Le concept de « visa humanitaire » n’enthousiasme pas les États membres

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Les ministres des Affaires intérieures se sont penchés sur des mesures en vue d'éviter à l'avenir la tragédie de Lampedusa. Mais la lutte contre l’immigration a pris le dessus sur la protection des réfugiés.

Lors de la réunion du Conseil à Bruxelles le 5 décembre, Cecilia Malmström, la commissaire en charge des Affaires intérieures, a soumis des propositions dans le cadre du « Groupe de travail pour la Méditerranée » (TFM). Cette série de mesures vise à apporter une réponse aux flux migratoires aux frontières du sud de l'Union européenne.

Les pays de l'Union européenne portent surtout leur attention sur les aspects sécuritaires des frontières. La protection des réfugiés et des demandeurs d'asile passe au second plan, comme l'a reconnu la commissaire après la réunion.

Les États membres ont fortement influencé la rédaction des recommandations, affirme Yves Pascouau, analyste politique senior au Centre de politiques européennes.

« Le TFM s’étend sur les questions sécuritaires et la coopération avec les pays tiers, mais est très succinct sur les thèmes liés à l'asile et à la protection des migrants », indique Yves Pascouau à EURACTIV.

La communication de 20 pages ne consacre en effet qu’une page et demie à peine au renforcement « des moyens juridiques pour accéder à l'Europe ».

La Commission veut inciter les États membres à lancer un programme de réinstallation des migrants. Seuls 11 pays ont jusqu'alors accepté de participer au programme des Nations unies pour les réfugiés syriens, qui permet d'obtenir 6000 € par réfugié relogé.

Le projet des « visas humanitaires » rejeté

Une mesure plus controversée contenue dans le TFM est la proposition permettant aux demandeurs d'asile d’introduire une demande de visa à partir d'un pays non membre de l'UE. Elle leur épargnerait ainsi les parcours à haut risque, qui s'achèvent souvent en drame, comme à Lampedusa.

Néanmoins, Cecilia Malmström reconnaît que des États membres sont « moins enthousiastes » à l'idée de « visas humanitaires ».

Le Haut-commissariat des Nations unies (HCR), l'agence des Nations unies pour les réfugiés, salue la proposition de la Commission. Tout en soulignant que la question des visas humanitaires représentait « un champ d'action clef pour renforcer les moyens juridiques d'entrer en Europe ».

« Ceci comprend la mise en place de visas humanitaires et des programme de réinstallation pour les personnes les plus vulnérables, » a déclaré Dan McNorton du HCR. « Le développement de  l'immigration légale pour supplanter les pratiques clandestines et dangereuses doit constituer une priorité. Il comprend entre autres la réinstallation et le regroupement familial » a-t-il indiqué à EURACTIV dans un communiqué écrit.

L'eurodéputée Marietje Schaake (groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe) salue la proposition de la Commission, mais ajoute que ce sont des mesures principalement « ad hoc » en réponse à la crise des réfugiés syriens.

Plus de deux millions de Syriens quittent actuellement leur pays d'origine. La majorité s'oriente vers les pays limitrophes comme la Turquie et la Jordanie. Seuls 4 % des Syriens trouve refuge au sein de l'Union européenne. Cinq États membres accueillent à eux seuls 70 % de ces réfugiés. « Tous sont du nord de l'Europe », indique Cecilia Malmström.

De son côté, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Nils Muižnieks, a mis en exergue le faible intérêt des pays membres de l'UE pour la crise syrienne le 3 décembre. Il a déclaré lors d'une conférence de presse que « les réfugiés syriens sont bien moins accueillis que lors de crises antérieures, telles que celle qui a frappé l’Afghanistan, ». Il explique ce changement d'attitude par les difficultés économiques rencontrées actuellement par le continent européen.

« Il y a une véritable réticence face aux réfugiés syriens. La stratégie humanitaire dans le conflit syrien a été éclipsée par des évènements tels que l'accord sur les armes chimiques, un aspect mineur [de la guerre civile syrienne], et la fragile ouverture [diplomatique] de l'Iran sur la question syrienne », selon Marietje Schaake.

« Les mouvements extrémistes deviennent de plus en plus forts dans les deux camps. Tout le monde a vu  aux infos des jeunes rejoindre les djihadistes. Celà donne l'impression que la Syrie n’est qu’un vaste chaos et qu'il n'y a personne avec qui il est possible de s'aligner », a expliqué l'eurodéputée. Elle a relaté le cas de son propre pays, les Pays-Bas, où les réfugiés étaient considérés comme une « menace » par le gouvernement.

Aucune avancée majeure

Le rapport du groupe de travail pour la Méditerranée sera abordé lors de la prochaine réunion du Conseil le 19 et 20 décembre prochain à Bruxelles.

Une source européenne a cependant affirmé à EURACTIV qu'aucune avancée majeure n'était en vue pour la prochaine réunion.

« Le Conseil  va certainement entériner les recommandations de la Commission, mais on n’attend aucune orientation concrète et plus approfondie sur le court terme, » selon la même source. Elle ajoute « qu'il y aura probablement un report de la question au prochain Conseil en juin 2014 ».

Le Groupe de travail pour la Méditerranée (TFM) a été mis en place en octobre 2013 en vue de proposer une stratégie intégrée sur l'immigration dans la zone méditerranéenne.

Cette stratégie prévoit ainsi :

  •     un dialogue avec les pays d'origine et de transit ;
  •     la demande en faveur de mesures renouvelées pour a réinstallation des réfugiés et la protection régionale ;
  •     la mise en œuvre de  pour accéder à l'Union européenne ;
  •     la lutte contre le trafic d'êtres humains et les réseaux criminels ;
  •     la garantie d'un retour rapide et durable des migrants vers leur pays d’origine en toute dignité ;
  •     le renforcement de la gestion des frontières extérieures de l'Union européenne ;
  •     la mise en application des réglementations introduites par le système EUROSUR nouvellement adopté ;
  •     le soutien aux États membres confrontés à une forte immigration et aux régimes d'asile nationaux.
  • 19-20 déc. 2013:  réunion du Conseil européen à Bruxelles

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