novembre 1989, après 28 ans, deux mois et 28 jours d’existence, le mur de Berlin tombait. 25 ans plus tard, Berlin célèbre l’anniversaire de ce jour historique.

Une grande fête s’est tenue devant la porte de Brandebourg le dimanche, où Peter Gabriel et le chanteur Udo Lindenberg ont joué.

De vendredi à dimanche, une « frontière de lumière » suivait l’ancien tracé du mur. Ce ligne lumineuse, constituée de 8000 ballons blancs, courait de la rue Bornholmer, en passant le Mauerpark, le mémorial de mur de Berlin sur la rue Bernauer, le Reichstag, la porte de Brandebourg, le Checkpoint Charlie jusqu’à l’East Side Gallery.

Le dimanche soir, malgré les centaines de vols et de ballons endommagés signalés, les ballons ont été libérés symbolisant ainsi la chute du mur. 

Devant la porte de Brandebourg, l’orchestre de la Staatskapelle Berlin, sous la direction de Daniel Barenboim, a joué « l’Ode à la joie », la 9e symphonie de Beethoven. Étaient présents à la cérémonie entre autres le président allemand Joachim Gauck, l’ancien dirigeant syndical et président polonais Lech Walesa, l’ancien premier ministre de la Hongrie Miklos Nemeth, l’ancien dirigeant de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev, enfin le président du Parlement européen, Martin Schulz.

Plus tôt dans la journée de dimanche, la chancelière Angela Merkel avait déclaré que la chute du mur prouvait au reste du monde que les rêves pouvaient devenir réalité. « Ceci prouve que nous avons le pouvoir d’influencer notre destin et de rendre les choses différentes. C’est le message que porte la chute du mur », a-t-elle insisté rue de Bernauer, lieu du principal mémorial du mur. « Ce message nous est destiné, mais aussi à tous en Europe et dans le monde, notamment à ceux en Ukraine, en Syrie, en Irak et dans d’autres régions où les droits de l’Homme sont menacés voire violés », a-t-elle poursuivi.

« Ce fut une victoire de la liberté sur la servitude et un message d’espoir pour les générations d’aujourd’hui et de demain, qui montrent qu’il est possible d’abattre les murs – les murs de la dictature, de la violence et des idéologies » a continué Angela Merkel, qui était à l’époque de la chute du mur une scientifique de 35 ans de l’Est berlinois.

Elle-même a attendu 35 ans avant de connaître la liberté, a-t-elle déclaré dans une vidéo podcastée à l’occasion du 25e anniversaire. « Ça a changé nos vies », a-t-elle conclu. 

Mais pour les Allemands, le 9 novembre est une date particulière. En 1918, le 9 novembre correspond à la fondation de la toute première république allemande. Le 9 novembre est lié aussi à la « Nuit de Cristal », nuit de pogrom contre les Juifs, qui a ouvert le chapitre le plus sombre de l’histoire allemande et les débuts des persécutions de la communauté juive par le régime nazi.

« Une date de honte et de déshonneur » a commenté Angela Merkel dimanche. « Ainsi, en ce jour du 25e anniversaire de la chute du mur, je ressens non seulement de la joie pour le 9 novembre 1989, mais aussi la responsabilité de l’histoire allemande », a-t-elle clamé.

Les propos controversés d’Helmut Kohl

Le « chancelier de l’Allemagne unifié », Helmut Kohl, était également présent pour les célébrations. L’homme sans qui la réunification allemande n’aurait pas été possible, selon les termes de Jean-Claude Juncker la semaine dernière, s’est rendu à la porte de Brandebourg ce samedi matin pour une séance de photos pour le compte du tabloïde allemand Bild Zeitung. 

Helmut Kohl, âgé de 84 ans est aujourd’hui en chaise roulante et ne peut à peine parler à cause de problèmes de santé. Cependant, il a dernièrement provoqué la controverse. Un livre publié récemment rapporte des commentaires de l’ancien chancelier peu flatteurs sur nombre de dirigeants politiques allemands, dont Angela Merkel.

Helmut Kohl a également publié un nouvel ouvrage intitulé « Aus Sorge über Europa  [de l’inquiétude sur l’Europe)» qui s’en prend à son successeur, le social-démocrate Gerhard Schröder (SPD), qu’il tient pour responsable de la crise de l’euro à cause de deux décisions « déshonorantes » selon ses dires: celle d’avoir laissé entrer la Grèce prématurément dans la zone euro, et celle d’avoir avec la complicité de la France réduit la portée des règles de Maastricht.

Selon des propos rapportés dernièrement, Helmut Kohl aurait par ailleurs minoré le rôle joué par le mouvement des droits civiques de la DDR dans le processus de réunification. Dans des conversations non publiées, Helmut Kohl aurait dit que « les gens dans la rue n’auraient rien changé si l’environnement n’avait pas été approprié, si Mikhaïl Gorbatchev et Georges Bush n’avaient pas négocié un processus de désarmement ». 

Pour Mikhaïl Gorbatchev : « l’Allemagne était prête »

Mikhaïl Gorbatchev était à Berlin ce weekend et a pris part à de nombreux évènements, presque constamment accueilli par des acclamations et des clameurs affectueuses scandant « Gorbi ! Gorbi ! ». En visitant le Checkpoint Charlie vendredi dernier, il rappela la fameuse phrase de Ronald Reagan : « Abattez ce mur ! ». « Franchement, nous ne l’avons pas pris très au sérieux, il n’[était] après tout qu’un acteur » a plaisanté Mikhaïl Gorbatchev. Selon l’ancien dirigeant soviétique âgé de 83 ans, l’URSS a donné son aval pour la destruction du mur, car la direction soviétique jugeait que « l’Allemagne était prête ».

Mais Mikhaïl Gorbatchev s’est également saisi de l’occasion pour lancer un sérieux avertissement. Durant son discours ce samedi dans un symposium près de la porte de Brandebourg, il a abordé la question des séparatistes est-ukrainien et de l’impasse que représente la situation actuelle. Il a ainsi déclaré que le monde était « à deux doigts d’une nouvelle guerre froide », ajoutant « d’aucuns disent qu’elle a déjà commencé ».

L’Occident a tiré profit des faiblesses de la Russie après l’effondrement de l’Union soviétique, a analysé l’ancien dirigeant soviétique. « Au lieu de mettre en place de nouveaux mécanismes et des institutions pour assurer la sécurité européenne et poursuivre la démilitarisation des politiques européennes, l’Occident, et en particulier les États-Unis, se sont déclarés victorieux de la guerre froide ».

« Les évènements des mois passés sont les conséquences de politiques de courtes vues cherchant à imposer la volonté d’un parti au détriment des intérêts des partenaires », a-t-il poursuivi.

Il s’en est tout particulièrement pris à l’Europe, qui est sur le point de perdre sa place en tant que puissance mondiale, selon lui. « Au lieu de devenir un acteur du changement dans un monde globalisé, l’Europe est devenue une arène d’agitations politiques, de luttes concurrentielles pour accéder aux sphères d’influence et enfin de conflits militaires », a-t-il lancé.

« La conséquence est inévitablement l’affaiblissement de l’Europe à une époque où d’autres centres de pouvoir et d’influence montent en puissance. Si cela continue, peu à peu, l’Europe n’aura plus voix au chapitre sur les questions internationales et ne comptera plus », a-t-il mis en garde. 

Alors qu'une vague révolutionnaire traversait les pays du bloc de l'est, le 9 novembre 1989 un représentant du gouvernement de la RDA a annoncé  après un cafouillage que tous les citoyens de l'Allemagne de l'Est pouvaient se rendre dans Berlin-Ouest et l'Allemagne de l'Ouest.

Des dizaines de milliers d'Allemands de l'Est ont afflué vers le passage frontalier. Les gardes-frontières est-allemands ne se sont pas opposés.

Des foules se sont amassées sur le mur, l'ont traversé, et ont été bientôt rejointes par les Allemands de l'ouest dans une ambiance de fête. Dans les semaines qui suivirent, des pans entiers du mur ont été mis à terre.

La chute du mur de Berlin a ouvert la voie vers la réunification de l'Allemagne, qui a été scellée officiellement le 3 octobre 1990. 

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER