Le déficit français, grand absent de la réunion franco-allemande

German Foreign Minister Frank-Walter Steinmeier attends as a guest in a meeting of the French cabinet with President Francois Hollande. [Auswärtiges Amt]

Le ministre des Affaires étrangères, Wolfgang Schaüble, a été invité pour assister à une réunion du gouvernement français. [Auswärtiges Amt]

Le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier et son homologue français, Laurent Fabius, ont rendu hommage à l’amitié franco-allemande lors d’une réunion à Berlin le 15 octobre. Une rencontre placée sous le signe du non-dit sur le déficit français. Un article d’EURACTIV Allemagne. 

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et son homologue français, Laurent Fabius, ont tenu une réunion à Berlin le 15 octobre, où ils ont salué la « coopération mutuelle marquée par l’amitié » de leurs deux pays. Mais le déficit français, sujet de tension entre les deux partenaires, est resté tabou. 

Les deux ministres ont fait des visites conjointes en Géorgie, en Moldavie, et en Tunisie cette année. Ils se sont rendus à Kiev en février dernier pour rencontrer le ministre des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski dans le but de trouver une solution à la crise ukrainienne. Ils ont par ailleurs souvent des échanges informels et sont régulièrement à l’initiative sur les questions extérieures au niveau européen.

Le 14 mai dernier, Frank-Walter Steinmeier a été le premier ministre étranger à être invité lors d’une réunion du gouvernement français.

Dernièrement, ce fut au tour de Laurent Fabius d’être convié à une réunion du gouvernement allemand, ainsi qu’à une session de la commission des affaires étrangères du Bundestag.

 La question du déficit français

Il y a peu, le ministre allemand des Finances, Wolgang Schäuble, a déclaré que si la France connaissait une crise de confiance, cela était dû avant tout à sa dette particulièrement élevée et à ses réformes inachevées.

>> Lire : François Hollande demande à l’UE de patienter sur la question du déficit

Lors d’une conférence de presse commune à Berlin, le ministre allemand des Affaires étrangères a assuré que la question n’allait cependant pas être traitée de façon prioritaire lors de la réunion à Berlin.

Celui-ci a ainsi souligné la nécessité pour l’Allemagne et la France de développer une coopération toujours plus étroite, notamment dans le cadre de la politique extérieure européenne. Par exemple, l’Allemand considère qu’il n’est plus acceptable que la politique étrangère de Berlin soit avant tout orientée vers l’Europe de l’Est, tandis que la France se dédie principalement au maintien de ses liens avec les pays du sud de l’Europe et de l’Afrique.

Une coopération plus étroite entre les ambassades allemandes et françaises dans des pays tiers, une présence commune parmi les États africains vacillants et une action de concert dans des pays tels que la Syrie et l’Irak sont autant d’initiatives que soutiennent Berlin et Paris.

>> Lire : Paris veut davantage de soutien européen en Irak

L’Europe avance de plus en plus vers une défense commune, a déclaré Laurent Fabius. Dans cette perspective, concevoir l’Allemagne et la France en tant que communauté de destin « est plus que jamais nécessaire, car nous devons ensemble nous attaquer aux crises », a-t-il asséné.

Pas d’intervention militaire européenne au Moyen-Orient

Les deux ministres doivent faire face à une série de crises à travers le monde. Que ce soit en Irak, au Mali, en Syrie, ou en Ukraine, des milices attisent les conflits dans diverses régions du monde.

Néanmoins, l’UE espère ne pas avoir à intervenir militairement. Lors d’une déclaration récente devant le Parlement européen, la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères Federica Mogherini a qualifié l’État islamique de « menace majeure et mondiale ». Elle a cependant rejeté toute intervention de l’UE dans les combats.

Un point de vue que partagent également Frank-Walter Steinmeier et Laurent Fabius.

« En Syrie, nous soutenons les rebelles modérées » a précisé le ministre français. Selon lui, l’UE doit aussi contribuer au programme d’équipement et d’entraînement lancé par les Américains en vue d’appuyer l’action kurde. Mais sur le moyen terme, la seule solution dans la lutte contre l’EI est la voie politique.

Le cas de l’Ukraine

D’un autre côté, la France et l’Allemagne pourraient être amenées à s’engager militairement dans le conflit ukrainien. L’accord de Minsk, un plan de paix initié par Petro Porochenko a suscité bien des espoirs au sein des deux États membres.

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Quelques jours plus tôt, les deux ministres avaient exprimé leur volonté de contribuer à la mission de drones de surveillance de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) afin de s’assurer que le cessez-le-feu soit respecté en Ukraine.

Or l’OSCE n’a pas été pensée pour mener des opérations armées, jetant le doute sur la question de savoir si une telle mission pouvait recevoir l’appui de soldats armés de la Bundeswehr et de l’armée française. De plus, l’opération ne peut être lancée sans l’autorisation du parlement ukrainien, la Rada.

Ceci étant dit, Frank-Walter Steinmeier et Laurent Fabius semblent optimistes et espèrent que la mission sous l’égide de l’OSCE sera conclue ce mois-ci dans le cadre d’un accord usuel. 

Souvent tenue pour acquise, l'alliance franco-allemande remonte au 22 janvier 1963. À cette date, le chancelier allemand Konrad Adenauer et le président français Charles de Gaulle ont fait table rase des inimitiés multiséculaires entre les deux nations.

La ratification du traité de l'Élysée visait à réconcilier le partenariat entre la France et l'Allemagne et avait parallèlement pour but de jeter les bases communes d’une construction européenne.

Le binôme franco-allemand est souvent cité comme le moteur de la construction européenne.

À eux deux, les deux pays représentent 33 % de la population totale de l'Union européenne. Économiquement, ils correspondent à environ 36 % du budget européen et 37 % du PIB de l'Union européenne. 

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